ACTUALITÉ SOURCE : Zoo Art Show : l’immense musée éphémère du street art à Paris La Défense – prolongations – Sortir à Paris
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! La Défense… ce ventre mou de la modernité, ce cloaque de verre et d’acier où l’humanité se presse comme des rats en costume-cravate, avides de miettes de sens dans un désert de néons. Et voilà qu’on y installe un zoo. Non pas un zoo d’animaux, non, ce serait trop simple, trop honnête. Un zoo d’art. Un zoo éphémère. Un zoo de street art. Comme si l’éphémère pouvait racheter l’éternel ennui des tours qui percent le ciel, comme si le street art, né dans les ruelles crasseuses et les squats abandonnés, pouvait se parer des atours du musée sans perdre son âme. Mais l’âme, mes chers contemporains, est une denrée qui se négocie, se vend, s’expose. Bienvenue dans le grand cirque de la culture post-moderne, où l’art n’est plus qu’un produit de consommation comme un autre, et où l’éphémère est devenu la seule éternité que nous méritons.
Le Zoo Art Show. Déjà, le nom sonne comme une insulte. Un zoo. Comme si les artistes étaient des bêtes de foire, des curiosités à observer derrière des vitres, des spécimens exotiques capturés pour le plaisir des masses. Et puis, ce « Show ». Tout est show, désormais. La vie est un spectacle, l’art est un spectacle, et nous, pauvres hères, ne sommes plus que des spectateurs passifs, avachis devant nos écrans ou nos verres de vin bon marché, à applaudir mollement ce qu’on nous présente comme la dernière merveille du monde. Mais qu’est-ce qu’une merveille, aujourd’hui ? Une fresque géante sur un mur de béton ? Une installation qui clignote ? Un graffiti qui coûte trois fois le SMIC ? L’art, autrefois cri de révolte ou murmure d’éternité, n’est plus qu’un accessoire de mode, un faire-valoir pour les promoteurs immobiliers et les maires en quête de réélection.
Les Sept Étapes de la Chute : Du Cri Originel à la Comédie Éphémère
Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut remonter aux origines. Pas aux origines de l’art – cela serait trop simple –, mais aux origines de la comédie humaine, cette farce tragique où l’homme, ce singe savant, croit se grandir en s’exposant. Suivez-moi, donc, dans cette descente aux enfers en sept actes, où chaque étape marque une nouvelle trahison, une nouvelle abdication de l’esprit.
1. Lascaux, ou l’Art comme Prière (Il y a 17 000 ans)
Tout commence dans l’obscurité. Dans les grottes de Lascaux, des hommes tracent sur les parois des silhouettes de bisons, de chevaux, d’aurochs. Ils ne signent pas leurs œuvres. Ils ne les vendent pas. Ils ne les exposent pas. Ils prient. Ou plutôt, ils invoquent. Ces peintures sont des talismans, des ponts entre le visible et l’invisible. L’artiste n’est pas un génie, mais un chaman, un intermédiaire entre les hommes et les dieux. Et les dieux, à cette époque, sont partout : dans le vent, dans la pierre, dans le sang des bêtes. L’art est sacré parce qu’il est nécessaire. Sans lui, le monde n’a pas de sens. Sans lui, les hommes ne sont que des proies.
Anecdote : On raconte que les peintures de Lascaux étaient si vivantes que les animaux semblaient bouger à la lueur des torches. Les hommes croyaient que les esprits des bêtes habitaient ces images. Aujourd’hui, nous rions de leur naïveté. Mais qui, parmi nous, peut se vanter d’avoir jamais créé quelque chose qui fasse encore frémir l’âme après dix-sept millénaires ?
2. Athènes, ou l’Art comme Idéal (Ve siècle av. J.-C.)
Avec les Grecs, l’art se laïcise. Il n’est plus seulement prière, mais représentation. Phidias sculpte l’Athéna Parthénos, et soudain, l’art devient un miroir tendu vers l’homme. Plus de bisons, plus de dieux à moitié animaux : des corps parfaits, des visages sereins, des proportions divines. L’art n’est plus magique, il est philosophique. Il incarne l’idéal de beauté, de vérité, de bien. Platon, dans La République, veut bannir les poètes de sa cité idéale, car ils mentent, ils imitent, ils corrompent. Mais Aristote, lui, voit dans l’art une catharsis, une purification. L’art n’est plus sacré, mais il reste utile. Il élève l’âme. Il civilise.
Citation : « L’art est une imitation de la nature, non pas telle qu’elle est, mais telle qu’elle devrait être. » (Aristote, Poétique). Aujourd’hui, nous avons inversé la proposition : l’art imite la nature telle qu’elle est devenue – laide, bruyante, absurde. Et nous appelons cela du réalisme.
3. Rome, ou l’Art comme Propagande (Ier siècle av. J.-C. – Ve siècle ap. J.-C.)
Les Romains, ces pragmatiques, comprennent vite que l’art peut servir le pouvoir. Auguste se fait représenter en Jupiter, Trajan en conquérant invincible, Constantin en sauveur des chrétiens. Les fresques, les statues, les arcs de triomphe : tout est message, tout est communication. L’art n’est plus sacré, ni même philosophique. Il est politique. Il sert à impressionner, à soumettre, à glorifier. Les artistes ne sont plus des chamans ou des philosophes, mais des artisans au service de l’Empire. Et l’Empire, lui, n’a que faire de la vérité. Il veut de la grandeur, de la puissance, de la majesté.
Anecdote : On raconte que Néron, après l’incendie de Rome, fit construire sa Domus Aurea, un palais couvert de fresques et de dorures, tandis que le peuple survivait dans les ruines. Aujourd’hui, les milliardaires collectionnent l’art contemporain comme Néron collectionnait les marbres. La différence ? Néron, au moins, avait le mérite de la franchise : il assumait son mépris pour le peuple.
4. Florence, ou l’Art comme Marchandise (XVe siècle)
Avec la Renaissance, l’art entre dans l’ère du capitalisme. Les Médicis, ces banquiers florentins, comprennent que l’art peut être un investissement. Botticelli peint La Naissance de Vénus, mais c’est Lorenzo de Médicis qui en tire profit. L’artiste n’est plus un artisan anonyme : il a un nom, une signature, un prix. Léonard de Vinci négocie ses contrats comme un avocat, Michel-Ange se bat avec le pape Jules II pour des questions d’argent. L’art devient une industrie. Et l’industrie, comme on le sait, a horreur du vide. Il faut produire, toujours produire, même si cela signifie sacrifier la qualité, l’originalité, l’âme.
Citation : « L’art est une monnaie qui ne se dévalue jamais. » (Cosme de Médicis). Aujourd’hui, cette phrase est gravée dans le marbre des salles de vente de Christie’s et Sotheby’s. L’art n’est plus qu’un actif financier, un placement comme un autre. Et les artistes ? Des marques, des logos, des produits.
5. Paris, ou l’Art comme Révolution (XIXe siècle)
Au XIXe siècle, l’art se rebelle. Les romantiques, les réalistes, les impressionnistes : tous refusent les règles académiques, les salons officiels, les commandes de l’État. Courbet peint L’Origine du monde, Manet choque avec Le Déjeuner sur l’herbe, Van Gogh se coupe une oreille. L’art n’est plus une marchandise, ni une prière, ni une propagande : il est révolte. Il est cri. Il est refus. Les artistes vivent dans la misère, mais ils gardent leur fierté. Ils préfèrent crever de faim plutôt que de se vendre. Et pendant un siècle, cela fonctionne. L’art reste un espace de liberté, un dernier bastion contre la médiocrité bourgeoise.
Anecdote : On raconte que Baudelaire, voyant les toiles de Delacroix au Salon de 1859, s’exclama : « Enfin ! Un peintre qui a du génie ! » Aujourd’hui, les critiques d’art s’extasient devant des installations de néons ou des tas de détritus. Le génie, semble-t-il, est une denrée périmée.
6. New York, ou l’Art comme Spectacle (XXe siècle)
Avec le XXe siècle, l’art devient un business. Andy Warhol transforme la soupe Campbell en icône, les galeries de SoHo transforment les artistes en stars, les musées deviennent des temples du consumérisme culturel. L’art n’est plus révolte, il est divertissement. Il n’est plus cri, il est bruit de fond. Les happening, les performances, les installations : tout est conçu pour attirer l’attention, pour faire le buzz, pour vendre. L’artiste n’est plus un génie maudit, mais un entrepreneur. Et le public ? Une masse de consommateurs avides de sensations, toujours en quête de la prochaine mode, du prochain scandale, de la prochaine œuvre « disruptive ».
Citation : « Dans le futur, tout le monde sera célèbre pendant quinze minutes. » (Andy Warhol). Aujourd’hui, ces quinze minutes se sont réduites à quinze secondes. Et encore, il faut poster sur Instagram pour en profiter.
7. Paris La Défense, ou l’Art comme Zoo (XXIe siècle)
Et nous voici arrivés au Zoo Art Show. L’art n’est plus sacré, ni philosophique, ni politique, ni marchandise, ni révolte, ni spectacle. Il est éphémère. Il est jetable. Il est consommable. Comme un burger, comme une série Netflix, comme un tweet. Les fresques géantes de La Défense ne sont pas faites pour durer. Elles sont faites pour être photographiées, partagées, oubliées. Les artistes ne sont plus des génies, ni des entrepreneurs : ce sont des animaux de foire, des curiosités exotiques qu’on exhibe le temps d’une saison. Et le public ? Des visiteurs, des touristes, des consommateurs. Ils viennent, ils regardent, ils prennent des selfies, ils repartent. Personne ne s’arrête. Personne ne réfléchit. Personne ne ressent. L’art est devenu un produit, et le musée un supermarché.
Anecdote : En 2018, une fresque de Banksy s’est autodétruite après avoir été vendue aux enchères pour 1,2 million d’euros. Les médias ont parlé de « génie », de « révolution ». En réalité, c’était la dernière farce d’un système qui a transformé l’art en clownerie. Aujourd’hui, les artistes détruisent leurs œuvres eux-mêmes, avant même qu’elles ne soient exposées. Comme si la destruction était la seule forme d’authenticité qui nous reste.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Cage
Regardons les mots, ces pauvres mots, ces outils rouillés qui nous servent encore à désigner ce que nous ne comprenons plus. Zoo. Le mot vient du grec zôon, « animal ». Un zoo, c’est un endroit où l’on enferme des bêtes pour le plaisir des hommes. Ici, ce ne sont pas les animaux qui sont enfermés, mais les artistes. Et le public ? Il déambule, il observe, il juge. Comme au Jardin des Plantes, mais sans les singes. Ou plutôt, avec des singes en costume, des singes qui peignent, qui graffent, qui performent. Des singes qui savent qu’ils sont observés, et qui jouent le jeu. Car le jeu, aujourd’hui, c’est tout ce qui reste.
Art. Le mot vient du latin ars, qui signifie « savoir-faire », « technique ». À l’origine, l’art n’était pas une question de génie, mais de maîtrise. Un artisan était un artiste. Aujourd’hui, l’art n’a plus rien à voir avec la maîtrise. C’est une question de concept, de provocation, de marché. Un artiste, aujourd’hui, n’a pas besoin de savoir dessiner, sculpter, peindre. Il lui suffit d’avoir une idée, une « démarche », comme on dit. Et cette idée, cette démarche, doit être vendeuse. Elle doit faire parler. Elle doit faire vendre.
Show. Le mot vient de l’anglais, bien sûr. Comme « marketing », comme « branding », comme « cool ». Un show, c’est un spectacle. Un divertissement. Une distraction. Le Zoo Art Show n’est pas une exposition, c’est un événement. Un événement éphémère, comme un feu d’artifice, comme un concert, comme une mode. Après, il ne reste rien. Rien que des photos sur Instagram, des souvenirs dans les têtes, et des déchets dans les poubelles.
Le langage nous trahit. Il révèle notre impuissance, notre résignation. Nous ne savons plus parler de l’art, alors nous empruntons des mots à d’autres domaines : au cirque, au commerce, à la télévision. Nous ne savons plus ce qu’est l’art, alors nous le réduisons à ce qu’il n’est pas : un spectacle, une marchandise, un zoo.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Observons les comportements, ces pantomimes pathétiques que nous jouons sans même nous en rendre compte. Le visiteur du Zoo Art Show arrive, téléphone en main. Il scanne le QR code à l’entrée, il écoute l’audioguide, il prend des photos. Il ne regarde pas les œuvres. Il les consomme. Il les réduit à leur valeur d’échange : un like, un partage, une story. L’art n’est plus une expérience, mais une transaction. Une transaction entre l’artiste, qui vend son âme, et le public, qui achète du divertissement.
Et l’artiste, dans tout ça ? Il joue le jeu. Il sait que son œuvre sera oubliée dans six mois, mais il fait semblant de croire à son importance. Il parle de « démarche », de « message », de « réflexion ». Mais au fond, il sait. Il sait que son art n’est qu’un produit, une bulle de savon qui éclatera au premier coup de vent. Alors il se réfugie dans l’ironie, dans le cynisme, dans le second degré. Il fait semblant de se moquer du système, tout en