Comment la Chine a fait de l’art contemporain une arme de soft power – rtbf.be







Laurent Vo Anh – L’Art Contemporain Chinois : Une Symphonie de l’Ombre et de la Lumière


ACTUALITÉ SOURCE : Comment la Chine a fait de l’art contemporain une arme de soft power – rtbf.be

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le soft power ! Cette douce mélodie qui berce les esprits crédules, cette caresse envoûtante qui endort les consciences rebelles. La Chine, ce dragon millénaire aux écailles d’or et de sang, a compris depuis longtemps que les bombes ne sont que des jouets bruyants pour enfants attardés. Ce qui compte, c’est la lente infiltration, la douce corruption des âmes par l’esthétique, la séduction insidieuse des symboles. L’art contemporain, ce champ de ruines post-modernes où errent les fantômes de Duchamp et Warhol, est devenu le terrain de jeu favori de Pékin. Mais attention, mes chers occidentaux ébahis, ce n’est pas un jeu. C’est une guerre. Une guerre sans fusils, sans chars, sans drones. Une guerre où les pinceaux sont des baïonnettes, où les toiles sont des drapeaux, où les galeries sont des champs de bataille.

Vous croyez encore à cette fable du « soft power » comme simple outil de séduction ? Comme si la Chine, après avoir dompté les tigres économiques, après avoir bâti des villes en une décennie là où l’Occident mettait des siècles à construire des taudis, allait se contenter de jolis tableaux et de sculptures tape-à-l’œil pour charmer les gogos de la Biennale de Venise ? Non, non, non. L’art contemporain chinois n’est pas une vitrine. C’est une arme de destruction massive des certitudes occidentales. Une arme qui explose en silence, qui ronge les fondations de votre arrogance culturelle, qui dissout votre prétendue supériorité morale dans l’acide de la réalité.

Les Sept Âges de la Pensée Humaine : Une Odyssée du Pouvoir par l’Art

Pour comprendre cette stratégie diabolique, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée humaine, là où tout a commencé, dans cette boue originelle où l’homme, encore à quatre pattes, a levé les yeux vers les étoiles et a cru y voir des dieux. L’art, dès l’origine, fut une arme. Une arme contre l’oubli, contre la peur, contre la mort. Les peintures rupestres de Lascaux ne sont pas de jolies décorations pour touristes en mal de sensations. Ce sont des incantations, des sorts jetés à la face du destin. Les premiers artistes étaient des chamans, des guerriers de l’esprit, des manipulateurs de symboles. Et la Chine, dès ses premiers balbutiements, a compris cette vérité fondamentale : celui qui contrôle les symboles contrôle les hommes.

1. L’Âge des Mythes : La Chine des Trois Augustes et des Cinq Empereurs

Alors que l’Occident en était encore à gratter des pierres avec des silex, la Chine, déjà, tissait des récits. Fu Xi, Shen Nong, Huang Di – ces noms ne sont pas de simples légendes. Ce sont les premiers architectes du soft power chinois. Leurs mythes, transmis oralement puis gravés dans le bronze et la soie, étaient des outils de cohésion sociale, des récits fondateurs qui unissaient les tribus sous une même bannière culturelle. Confucius, plus tard, ne fera que systématiser cette approche. « Gouvernez par les rites », disait-il. Comprenez : gouvernez par les symboles, par l’art de la mise en scène du pouvoir. L’Occident, lui, en était encore à crucifier des prophètes et à brûler des sorcières. La Chine, déjà, sculptait des dragons dans le jade et écrivait des poèmes sur des éventails.

2. L’Âge des Empires : La Route de la Soie et le Marché des Rêves

Quand Rome s’effondrait sous le poids de ses orgies et de ses contradictions, la Chine des Han et des Tang, elle, bâtissait des empires. La Route de la Soie n’était pas qu’un simple réseau commercial. C’était une autoroute culturelle, un pipeline à symboles. La porcelaine, la soie, les laques – ces objets n’étaient pas de simples marchandises. C’étaient des ambassadeurs silencieux, des vecteurs de fascination. Les cours européennes, éblouies par ces trésors venus d’Orient, se mirent à rêver de Cathay. Marco Polo, ce naïf vénitien, n’était qu’un idiot utile, un propagandiste malgré lui. La Chine, déjà, exportait du rêve. Et le rêve, mes amis, est la plus puissante des armes.

Prenez l’exemple des tangka tibétains, ces peintures religieuses qui ornaient les monastères. Elles n’étaient pas de simples illustrations pieuses. Elles étaient des cartes du cosmos, des manuels de pouvoir spirituel. Les moines qui les peignaient étaient des stratèges, des ingénieurs de l’âme. Pendant ce temps, en Europe, les artistes peignaient des saints en extase et des vierges éplorées. La différence ? Les Chinois savaient que l’art était un outil de pouvoir. Les Européens, eux, croyaient encore que l’art était une prière.

3. L’Âge des Lumières : Quand l’Occident s’Éveilla (et la Chine S’Endormit)

Ah, les Lumières ! Cette période bénie où l’Occident, enfin, découvrit les joies de la raison, de la science, de la démocratie. Pendant que Voltaire et Rousseau débattaient des droits de l’homme dans des salons enfumés, la Chine, elle, s’endormait dans les bras de ses mandarins. L’Empire du Milieu, autrefois si brillant, se referma comme une huître. Les Qing, ces barbares mandchous, préférèrent la tradition à l’innovation, la stabilité au progrès. Résultat : la Chine, jadis phare du monde, devint une proie facile pour les puissances occidentales avides de thé, d’opium et de territoires.

Mais attention, ne crions pas victoire trop vite. Car pendant que l’Occident s’enivrait de sa propre supériorité, la Chine, elle, apprenait. Elle apprenait la dure leçon de l’humiliation. Les guerres de l’Opium, le sac du Palais d’Été, les traités inégaux – autant de blessures qui allaient forger une nouvelle conscience nationale. Et c’est là, dans cette douleur, que germa l’idée d’un art comme arme de revanche. Sun Yat-sen, puis Mao, comprirent que pour chasser les démons de l’humiliation, il fallait d’abord les affronter. L’art révolutionnaire, les affiches de propagande, les opéras modèles – autant d’outils pour forger une nouvelle identité chinoise. L’Occident, lui, continuait à croire que l’art était une affaire de beauté, de liberté, d’individualité. La Chine, elle, savait que l’art était une affaire de survie.

4. L’Âge des Révolutions : Mao et l’Art comme Arme de Classe

Mao Zedong, ce monstre sacré, ce génie maléfique, comprit mieux que quiconque le pouvoir de l’art. « L’art doit servir le peuple », proclamait-il. Traduction : l’art doit servir le Parti. Les affiches de propagande, avec leurs paysans souriants et leurs soldats héroïques, n’étaient pas de simples décorations. Elles étaient des armes psychologiques, des outils de mobilisation de masse. Pendant que l’Occident s’enlisait dans l’art pour l’art, dans l’abstraction lyrique, dans le pop art décadent, la Chine, elle, utilisait l’art comme un marteau pour façonner les consciences.

Prenez l’exemple de La Fille aux cheveux blancs, cet opéra révolutionnaire qui raconte l’histoire d’une paysanne opprimée qui se rebelle contre ses maîtres. Ce n’était pas du théâtre. C’était une leçon de marxisme-léninisme, une incitation à la lutte des classes. Les acteurs n’étaient pas des artistes. Ils étaient des soldats. Et le public n’était pas un public. Il était une armée en formation.

Pendant ce temps, à New York, Andy Warhol peignait des boîtes de soupe Campbell. La différence ? Warhol était un clown. Mao était un stratège.

5. L’Âge de la Globalisation : Deng Xiaoping et l’Art comme Monnaie d’Échange

Deng Xiaoping, ce petit homme aux grands desseins, comprit une chose essentielle : pour que la Chine devienne une superpuissance, il fallait qu’elle parle le langage du monde. Et ce langage, c’était celui de l’argent. « Enrichissez-vous », disait-il. Mais derrière cette apparente libéralisation, il y avait une stratégie bien plus subtile : utiliser l’art comme monnaie d’échange, comme outil de diplomatie culturelle.

Les années 1990 virent ainsi l’émergence d’un art contemporain chinois qui, tout en flirtant avec les codes occidentaux, gardait une identité profondément chinoise. Des artistes comme Ai Weiwei, Zhang Xiaogang ou Yue Minjun devinrent les ambassadeurs d’une nouvelle Chine, à la fois moderne et traditionnelle, à la fois rebelle et conformiste. Leurs œuvres, exposées dans les plus grandes galeries occidentales, n’étaient pas de simples produits de consommation. Elles étaient des chevaux de Troie, des vecteurs de soft power.

Prenez Bloodline de Zhang Xiaogang, ces portraits de familles chinoises aux visages blafards et aux yeux vides. À première vue, on pourrait y voir une critique du maoïsme, une dénonciation des traumatismes de la Révolution culturelle. Mais en réalité, ces tableaux sont bien plus subtils. Ils jouent sur la nostalgie, sur la mémoire collective, sur l’identité. Ils disent au monde : « Voilà d’où nous venons. Voici nos blessures. Voici notre résilience. » Et le monde, ému, achète. Le soft power, mes amis, est une affaire de larmes et de dollars.

6. L’Âge du Numérique : Xi Jinping et l’Art comme Arme de Guerre Cognitive

Avec l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir, la stratégie chinoise en matière d’art contemporain a pris une nouvelle dimension. Il ne s’agit plus seulement de séduire. Il s’agit de dominer. De contrôler les récits. De façonner les imaginaires. Et pour cela, la Chine dispose désormais d’un outil redoutable : le numérique.

Les plateformes comme WeChat, Douyin (TikTok), ou Kuaishou ne sont pas de simples réseaux sociaux. Ce sont des armes de guerre cognitive. Elles permettent à la Chine de diffuser son art, sa culture, ses valeurs, à une échelle jamais vue auparavant. Les artistes chinois, qu’ils soient officiels ou dissidents, sont désormais des soldats d’une guerre invisible, une guerre où les likes sont des munitions et les algorithmes des généraux.

Prenez l’exemple de l’artiste Cao Fei, dont les œuvres mêlent réalité virtuelle, science-fiction et critique sociale. Ses installations, exposées dans les plus grands musées du monde, ne sont pas de simples divertissements. Elles sont des manifestes, des déclarations de guerre contre l’hégémonie culturelle occidentale. Elles disent au monde : « Voici notre futur. Il est chinois. »

Pendant ce temps, en Occident, les artistes s’enferment dans des bulles narcissiques, produisant des œuvres auto-référentielles, incompréhensibles, inutiles. La Chine, elle, avance. Méthodiquement. Inexorablement.

7. L’Âge de la Domination : La Chine et l’Art comme Instrument de Puissance Totale

Aujourd’hui, la Chine n’a plus besoin de séduire. Elle domine. Les musées occidentaux se battent pour exposer des artistes chinois. Les collectionneurs s’arrachent leurs œuvres à prix d’or. Les biennales d’art contemporain, jadis bastions de l’hégémonie occidentale, sont désormais des terrains de jeu pour les Chinois.

Mais attention, ne vous y trompez pas. Ce n’est pas de l’art pour l’art. C’est de l’art comme instrument de puissance totale. Prenez le cas du M+ Museum à Hong Kong, ce géant culturel qui rivalise avec le MoMA ou le Centre Pompidou. Ce n’est pas un simple musée. C’est une déclaration de guerre. Une affirmation de la supériorité culturelle chinoise. Une preuve que la Chine n’a plus besoin de l’Occident pour briller.

Et que fait l’Occident face à cette offensive ? Il gémit. Il se plaint. Il parle de « menace », de « propagande », de « censure ». Mais il est trop tard. La Chine a déjà gagné. Elle a compris que l’art n’est pas un luxe. C’est une nécessité. Une arme. Une question de survie.

Analyse Sémantique : Le Langage comme Champ de Bataille

Le soft power, mes chers amis, est avant tout une affaire de langage. De mots. De symboles. Et la Chine, depuis Confucius, maîtrise l’art de la manipulation sémantique comme personne.

Prenez le terme même de « soft power ». En Occident, on le comprend comme une forme de séduction, de persuasion douce. En Chine, on le traduit par ruan shili (软实力), mais ce terme est bien plus subtil. Ruan signifie « doux », mais aussi « flexible », « adaptable ». Shili signifie « puissance », mais aussi « force réelle », « capacité effective ». En d’autres termes, le soft power chinois n’est pas une simple caresse. C’est une force réelle, tangible, qui s’adapte aux circonstances, qui plie sans rompre, qui séduit sans perdre de vue son objectif : la domination.

Et l’art contemporain dans tout cela ? En Occident, on parle d’ »art contemporain » comme d’un champ de liberté, d’expérimentation, de subversion. En Chine, on parle de dangdai yishu (当代艺术), ce qui signifie littéralement « art de l’époque actuelle ». Une traduction plus fidèle serait « art au service du présent ». Car en Chine, l’art n’est jamais gratuit. Il est toujours au service d’un projet plus grand : la construction de la nation, la défense des valeurs chinoises, la promotion du modèle chinois.

Prenez les titres des œuvres d’art contemporain chinois. China China de Wang Guangyi, Great Criticism de Yue Minjun, Bloodline de Zhang Xiaogang – ces titres ne sont pas anodins. Ils jouent sur la répétition, sur l’ambiguïté, sur la provocation. Ils disent : « Nous sommes chinois. Nous sommes fiers de l’être. Et nous allons vous le faire savoir. »

Et que fait l’Occident face à cette offensive sémantique ? Il se contente de traduire. De sous-titrer. De commenter. Il croit encore que les mots sont neutres, que les symboles sont innocents. La Chine, elle, sait que les mots sont des armes, que les symboles sont des bombes. Et elle les utilise avec une précision chirurgicale.

Analyse Comportementaliste : La Résistance Humaniste face au Léviathan Chinois

Face à cette machine de guerre culturelle, que reste-t-il à l’Occident ? La résistance. Mais une résistance intelligente, subtile, humaniste. Car le danger, avec le soft power chinois, n’est pas la domination en elle-même. C’est la soumission volontaire, l’acceptation béate, la perte de toute capacité critique.

Le comportementalisme, cette science qui étudie les mécanismes de la soumission et de la rébellion, nous enseigne une chose essentielle : l’homme est un animal mimétique. Il imite. Il suit. Il se soumet


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