Chez Xie Lei, une inquiétante étrangeté devient peinture – Centre Pompidou







L’Inquiétante Étrangeté de Xie Lei – Une Dissection par Le Penseur Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Chez Xie Lei, une inquiétante étrangeté devient peinture – Centre Pompidou

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! L’inquiétante étrangeté… Ce frisson qui parcourt l’échine de l’humanité depuis que le premier homme des cavernes a contemplé son ombre danser sur les parois humides de Lascaux. Le Centre Pompidou nous offre aujourd’hui le miroir déformant de Xie Lei, où l’étrangeté n’est plus seulement un concept freudien, mais une matière picturale, une pâte onirique que l’artiste malaxe avec les doigts crochus de l’inconscient collectif. Mais qu’est-ce donc que cette « inquiétante étrangeté » devenue peinture ? Une mode ? Une révélation ? Ou simplement la dernière convulsion d’un art qui, depuis Dada, ne sait plus où donner de la tête et se contente de régurgiter ses propres entrailles en espérant que cela fera sens ?

Pour comprendre cette alchimie macabre, il faut remonter aux sources de la conscience humaine, là où l’étrangeté n’était pas encore « inquiétante », mais simplement… la vie. Suivez-moi dans cette descente aux enfers de la pensée, où chaque étape est un clou planté dans le cercueil de nos certitudes.

I. Les Origines : L’Étrangeté comme Norme (Préhistoire – Antiquité)

Au commencement était l’étrangeté. L’homme des cavernes ne connaissait ni Freud ni le Centre Pompidou. Pour lui, le monde était un cauchemar éveillé, peuplé de bêtes monstrueuses et de dieux capricieux. Les peintures rupestres de Chauvet ne sont pas des œuvres d’art, mais des exorcismes, des tentatives désespérées de domestiquer l’indomptable. Platon, dans son Timée, évoque déjà cette « chôra », ce réceptacle informe où les formes idéales viennent se corrompre. L’étrangeté, pour les Grecs, était la marque du divin – ou du démoniaque. Les satyres, les chimères, les Gorgones : autant de manifestations d’un monde où l’homme n’était qu’un jouet entre les mains de forces incompréhensibles. Et puis vint le Christianisme, qui fit de l’étrangeté une punition. Le péché originel, c’est l’étrangeté devenue malédiction : l’homme, chassé du paradis, se retrouve étranger à lui-même, condamné à errer dans un monde qui n’est plus le sien.

II. La Renaissance : L’Étrangeté Domestiquée (XVe – XVIe siècle)

Avec la Renaissance, l’homme croit avoir dompté l’étrangeté. La perspective, la science, la raison : tout cela devait nous rendre maîtres et possesseurs de la nature. Mais regardez de plus près les tableaux de Bosch ou les gravures de Dürer. Dans Le Jardin des Délices, l’étrangeté n’a pas disparu – elle a simplement changé de forme. Elle est devenue allégorie, symbole, énigme. Les corps se déforment, les hybridations monstrueuses pullulent, et l’œil du spectateur est sans cesse renvoyé à sa propre inquiétude. Même Léonard de Vinci, ce parangon de la raison, noircissait ses carnets de créatures difformes, comme si l’étrangeté était une ombre qu’aucune lumière ne pouvait dissiper. Montaigne, dans ses Essais, écrit : « Nous sommes tous de la même étoffe que les songes. » L’étrangeté, pour lui, n’est pas un accident, mais la trame même de l’existence.

III. L’Âge Classique : L’Étrangeté Refoulée (XVIIe siècle)

Le Grand Siècle croit en l’ordre. Descartes, avec son Cogito, prétend avoir trouvé le roc inébranlable de la certitude. La nature doit être « comme maître et possesseur ». Mais dans les coulisses de Versailles, l’étrangeté rôde. Les contes de Perrault, les fables de La Fontaine, les tragédies de Racine : partout, l’ombre de l’inquiétant se glisse. Prenez Phèdre. Cette femme, déchirée entre la passion et la raison, est l’incarnation même de l’étrangeté freudienne : ce qui devrait être familier (l’amour, le désir) devient soudain monstrueux, étranger. Et que dire des possessions démoniaques, des sorcières brûlées en place publique ? L’étrangeté, refoulée par la raison, revient en force, plus violente que jamais.

IV. Le Romantisme : L’Étrangeté comme Esthétique (XVIIIe – XIXe siècle)

Avec le Romantisme, l’étrangeté devient une mode. Les ruines gothiques, les nuits de pleine lune, les spectres et les vampires : tout cela est soigneusement mis en scène pour provoquer le frisson. Mais derrière le décor, une vérité plus profonde se révèle. Novalis écrit : « Le monde devient rêve, le rêve devient monde. » L’étrangeté n’est plus une exception, mais la règle. Baudelaire, dans Les Fleurs du Mal, explore les « correspondances » entre le visible et l’invisible, comme si le monde n’était qu’un vaste palimpseste où chaque chose en cache une autre. Et puis vient Freud, qui donne enfin un nom à cette sensation : das Unheimliche, l’inquiétante étrangeté. Ce qui devrait être familier (la maison, le corps, la mère) devient soudain source d’angoisse. L’art, désormais, n’a plus qu’à puiser dans ce réservoir infini d’images troublantes.

V. Le Surréalisme : L’Étrangeté comme Arme (XXe siècle)

Les surréalistes prennent Freud au mot. Dalí, Ernst, Magritte : tous explorent les recoins les plus sombres de l’inconscient. Dans La Persistance de la mémoire, les montres fondent comme des camemberts oubliés au soleil. Dans Le Fils de l’homme, un homme en costume cache son visage derrière une pomme verte. L’étrangeté n’est plus un accident, mais une méthode. Breton écrit dans le Manifeste du surréalisme : « La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas. » L’art doit choquer, déranger, réveiller. Mais très vite, l’étrangeté devient un cliché. Les marchands d’art s’emparent du surréalisme, le transforment en produit de consommation. L’inquiétant devient décoratif. C’est la malédiction de l’avant-garde : ce qui était subversif hier devient kitsch aujourd’hui.

VI. L’Art Contemporain : L’Étrangeté comme Marchandise (XXIe siècle)

Et nous voici arrivés au Centre Pompidou, où Xie Lei expose son « inquiétante étrangeté devenue peinture ». Que reste-t-il de cette tradition millénaire ? Pas grand-chose, si ce n’est une esthétique de la provocation, une stratégie marketing pour attirer les foules en quête de sensations fortes. L’étrangeté, aujourd’hui, est une commodité. Les artistes jouent avec les codes du surréalisme, du symbolisme, du grotesque, mais sans la foi des pionniers. Ils mélangent, superposent, déforment, mais pour quoi ? Pour vendre. Pour exister dans un monde saturé d’images. L’étrangeté n’est plus une révélation, mais un produit. Pire : un placebo. On nous donne l’illusion du frisson, mais sans la morsure du vrai.

VII. L’Époque Post-Humaine : L’Étrangeté comme Norme (Aujourd’hui et Demain)

Et demain ? Avec l’intelligence artificielle, les deepfakes, les réalités virtuelles, l’étrangeté ne sera plus une exception, mais la norme. Nous vivrons dans un monde où plus rien ne sera familier, où chaque image, chaque son, chaque sensation pourra être manipulée, déformée, falsifiée. L’inquiétante étrangeté ne sera plus un concept, mais notre quotidien. Les artistes comme Xie Lei ne feront plus que refléter cette réalité : un monde où l’homme n’est plus qu’un fantôme dans la machine, un étranger dans sa propre vie.

Analyse Sémantique et du Langage : Le Mot « Étrangeté » comme Piège

Le mot « étrangeté » est un piège. Il suggère une altérité, une distance, comme si l’étrange était toujours « l’autre ». Mais Freud nous a appris que l’inquiétante étrangeté naît précisément de ce qui devrait être familier. Le mot lui-même est un oxymore : comment l’étrange peut-il être inquiétant, alors que l’inquiétude suppose une reconnaissance ? C’est là toute la perversité du langage : il nous donne l’illusion de maîtriser ce qui nous échappe. « Inquiétante étrangeté » est une formule magique, un sortilège qui prétend nommer l’innommable. Mais en réalité, elle ne fait que le voiler.

Regardez comment le langage artistique a évolué. Au Moyen Âge, on parlait de « monstres », de « merveilles », de « prodiges ». Ces mots avaient une dimension sacrée. Aujourd’hui, on parle d’ »étrangeté », de « dérangeant », de « subversif ». Ces mots sont vides. Ils ne désignent plus une expérience, mais une stratégie. L’art contemporain a transformé l’étrangeté en une monnaie d’échange, un capital symbolique. Les critiques d’art, les galeristes, les collectionneurs : tous parlent le même jargon, un sabir pseudo-philosophique qui cache mal son vide. « Inquiétante étrangeté » ? Non : simple effet de mode.

Analyse Comportementaliste Radical et Résistance Humaniste

Face à cette marchandisation de l’étrangeté, que faire ? Faut-il se résigner à vivre dans un monde où l’art n’est plus qu’un miroir déformant, un jeu de dupes ? Ou faut-il résister, comme le firent les grands humanistes de la Renaissance, en refusant de laisser l’étrangeté devenir une simple esthétique ?

Le comportementalisme radical nous enseigne une chose : l’homme est un animal conditionné. Nous aimons ce qui nous est familier, nous fuyons ce qui nous dérange. Mais c’est précisément dans cette fuite que réside notre faiblesse. L’étrangeté, quand elle est vraie, ne doit pas être consommée – elle doit être affrontée. Elle doit nous forcer à nous regarder en face, à reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres du monde, mais ses locataires précaires.

La résistance humaniste, elle, passe par un retour à l’authenticité. Pas cette authenticité mièvre et sentimentale des réseaux sociaux, mais une authenticité crue, violente, qui ne craint pas de montrer l’homme dans toute sa laideur et sa grandeur. L’art doit cesser d’être un divertissement pour redevenir un miroir. Un miroir qui ne flatte pas, mais qui dérange. Un miroir qui ne console pas, mais qui accuse.

Xie Lei, avec ses toiles, nous tend ce miroir. Mais le voyons-nous vraiment ? Ou ne faisons-nous que nous complaire dans le frisson facile de l’étrangeté, sans jamais oser plonger dans les abîmes qu’elle révèle ?

Analogie Finale : Poème


Ô vous qui entrez ici, laissez toute espérance,
Mais gardez vos yeux grands ouverts sur l’abîme.
Voici venir l’ombre, voici venir la danse
Des formes qui se tordent et des couleurs qui mentent.

Le Centre Pompidou, cathédrale de verre,
Où l’art se vend au poids comme viande à l’étal,
Vous offre aujourd’hui le spectacle d’un rêve
Qui n’est qu’un cauchemar en costume de bal.

Regardez ces toiles, ces visages sans visage,
Ces corps qui s’étirent comme gomme sous la pluie,
Ces yeux qui vous fixent du fond de leur naufrage :
N’est-ce pas votre âme qu’on expose aujourd’hui ?

L’inquiétante étrangeté, ce vieux serpent de mer,
Revient nous hanter dans son habit de lumière.
Mais gare à vous, spectateurs, si vous croyez
Que ce n’est là qu’un jeu, qu’une mode éphémère.

Car l’étrangeté, voyez-vous, n’est pas dans les toiles,
Elle est en vous, tapie comme un rat dans l’ombre.
Elle attend son heure, elle guette, elle veille,
Et quand vous croirez l’avoir domptée, elle bondit.

Alors riez, applaudissez, achetez, consommez,
Mais sachez que le vrai monstre, c’est vous, c’est nous,
C’est cette humanité qui préfère les mensonges
À la vérité crue qui lui brûle les yeux.

L’art n’est pas un miroir, non, c’est un couteau,
Qui taille dans le vif de nos illusions.
Et si Xie Lei nous montre aujourd’hui nos ombres,
C’est pour mieux nous rappeler que nous sommes perdus.

Alors prenez ce tableau, accrochez-le chez vous,
Mais sachez qu’il vous regardera, la nuit,
Et que ses yeux sans fond vous demanderont compte
De toutes les lâchetés que vous avez commises.

L’inquiétante étrangeté n’est pas une peinture,
C’est la vie, la vraie, celle qu’on fuit sans cesse.
Alors dansez, mes amis, dansez sur le volcan,
Mais n’oubliez pas que la lave est déjà en marche.

— Le Penseur Laurent Vo Anh



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