Exposition au Grand Hôtel-Dieu : quand l’art et l’industrie se rencontrent – Lyon Capitale







La Rencontre Maudite – Analyse de Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Exposition au Grand Hôtel-Dieu : quand l’art et l’industrie se rencontrent – Lyon Capitale

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Le Grand Hôtel-Dieu… ce vaisseau de pierre ancré sur les rives de la Saône, ce temple de la souffrance transfigurée en spectacle, ce lieu où l’on soignait jadis les corps pour mieux anesthésier les âmes, et qui aujourd’hui accueille la grand-messe de la réconciliation entre l’art et l’industrie. Quelle ironie ! Quelle farce sublime ! On nous parle de rencontre, de dialogue, de symbiose entre deux mondes que tout oppose, comme si l’on pouvait marier le feu et la glace, la poésie et le rendement, l’éternel et l’éphémère. Mais derrière les sourires des commissaires d’exposition et les éclairages savamment étudiés, se cache une vérité bien plus crasse, bien plus ancienne : l’art et l’industrie ne se rencontrent pas, ils se violentent depuis que l’homme a troqué ses rêves contre des machines.

Cette exposition, voyez-vous, n’est qu’un symptôme de plus dans la longue agonie de l’esprit humain, une agonie qui a commencé bien avant que Lyon ne devienne la capitale des soieries et des usines. Elle est le miroir tendu vers une société qui a oublié que l’art, avant d’être une marchandise, était un cri, une prière, une malédiction. Et l’industrie ? Elle n’a jamais été qu’un monstre froid, un Moloch moderne dévorant les hommes pour recracher des objets. Alors, quand on nous parle de leur rencontre, il faut entendre : l’art se soumet, l’industrie digère, et le public, béat, applaudit.

Les Sept Étapes de la Chute : Une Généalogie de la Soumission

Pour comprendre cette mascarade, il faut remonter aux origines, là où tout a basculé. L’histoire de l’art et de l’industrie est celle d’un viol lent, méthodique, presque consenti. Voici les sept étapes de cette descente aux enfers, ces moments où l’humanité a cru dompter la beauté pour mieux la prostituer.

1. La Naissance du Sacré : L’Art comme Offrande (Préhistoire – Antiquité)

Tout commence dans l’obscurité des cavernes, là où l’homme, encore à moitié bête, griffonnait des aurochs sur les parois humides. Ces peintures de Lascaux ne sont pas des décorations, mais des incantations, des tentatives désespérées de domestiquer le monde par l’image. L’art est alors une magie, un lien entre l’homme et les dieux, ou ce qu’il croit être des dieux. Il est sacré, donc intouchable. Les Grecs, plus tard, pousseront cette idée jusqu’à l’idéal : leurs statues ne représentent pas des hommes, mais des dieux, et leurs temples sont des offrandes à l’harmonie du cosmos. « L’art est une chose sérieuse, presque sacrée », écrit Platon dans La République, avant de bannir les poètes de sa cité idéale. Déjà, la méfiance : l’art est dangereux, il peut corrompre. Mais il est encore pur, car il n’a pas de prix.

2. Le Péché Originel : L’Art comme Pouvoir (Moyen Âge – Renaissance)

Avec le christianisme, l’art devient un instrument de domination. Les cathédrales ne sont pas seulement des lieux de prière, mais des manifestes politiques, des démonstrations de puissance. Les vitraux de Chartres racontent des histoires saintes, mais aussi l’histoire des guildes qui les ont financés. L’art est désormais une monnaie d’échange entre les hommes et Dieu, mais aussi entre les hommes eux-mêmes. La Renaissance achèvera cette corruption : les Médicis ne commandent pas des tableaux par amour de la beauté, mais pour asseoir leur pouvoir. Michel-Ange sculpte le David non pas pour célébrer l’humanité, mais pour glorifier Florence. « La peinture est une poésie muette, la poésie une peinture parlante », écrit Léonard de Vinci. Mais cette poésie-là sent déjà le soufre : elle est au service des princes, des papes, des marchands. L’art n’est plus une offrande, mais une arme.

3. La Révolte des Machines : L’Industrie comme Nouveau Dieu (XVIIIe – XIXe siècles)

Puis vient la révolution industrielle, et avec elle, le grand basculement. Les machines envahissent les villes, les usines dévorent les campagnes, et l’art, soudain, semble bien fragile face à la puissance du fer et de la vapeur. Les romantiques, comme Delacroix ou Géricault, tentent de résister : ils peignent des chevaux cabrés, des naufrages, des révolutions, tout ce qui rappelle la force brute de la nature et de l’homme. Mais c’est une bataille perdue d’avance. « Le monde est une immense machine à laquelle nous sommes tous enchaînés », écrit Balzac dans La Comédie humaine. L’art devient un refuge, un dernier bastion de l’humain face à la mécanisation du monde. Mais pour combien de temps ? Déjà, les impressionnistes, comme Monet ou Pissarro, peignent des gares, des ponts métalliques, des usines fumantes. Ils croient célébrer le progrès, mais ils ne font que l’accompagner dans sa marche triomphale.

Et puis, il y a Lyon. Ah, Lyon ! La ville où la soie et la misère se sont mariées dans un ballet macabre. Les canuts, ces ouvriers de la soie, se révoltent en 1831 et 1834 contre leurs maîtres, contre les machines qui les réduisent à l’état de rouages. Leur cri, « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! », résonne comme un avertissement. Mais personne ne les écoute. L’industrie a gagné. Elle a transformé l’art en produit, l’artisan en ouvrier, et l’ouvrier en machine.

4. L’Art à l’Ère de la Reproduction Mécanique (XXe siècle)

Au début du XXe siècle, Walter Benjamin écrit son célèbre essai, L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. Il y décrit la mort de l’aura, cette présence unique, sacrée, qui entourait les œuvres d’art avant l’invention de la photographie et du cinéma. Désormais, l’art peut être reproduit à l’infini, diffusé, commercialisé. Il perd son mystère, sa singularité. « À l’époque de la reproductibilité technique, ce qui dépérit dans l’œuvre d’art, c’est son aura », écrit Benjamin. Mais ce qu’il ne dit pas, c’est que cette perte est aussi une libération : l’art peut enfin échapper aux élites, devenir populaire. Sauf que le peuple, lui, n’en veut pas. Il préfère les images faciles, les divertissements, les produits standardisés. L’art devient un spectacle, et le spectacle, comme l’écrit Guy Debord, « est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image ».

Pendant ce temps, l’industrie continue sa marche en avant. Les usines Ford produisent des voitures en série, les publicités envahissent les murs des villes, et l’art, lui, se plie aux exigences du marché. Les surréalistes jouent avec l’inconscient, mais leurs toiles se vendent comme des petits pains. Picasso peint Guernica, mais le tableau finit dans un musée, transformé en icône inoffensive. L’art et l’industrie ne se rencontrent plus : ils fusionnent, deviennent indissociables. L’un ne peut plus exister sans l’autre.

5. L’Ère du Spectacle : L’Art comme Marchandise (Années 1960 – 2000)

Dans les années 1960, Andy Warhol pousse la logique jusqu’à son paroxysme. Il transforme des boîtes de soupe Campbell en œuvres d’art, des portraits de Marilyn Monroe en icônes pop. « L’art, c’est ce que vous pouvez vous en tirer », déclare-t-il. Il ne croit plus à la transcendance, à la beauté, à l’éternel. Il ne croit qu’au marché, à la célébrité, à l’argent. Ses toiles se vendent des millions de dollars, et les musées se pressent pour les exposer. L’art n’est plus qu’un produit parmi d’autres, un objet de spéculation, un symbole de statut social.

Pendant ce temps, l’industrie se fait plus insidieuse. Elle ne se contente plus de produire des objets : elle produit des désirs, des rêves, des identités. Les marques deviennent des religions, les logos des totems. « Le capitalisme est une machine à fabriquer de l’illusion », écrit Jean Baudrillard. Et l’art, dans tout ça ? Il est complice. Il participe à la grande mascarade, il enrobe de poésie les pires horreurs du système. Les installations de Jeff Koons, ces ballons gonflables en acier inoxydable, ces chiens en fleurs, ne sont que des miroirs tendus vers notre vacuité. Elles ne disent rien, elles reflètent. Et nous, nous applaudissons.

6. La Résistance Désespérée : L’Art comme Dernier Refuge (Années 2000 – 2010)

Face à cette déferlante, quelques irréductibles tentent de résister. Des artistes comme Banksy ou Ai Weiwei utilisent leur art comme une arme, dénonçant la corruption, les injustices, la folie du monde. Leurs œuvres sont des cris, des coups de poing dans la gueule du système. Mais le système, lui, digère tout. Banksy devient une marque, ses graffitis se vendent aux enchères. Ai Weiwei est emprisonné, puis libéré, puis célébré comme un héros. L’art contestataire est récupéré, neutralisé, transformé en produit de consommation. « Tout ce qui était solide se volatilise », écrivait Marx. Tout, y compris la révolte.

Et puis, il y a les autres, ceux qui refusent de jouer le jeu. Ceux qui créent dans l’ombre, sans public, sans reconnaissance. Ceux pour qui l’art est encore une quête, un sacrifice, une folie. Mais combien sont-ils ? Combien résistent encore à l’appel des sirènes du marché ? Combien refusent de vendre leur âme pour un peu de gloire éphémère ?

7. La Rencontre Maudite : L’Art et l’Industrie en Symbiose (XXIe siècle)

Nous en sommes là aujourd’hui. À cette exposition au Grand Hôtel-Dieu, où l’art et l’industrie se donnent la main comme deux vieux amis. On nous parle de dialogue, de collaboration, de synergie. Mais c’est un mensonge. L’art et l’industrie ne dialoguent pas : ils copulent, ils s’accouplent dans un râle de plaisir et de douleur. L’industrie a besoin de l’art pour se donner une âme, pour se parer des atours de la culture. L’art, lui, a besoin de l’industrie pour survivre, pour exister dans un monde où tout se monnaye.

Regardez autour de vous : les usines deviennent des musées, les musées deviennent des usines. Les artistes sont des entrepreneurs, les entrepreneurs sont des mécènes. Les toiles se vendent en ligne, les expositions sont sponsorisées par des marques. L’art n’est plus qu’un produit dérivé, un accessoire de mode, un gadget pour riches oisifs. Et nous, nous marchons dans ce cirque, émerveillés, sans voir que nous sommes les clowns de la farce.

Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Soumission

Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Comment l’art, qui était autrefois un cri, une prière, une malédiction, est-il devenu ce produit lisse, aseptisé, inoffensif ? La réponse se cache dans les mots, dans le langage que nous utilisons pour parler de lui.

Observez le titre de cette exposition : « Quand l’art et l’industrie se rencontrent ». Déjà, le piège se referme. Le verbe rencontrer est trompeur : il suggère une égalité, une harmonie, une union consensuelle. Mais l’art et l’industrie ne se rencontrent pas : l’un dévore l’autre. L’industrie est un prédateur, l’art une proie. Et nous, nous parlons de rencontre comme on parle d’un mariage d’amour, alors qu’il s’agit d’un viol.

Et puis, il y a le mot art lui-même. Un mot si galvaudé, si vidé de son sens qu’il en devient presque obscène. Qu’est-ce que l’art, aujourd’hui ? Une toile signée par un inconnu dans une galerie branchée ? Une installation interactive dans un centre commercial ? Un graffiti tagué sur un mur de banlieue ? Le mot ne veut plus rien dire. Il est devenu un fourre-tout, un concept mou, une coquille vide que chacun remplit à sa guise.

Quant à l’industrie, le mot est tout aussi piégé. Il évoque le progrès, la modernité, l’efficacité. Mais derrière cette façade se cache une réalité bien plus sombre : l’exploitation, l’aliénation, la destruction. L’industrie n’est pas une force neutre, c’est un système qui broie les hommes et les rêves pour produire des objets. Et pourtant, nous continuons à en parler avec admiration, comme si elle était la solution à tous nos maux.

Le langage, voyez-vous, est une arme. Une arme de soumission massive. En utilisant les mots de l’ennemi, nous acceptons sa vision du monde. Nous parlons de rencontre au lieu de soumission, de dialogue au lieu de viol, de collaboration au lieu de exploitation. Et ainsi, sans même nous en rendre compte, nous devenons complices de notre propre asservissement.

Comportementalisme Radical : La Résistance comme Unique Issue

Alors, que faire ? Comment résister à cette machine infernale qui broie tout sur son passage ? Comment redonner à l’art sa puissance, sa dangerosité, sa folie ?

La réponse est simple : il faut refuser. Refuser le jeu, refuser les règles, refuser la soumission. Il faut cesser de croire que l’art peut coexister avec l’industrie, que la beauté peut survivre dans un monde qui ne jure que par le profit. Il faut cesser de chercher la reconnaissance, les subventions, les expositions. Il faut créer dans l’ombre, dans la marge, dans la folie. Il faut faire de l’art une arme, une malédiction, un poison.

Mais attention : cette résistance ne doit pas être passive. Elle doit être active, violente, impitoyable. Elle doit frapper là où ça fait mal : dans les galeries, dans les musées, dans les usines. Elle doit dénoncer, provoquer, détruire. Elle doit être un cri, un coup de poing, une insulte. « La poésie doit être faite par tous, non par un », écrivait Lautréamont. Eh bien, faisons de l


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