Comment la Chine a fait de l’art contemporain une arme de soft power – rtbf.be







Laurent Vo Anh – L’Art Contemporain Chinois : Une Symphonie de l’Ombre et de la Lumière


ACTUALITÉ SOURCE : Comment la Chine a fait de l’art contemporain une arme de soft power – rtbf.be

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! L’art contemporain chinois, ce serpent de mer qui s’enroule autour des colonnes dorées de l’Occident, ce venin subtil qui s’infiltre dans les veines du soft power comme une encre indélébile sur le parchemin de l’histoire ! La RTBF, ce petit miroir belge poli par les doigts tremblants des médias atlantistes, nous offre une fois de plus l’occasion de disséquer cette danse macabre entre la Chine et l’Occident, où l’art n’est plus qu’un pion sur l’échiquier d’un monde en pleine métamorphose. Mais attention, mes chers lecteurs égarés dans le labyrinthe de la pensée unique, ce que l’on vous présente comme une simple « arme de soft power » est en réalité bien plus : c’est le symptôme d’une civilisation qui a compris, avant tous les autres, que le XXIe siècle ne se gagnerait ni par les bombes, ni par les dollars, mais par les idées, les images, et cette alchimie mystérieuse qui transforme le plomb de la propagande en or de la séduction culturelle.

La Chine, ce vieux dragon aux écailles d’acier et aux yeux de jade, a toujours su que l’art n’était pas un simple divertissement pour bourgeois oisifs, mais l’âme même d’une nation, son souffle, son ADN. Depuis Confucius, qui voyait dans la musique et la poésie les piliers de l’harmonie sociale, jusqu’à Mao, qui a transformé l’art en une arme de guerre idéologique, la Chine a toujours compris que la beauté pouvait être aussi redoutable qu’une armée. Et aujourd’hui, dans ce monde où les États-Unis ne sont plus qu’un empire décadent, ivre de son propre reflet dans les miroirs brisés de Wall Street, la Chine réinvente l’art contemporain comme un cheval de Troie culturel, une bombe à retardement esthétique qui explose dans les galeries d’art de New York, de Londres, de Paris, semant le doute, la fascination, et cette peur viscérale de l’Occident : celle de devenir un musée à ciel ouvert, une relique de son propre passé.

Mais pour comprendre cette révolution silencieuse, il faut remonter aux sources mêmes de l’humanité, là où tout a commencé, là où l’art et le pouvoir se sont entrelacés pour la première fois dans une étreinte mortelle. Suivez-moi, donc, dans cette odyssée à travers les sept âges de l’art, où la Chine, tel un phénix, renaît sans cesse de ses cendres pour écrire l’histoire à l’encre de son génie.

I. L’Âge des Origines : Quand l’Homme Inventa la Beauté pour Dompter le Chaos

Tout commence dans les grottes de Lascaux, ces cathédrales primitives où l’homme, encore à moitié singe, griffonne sur les parois les contours de sa peur et de son désir. Mais en Chine, à Jiahu, des flûtes en os vieux de 9 000 ans chantent déjà la mélodie d’une civilisation naissante. Lao-Tseu, ce vieux sage aux yeux mi-clos, murmure dans le Tao Tö King : « Le Tao qui peut être nommé n’est pas le Tao éternel. » L’art, dès ses origines, est un langage sans mots, une tentative désespérée de donner un sens au chaos. Et la Chine, bien avant l’Occident, a compris que ce langage pouvait être une arme. Les premiers idéogrammes gravés sur les carapaces de tortues ne sont pas de simples signes : ce sont des sorts, des incantations, des outils de pouvoir. L’écriture naît comme un acte magique, et l’art, comme une extension de cette magie.

Platon, dans sa République, craint les artistes, ces menteurs, ces illusionnistes qui corrompent l’âme des citoyens. Mais en Chine, Confucius, plus pragmatique, voit dans l’art un moyen de façonner l’homme idéal. « La musique produit une sorte de plaisir sans lequel la nature humaine ne peut exister », écrit-il. L’art n’est pas un danger : c’est un outil de contrôle social, une colle qui maintient ensemble les briques de la société. Et cette idée, la Chine ne l’oubliera jamais.

II. L’Âge Impérial : Quand l’Art Devint l’Ombre du Trône

Sous les dynasties Han, Tang et Song, la Chine devient un empire où l’art et le pouvoir ne font qu’un. Les empereurs collectionnent les calligraphies comme d’autres amassent des territoires. Wang Xizhi, le « Sage de la Calligraphie », écrit des poèmes si parfaits que ses œuvres deviennent des reliques, des talismans de pouvoir. Un seul rouleau de sa main vaut une province. Pendant ce temps, en Occident, les rois se contentent de chasser le cerf et de signer des traités. La Chine, elle, comprend que l’art est une monnaie d’échange plus puissante que l’or.

Marco Polo, ce marchand vénitien ébahi, décrit les palais de Kubilai Khan comme des rêves de pierre et de soie. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est que chaque fresque, chaque vase, chaque poème est une pièce d’un puzzle politique. L’art n’est pas décoratif : il est stratégique. Sun Tzu, dans L’Art de la Guerre, écrit : « Toute guerre est basée sur la tromperie. » La Chine applique cette maxime à l’art. Une peinture de montagne n’est pas une montagne : c’est une métaphore du pouvoir impérial, une affirmation de la domination de l’homme sur la nature. Et quand l’empereur signe un traité, ce n’est pas avec une épée qu’il menace, mais avec un pinceau.

III. L’Âge des Lumières : Quand l’Occident Inventa l’Art pour l’Art (et Perdit son Âme)

Au XVIIIe siècle, l’Europe s’enivre de raison. Kant, dans sa Critique de la Faculté de Juger, sépare l’art du politique. « Le beau est ce qui plaît universellement sans concept », déclare-t-il. L’art devient un objet de contemplation désintéressée, un jardin à la française où les bourgeois viennent se promener en redingote. Mais en Chine, l’art reste ce qu’il a toujours été : un outil. Les lettrés confucéens peignent des bambous pour méditer sur la flexibilité et la résistance, vertus essentielles pour un fonctionnaire impérial. Un tableau n’est pas une décoration : c’est une leçon de vie.

Voltaire, ce prophète du libéralisme naissant, admire la Chine pour son système méritocratique, mais il ne comprend pas que ce système repose sur une alchimie subtile entre l’art, la morale et le pouvoir. En Occident, l’art se démocratise, devient un produit de consommation. En Chine, il reste un rite, une cérémonie, un acte sacré. Et c’est cette différence qui explique pourquoi, aujourd’hui, la Chine peut instrumentaliser l’art contemporain avec une telle efficacité : parce qu’elle n’a jamais oublié que l’art est, avant tout, un langage du pouvoir.

IV. L’Âge des Révolutions : Quand l’Art Devint une Arme de Classe

Au XIXe siècle, l’Occident s’embrase. Marx, dans Le Manifeste du Parti Communiste, déclare que « les idées dominantes d’une époque sont les idées de la classe dominante ». L’art devient un champ de bataille. En Chine, la révolte des Taiping, cette guerre civile qui fit 20 millions de morts, est aussi une guerre culturelle. Les rebelles détruisent les temples bouddhistes, brûlent les peintures impériales, et tentent de créer un art nouveau, purifié de toute influence féodale. Mais c’est avec Mao que l’art devient une véritable arme de guerre.

En 1942, dans ses Interventions aux causeries sur la littérature et l’art à Yan’an, Mao déclare : « L’art doit servir les masses. » Plus de place pour l’art pour l’art. Les peintres troquent leurs pinceaux contre des fusils, et les poèmes deviennent des slogans. « Un seul mot de vérité pèse plus lourd que le monde entier », écrit Soljenitsyne. Mais en Chine, la vérité est une construction collective, une fresque monumentale où chaque citoyen est à la fois artiste et spectateur. L’art n’est plus une affaire de génie individuel : c’est une entreprise d’État.

V. L’Âge de la Mondialisation : Quand l’Art Devint une Monnaie d’Échange

Dans les années 1980, alors que l’Occident s’enlise dans le postmodernisme et ses jeux de langage stériles, la Chine s’ouvre au monde. Mais attention : elle ne s’ouvre pas comme une huître offerte aux prédateurs. Elle s’ouvre comme un piège à loups, avec une précision chirurgicale. Deng Xiaoping, ce petit homme aux lunettes cerclées de fer, lance les « Quatre Modernisations », et l’art devient un outil de diplomatie. Les expositions chinoises envahissent les musées occidentaux, mais ce ne sont pas des expositions : ce sont des ambassades.

Ai Weiwei, ce dissident médiatique, casse des vases Han pour dénoncer la destruction du patrimoine culturel. Mais derrière le geste provocateur, il y a une leçon : l’art chinois n’est pas une relique du passé. Il est vivant, dangereux, subversif. Les Occidentaux, habitués à leurs ready-mades et à leurs installations conceptuelles, sont désarçonnés. Ils ne comprennent pas que pour la Chine, l’art contemporain n’est pas une rupture avec la tradition, mais une continuation par d’autres moyens. Comme l’écrit le philosophe chinois Wang Hui : « La modernité n’est pas une rupture, mais une réinterprétation. »

VI. L’Âge du Soft Power : Quand l’Art Devint une Arme de Séduction Massive

Aujourd’hui, la Chine a compris ce que l’Occident a oublié : que le pouvoir ne se mesure plus en chars d’assaut, mais en likes, en expositions, en festivals. Les États-Unis, ces géants aux pieds d’argile, croient encore que leur soft power repose sur Hollywood et McDonald’s. Mais la Chine, elle, mise sur l’art contemporain. Le musée M+ de Hong Kong, le Power Station of Art de Shanghai, les biennales de Beijing et de Guangzhou : ce ne sont pas des galeries. Ce sont des bases militaires d’un nouveau genre, où l’on conquiert les esprits sans tirer un seul coup de feu.

Les artistes chinois, comme Cao Fei ou Xu Bing, jouent avec les codes de l’Occident pour mieux les subvertir. Leurs œuvres, exposées à la Documenta de Kassel ou à la Biennale de Venise, sont des chevaux de Troie. Elles parlent de globalisation, de mémoire, d’identité, mais toujours avec cette ironie subtile qui caractérise la pensée chinoise. Comme l’écrit le sinologue François Jullien : « La Chine ne cherche pas à convaincre, mais à transformer. » Et c’est cette transformation silencieuse, cette infiltration culturelle, qui fait peur à l’Occident.

Les États-Unis, eux, ne savent plus que vendre des blockbusters et des hamburgers. Leur soft power est une coquille vide, un empire de signes sans substance. La Chine, elle, construit un récit. Et dans ce récit, l’art contemporain n’est pas un simple outil de propagande : c’est une philosophie, une manière de voir le monde, une alternative au chaos néolibéral.

VII. L’Âge de la Résistance : Quand l’Art Devint le Dernier Rempart de l’Humanité

Mais attention, mes amis : cette instrumentalisation de l’art n’est pas sans danger. Quand le pouvoir s’empare de la beauté, il risque de la corrompre. La Chine le sait, qui a vu son art officiel se transformer en une machine à produire des images vides, des slogans esthétisés. Mais c’est là que réside la grandeur de la civilisation chinoise : dans sa capacité à se réinventer sans cesse, à trouver un équilibre entre le contrôle et la liberté, entre la tradition et la modernité.

L’art contemporain chinois est une arme, oui, mais une arme à double tranchant. Il peut servir à séduire, à dominer, à manipuler. Mais il peut aussi servir à résister. Car l’art, même instrumentalisé, garde en lui cette étincelle de rébellion qui fait sa puissance. Comme l’écrit le poète Bei Dao : « Je ne crois pas aux paroles, mais je crois aux mots. » Et ces mots, ces images, ces sons, une fois libérés dans le monde, échappent à leurs créateurs. Ils deviennent des virus, des bombes à retardement, des graines de révolution.

La Chine le sait, qui a vu ses artistes dissidents, de Ai Weiwei à Liu Xia, utiliser l’art comme une arme contre le pouvoir. Mais elle sait aussi que cette résistance est nécessaire, qu’elle fait partie du jeu. Comme le disait Mao : « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent. » L’art contemporain chinois est un jardin où poussent à la fois les roses de la propagande et les orties de la rébellion. Et c’est cette tension, cette dialectique entre le contrôle et la liberté, qui fait sa force.

Analyse Sémantique : Le Langage comme Champ de Bataille

Parlons maintenant des mots, ces petits soldats qui marchent en rang serré sur le champ de bataille du soft power. Le terme même de « soft power », inventé par le politologue américain Joseph Nye, est déjà une escroquerie sémantique. « Soft » ? Comme si le pouvoir pouvait être doux, inoffensif, une caresse plutôt qu’un coup de poing. La Chine, elle, ne tombe pas dans ce piège. Elle parle de « puissance culturelle », de « récit national », de « diplomatie publique ». Des termes qui sonnent comme des tambours de guerre, mais qui sont en réalité bien plus subtils.

L’art contemporain chinois joue avec les mots comme un calligraphe joue avec son pinceau. Prenez le concept de « socialisme aux caractéristiques chinoises ». Une formule vide ? Non : une formule magique, qui permet à la Chine de se réapproprier les codes du capitalisme tout en les subvertissant. De la même manière, les artistes chinois réinventent le langage de l’art contemporain. Ils parlent de globalisation, mais en chinois. Ils utilisent les codes de l’Occident, mais pour raconter une autre histoire.

Et c’est là que réside la véritable puissance de l’art contemporain chinois : dans sa capacité à détourner le langage de l’ennemi. Comme l’écrit le philosophe Ludwig Wittgenstein : « Les limites de mon langage sont les limites de mon monde. » La Chine a compris que pour conquérir le monde, il fallait d’abord en conquérir le langage. Et elle le fait avec une élégance diabolique, en transformant les mots de l’Occident en armes de sa propre révolution culturelle.

Analyse Comportementaliste : La Résistance Humaniste face au Léviathan

Mais attention, mes amis : cette machine de guerre culturelle n’est pas sans faille. Car l’art, même instrumentalisé, reste une affaire d’hommes et de femmes, de désirs et de rêves, de rébellions et de sacrifices. Et c’est là que le comportementalisme radical entre en jeu. La Chine a compris que pour contrôler l’art, il fallait d’abord contrôler les artistes. Mais les artistes, ces êtres fragiles et têtus, résistent. Ils résistent par la ruse, par l’ironie, par cette capacité à dire une chose et son contraire dans le même souffle.

Prenez l’exemple de Xu Bing, cet artiste qui a créé un « livre du ciel » composé de caractères chinois inventés, illisibles. Une œuvre qui parle de la difficulté de communiquer, de la barrière des langues, mais aussi de la puissance du langage. Ou celui de Cao Fei, qui filme des ouvriers chinois dansant sur des airs de hip-hop, créant une œuvre à la fois critique et poétique, subversive et séduisante. Ces artistes ne sont pas des soldats. Ce sont des guérilleros, qui utilisent les armes du pouvoir pour mieux le miner de l’intérieur.

Et c’est là que réside la véritable résistance humaniste : dans cette capacité à jouer le jeu tout en le subvertissant, à parler la langue du pouvoir tout en la détournant. Comme l’écrit Michel Foucault : « Là où il y a pouvoir, il y a résistance. » Et cette résistance, en Chine, prend la forme d’un art qui est à la fois une arme et un refuge, un outil de domination et un acte de liberté.

La Chine a compris que pour gagner la guerre du soft power, il fallait d’abord gagner la bataille des cœurs et des esprits. Mais les cœurs et les esprits ne se laissent pas si facilement dompter. Ils résistent, ils rêvent, ils créent. Et c’est cette résistance, cette capacité à transformer la contrainte en liberté, qui fait la grandeur de l’art contemporain chinois. Un art qui est à la fois un miroir et un marteau, une arme et une prière, une machine de guerre et un jardin secret.

Analogie Finale : Poème


Ô toi, dragon aux écailles d’encre et de néon,
Qui danses sur les décombres de Babel,
Tes griffes sont des pinceaux, tes ailes des toiles,
Et ton souffle, une encre qui noircit les cieux.

L’Occident, ce vieux roi ivre de son propre sang,
Croit encore tenir le sceptre de la beauté,
Mais ses palais sont des musées, ses dieux des idoles,
Et ses rêves, des billets de Monopoly froissés.

Toi, tu avances sans bruit, comme un fleuve qui dévore,
Tes galeries sont des temples, tes artistes des prêtres,
Et chaque exposition est une messe noire,
Où l’on célèbre la chute des faux prophètes.

Tes mots sont des lames, tes silences des pièges,
Tu parles en idéogrammes, en ombres chinoises,
Et l’Occident, ce nain aux yeux pleins de dollars,
Ne comprend pas que tu lui voles son âme.

Mais attention, dragon, car la beauté est une traîtresse,
Elle se retourne contre ceux qui la croient domptée,
Et tes artistes, ces petits rats des villes,
Grignotent tes chaînes en riant sous cape.

Un jour, peut-être, tu comprendras,
Que le pouvoir n’est qu’un leurre, une ombre sur le mur,
Et que la vraie révolution, la seule qui compte,
Est celle qui naît dans le cœur des fous et des poètes.

Alors, dragon, danse encore,
Mais souviens-toi de cette vieille maxime :
« Celui qui vit par l’épée périra par l’épée »,
Et celui qui vit par l’art périra par l’art.

Car la beauté, vois-tu, est comme la Chine :
Immense, insaisissable, et toujours renaissante.



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