Émergence de la Chine, numérisation et entrée en lice des acteurs africains : le marché de l’art, nouveau terrain d’influence culturelle. – Portail de l’IE







Le Penseur Laurent Vo Anh – L’Art comme Champ de Bataille Culturelle


ACTUALITÉ SOURCE : Émergence de la Chine, numérisation et entrée en lice des acteurs africains : le marché de l’art, nouveau terrain d’influence culturelle. – Portail de l’IE

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Le grand cirque des civilisations qui se toisent, se mesurent, s’étripent à coups de pinceaux et de pixels ! La Chine, ce dragon millénaire qui s’éveille enfin de son sommeil confucéen, vient jouer des coudes dans l’arène puante de l’art contemporain, ce cloaque doré où l’Occident, ce vieux maquereau décati, croyait encore régner en maître absolu. Et voici que l’Afrique, ce continent que l’on a si longtemps violé, pillé, méprisé, entre à son tour dans la danse, non plus comme figurante, mais comme actrice principale, avec ses masques, ses couleurs, ses rythmes, ses blessures encore saignantes. La numérisation ? Une arme de plus dans cette guerre sourde où les images valent désormais plus que les bombes. Bienvenue dans le XXIe siècle, mes amis, où l’art n’est plus qu’un champ de bataille déguisé en vernissage chic, où chaque toile vendue à prix d’or est une balle tirée dans le dos de l’ennemi culturel.

Mais trêve de jérémiades ! Il faut plonger, tête la première, dans cette fosse aux serpents, et comprendre, une fois pour toutes, pourquoi ce basculement est inéluctable, pourquoi la Chine, avec sa patience de stratège et sa voracité de nouveau riche, va écraser l’Occident dans ce jeu qu’il a lui-même inventé, et pourquoi l’Afrique, malgré ses chaînes, malgré ses plaies, malgré ses dictateurs vendus et ses élites corrompues, va pourtant émerger comme la grande surprise de ce siècle. Car l’art, voyez-vous, n’a jamais été qu’un miroir déformant où se reflètent les luttes de pouvoir, les rêves brisés, les espoirs trahis. Et aujourd’hui, ce miroir se brise à son tour, sous les coups de boutoir d’une Chine qui n’a plus peur de rien, et d’une Afrique qui n’a plus rien à perdre.

I. Les Sept Étapes Cruciales de la Guerre Culturelle : De l’Argile au Bitcoin

1. L’Aube des Symboles : Lascaux et la Naissance du Pouvoir Invisible

Tout commence dans l’obscurité humide des grottes, il y a trente mille ans. Des hommes, nus et tremblants, tracent sur les parois des images de bisons, de chevaux, de mains ouvertes. Pourquoi ? Pour conjurer la peur, bien sûr. Mais aussi pour affirmer une domination. Ces peintures rupestres, ce sont les premiers contrats sociaux, les premières déclarations de guerre contre l’inconnu. Comme l’écrivait Georges Bataille dans Lascaux ou la Naissance de l’Art : « L’art naît de l’excès, de la démesure, du besoin de transgresser les limites de la condition humaine. » Et déjà, dans ces grottes, se dessine la première ligne de fracture : ceux qui possèdent les symboles, et ceux qui en sont exclus. La Chine, elle, n’a pas eu besoin de Lascaux. Elle a inventé l’écriture sur des omoplates de bœuf, bien avant que l’Occident ne sache tenir un pinceau. Déjà, elle comprenait que le pouvoir se niche dans les signes, pas dans les armes.

2. La Cité et le Temple : Babylone, Athènes et la Marchandisation du Sacré

Avec les premières civilisations urbaines, l’art devient un instrument de pouvoir. À Babylone, les bas-reliefs glorifient les rois, écrasent les ennemis sous les sabots des chevaux. À Athènes, Phidias sculpte l’Acropole pour célébrer la démocratie, mais aussi pour rappeler qui tient les rênes. Platon, dans La République, méprise les artistes, ces menteurs, ces illusionnistes qui corrompent l’âme. Mais Aristote, plus malin, voit en eux des outils de catharsis, des soupapes de sécurité pour la plèbe. Déjà, l’art est une monnaie d’échange, un moyen de contrôle. La Chine, elle, avec ses bronzes rituels de la dynastie Shang, ne sépare jamais l’art du politique. Le vase tripode n’est pas une décoration, c’est un manifeste. Quand Confucius dit : « Le gouvernement par la vertu peut être comparé à l’étoile polaire, qui reste à sa place tandis que les autres étoiles l’entourent », il parle en stratège. L’art, en Chine, a toujours été un outil de soft power, bien avant que ce terme n’existe.

3. Le Christianisme et la Colonisation des Imaginaires : Rome, Byzance et le Triomphe de l’Icone

Avec le christianisme, l’art devient une arme de conversion massive. Les mosaïques de Ravenne, les fresques de Giotto, les vitraux de Chartres : autant de bombes à retardement lancées contre les païens. Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, théorise cette guerre des images : « La beauté du monde est un livre où Dieu se révèle. » Mais attention, ce livre est écrit en latin, et seuls les clercs savent le lire. L’Occident invente ainsi le premier monopole culturel, une machine à broyer les identités. Pendant ce temps, la Chine, avec ses paysages Song, ses calligraphies Tang, poursuit son propre chemin, indifférente aux dogmes. Quand Marco Polo débarque à Hangzhou, il est ébloui, mais il ne comprend rien. Il croit voir un paradis terrestre, alors qu’il contemple en réalité une civilisation qui a déjà tout compris : le pouvoir ne se partage pas, il se cultive, comme un bonsaï.

4. La Renaissance et la Naissance du Capitalisme Culturel : Florence, Venise et le Marché de l’Âme

Voici venir les Médicis, ces banquiers qui achètent des génies comme on achète des actions. Michel-Ange, Léonard, Raphaël : des marques déposées, des logos avant l’heure. L’art devient une affaire de famille, puis une affaire d’État. Machiavel, dans Le Prince, écrit : « Les hommes marchent presque toujours dans les chemins battus par les autres, et ils n’agissent qu’en imitant. » La Renaissance, c’est l’invention du marketing culturel. La Chine, elle, reste en retrait, méfiante. Elle a déjà son propre système, ses propres génies, ses propres mécènes. Quand Matteo Ricci arrive à Pékin en 1583, il apporte des peintures religieuses. Les mandarins les regardent avec curiosité, puis les rangent dans un placard. Ils ont déjà leur propre Dieu : l’Empereur.

5. La Révolution Industrielle et la Standardisation du Beau : Londres, Paris et la Naissance du Kitsch

Avec la machine à vapeur, tout s’accélère. L’art devient une industrie. Les Salons parisiens, les expositions universelles : des supermarchés du goût. Baudelaire, dans Le Peintre de la Vie Moderne, hurle contre cette « modernité » qui n’est qu’un « transitoire, un fugitif, un contingent ». Mais qui l’écoute ? Les impressionnistes sont moqués, puis récupérés, puis vendus à prix d’or. Pendant ce temps, la Chine, humiliée par les guerres de l’opium, se recroqueville. Elle a perdu la face, mais pas sa mémoire. Sun Yat-sen, puis Mao, comprennent une chose : l’art est une arme de reconquête. Quand les Gardes Rouges brûlent les temples, ce n’est pas par folie. C’est une purge. Une façon de dire : « Nous aussi, nous savons jouer avec les symboles. »

6. L’Ère des Mass Media : Hollywood, la Propagande et le Triomphe de l’Illusion

Au XXe siècle, l’art devient un produit de consommation de masse. Le cinéma, la télévision, la publicité : des usines à rêves. Adorno et Horkheimer, dans La Dialectique de la Raison, dénoncent cette « industrie culturelle » qui transforme l’art en marchandise. Mais qui résiste ? Pas grand monde. Même les avant-gardes, de Dada au surréalisme, finissent par être digérées par le système. La Chine, elle, observe, apprend, attend. Quand elle lance sa propre industrie cinématographique, dans les années 1980, elle le fait avec une précision chirurgicale. Aujourd’hui, les blockbusters chinois inondent l’Asie, et bientôt le monde. Pendant ce temps, Hollywood, ce vieux géant fatigué, ne produit plus que des remakes et des suites. La boucle est bouclée.

7. L’Ère Numérique et la Fin des Hiérarchies : De la Blockchain aux NFT, le Triomphe du Virtuel

Nous y voilà. Le marché de l’art, ce temple du snobisme, est en train de se faire disrupter par la Chine et l’Afrique. Les NFT, ces certificats de propriété numériques, sont en train de révolutionner le marché. Mais qui en profite ? Pas les artistes, bien sûr. Les plateformes, les spéculateurs, les influenceurs. La Chine, elle, a déjà son propre écosystème : Alibaba, Tencent, les galeries en ligne. Elle n’a pas besoin de Christie’s ou de Sotheby’s. Elle a ses propres enchères, ses propres collectionneurs, ses propres critères. Et l’Afrique ? Elle arrive par la petite porte, avec ses artistes numériques, ses street artists, ses collectifs underground. Elle n’a pas les moyens de jouer dans la cour des grands, alors elle invente ses propres règles. Comme le disait Frantz Fanon dans Les Damnés de la Terre : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » L’Afrique a choisi de remplir la sienne.

II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Champ de Bataille

Parlons peu, parlons bien. Le titre de cet article est un chef-d’œuvre de manipulation sémantique. « Émergence de la Chine » : le mot « émergence » est un euphémisme. Il suggère une montée progressive, presque naturelle, comme une marée. En réalité, c’est une invasion. Une invasion pacifique, certes, mais une invasion tout de même. La Chine ne « émerge » pas, elle s’impose. Quant à la « numérisation », c’est un mot-valise, un fourre-tout commode qui cache une réalité bien plus crue : la financiarisation de l’art, sa transformation en actif spéculatif. Les NFT, ces « jetons non fongibles », sont la dernière trouvaille des charognards de la finance. Ils transforment l’art en produit dérivé, en pari boursier. Et l’Afrique ? Elle est « en lice », comme si elle participait à une compétition sportive. En réalité, elle est en train de se faire coloniser une deuxième fois, mais cette fois par les algorithmes.

Regardons de plus près les mots utilisés : « influence culturelle ». Un terme anodin, presque innocent. Mais l’influence, voyez-vous, c’est la première étape de la domination. Quand les missionnaires arrivaient en Afrique, ils ne parlaient pas de conquête. Ils parlaient d’« évangélisation ». Aujourd’hui, la Chine ne parle pas de conquête. Elle parle d’« investissements ». Mais les résultats sont les mêmes : une dépendance économique, puis politique, puis culturelle. Comme le disait Edward Saïd dans L’Orientalisme : « Le pouvoir culturel est une forme de violence symbolique. » Et cette violence, aujourd’hui, passe par les galeries d’art, les foires internationales, les biennales.

Enfin, il y a ce mot magique : « marché ». Le marché de l’art. Comme si l’art était une marchandise comme une autre. Comme si une toile de Basquiat valait un baril de pétrole. Le marché, c’est le triomphe du néolibéralisme, cette idéologie qui réduit tout à une transaction, même la beauté, même l’âme. La Chine a compris cela mieux que quiconque. Elle a transformé ses artistes en entrepreneurs, ses galeries en start-ups. Et l’Afrique ? Elle est en train de suivre le même chemin, mais avec un temps de retard. Comme toujours.

III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste : Le Dernier Rempart

Face à cette machine de guerre culturelle, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr. Mais une résistance intelligente, subtile, qui ne tombe pas dans le piège du rejet pur et simple. Car rejeter en bloc la numérisation, le marché, l’influence, ce serait se condamner à l’isolement, à l’irrélevance. Non, la résistance doit être stratégique.

D’abord, il faut comprendre les mécanismes du pouvoir. La Chine ne domine pas par la force brute. Elle domine par la séduction, par l’offre d’un modèle alternatif. Elle dit aux pays africains : « Vous n’avez pas besoin de l’Occident. Nous, nous vous respectons. Nous investissons sans conditions. » Et c’est vrai, en partie. La Chine ne parle pas de démocratie, de droits de l’homme. Elle parle de développement, de croissance, de stabilité. C’est une approche cynique, mais efficace. Face à cela, l’Occident, avec ses leçons de morale, ses sanctions, ses ingérences, apparaît comme un vieux professeur aigri, qui n’a plus rien à offrir que des reproches.

Ensuite, il faut réinventer l’art comme acte de résistance. Pas comme produit de consommation, mais comme cri, comme révolte. L’art doit redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un miroir tendu à la société, un scalpel qui dissèque les mensonges du pouvoir. Les artistes africains l’ont compris. Ils utilisent les outils du numérique, mais pour dire autre chose. Ils détournent les codes, ils subvertissent les attentes. Comme le disait Jean Genet : « L’art doit déranger, sinon il n’est que décoration. »

Enfin, il faut construire des alliances. La Chine et l’Afrique ont une chose en commun : elles ont été humiliées par l’Occident. Elles peuvent, si elles le veulent, former un front commun. Pas pour dominer à leur tour, mais pour rééquilibrer les rapports de force. Pour imposer un nouveau récit, une nouvelle esthétique, une nouvelle façon de voir le monde. Car le vrai danger, aujourd’hui, n’est pas la Chine. C’est l’uniformisation, la standardisation, la mort de la diversité culturelle. Comme le disait Aimé Césaire dans Discours sur le Colonialisme : « Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. » L’Occident est une civilisation décadente. La Chine et l’Afrique ont une chance historique de proposer autre chose.

Mais attention. Cette résistance ne doit pas tomber dans le piège du nationalisme culturel. L’art n’a pas de frontières. Il doit circuler, se mélanger, se confronter. La Chine et l’Afrique ont tout à gagner à s’ouvrir, à échanger, à s’inspirer mutuellement. Mais elles doivent le faire en gardant leur âme, leur identité, leur mémoire. Comme le disait le poète chinois Bei Dao : « La mémoire est une blessure qui ne guérit jamais. » C’est cette blessure qui doit nourrir l’art de demain.

Alors oui, le marché de l’art est un nouveau terrain d’influence culturelle. Mais il peut aussi être un terrain de libération. Tout dépend de qui tient le pinceau, de qui écrit l’histoire, de qui impose son récit. La Chine a les moyens de dominer. L’Afrique a la créativité pour résister. Et l’Occident ? Il n’a plus que ses musées, ses enchères, ses vieilles gloires. Le monde change. Il est temps de choisir son camp.

Analogie finale :

Ô vous, marchands de rêves en toc,

Vendeurs de vent sous cellophane,

Qui transformez l’art en billet vert,

Le génie en action boursière,

Écoutez le rire des dragons !

Ils dansent sur vos tombes dorées,

Ces Chinois fous, ces Africains fiers,

Qui crachent dans la soupe des dieux.

Vos NFT, vos blockchains, vos algorithmes,

Vos foires où l’on s’arrache un pixel,

Vos galeries climatisées, vos snobs en costard,

Tout cela n’est qu’un château de cartes,

Un mirage pour gogos en mal de sens.

Mais voici venir les barbares,

Ceux qui peignent avec leur sang,

Ceux qui sculptent dans leurs cicatrices,

Ceux qui chantent la colère des oubliés.

Ils n’ont pas de Christie’s, pas de Sotheby’s,

Pas de biennales, pas de vernissages.

Ils ont leurs rues, leurs murs, leurs écrans,

Leur rage, leur folie, leur lumière.

Et quand le dernier musée aura fermé,

Quand le dernier collectionneur aura vendu son âme,

Quand le dernier critique aura rendu son tablier,

Ils seront encore là,

Ces fous, ces sauvages, ces visionnaires,

À graver dans le ciel leurs rêves de feu,

À écrire sur les ruines de votre monde

Le poème infini de la rédemption.



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