ACTUALITÉ SOURCE : Art contemporain, photo, peinture, sculpture : les expositions à ne pas manquer cet été dans l’Ouest – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! L’été dans l’Ouest… Les mouettes qui hurlent comme des critiques d’art en crise, les embruns qui salent les plaies ouvertes de la création, et ces expositions, toujours ces expositions, ces temples éphémères où l’on vient adorer le néant en costume de lin. « À ne pas manquer », nous dit-on. Comme si l’art était une station balnéaire, un lieu de villégiature pour âmes en quête de « dépaysement ». Mais dépaysement de quoi, grands dieux ? De la misère du monde ? De l’ennui métaphysique qui nous ronge comme la rouille une vieille bicyclette abandonnée dans un champ de betteraves ? Ou simplement de la médiocrité de nos propres existences, que nous fuyons en courant vers ces cimaises où pendent, comme des linges sales, les lambeaux de ce que l’on ose encore appeler « la pensée visuelle » ?
Car enfin, que nous propose-t-on ? Des « expositions à ne pas manquer ». Formule magique, incantation publicitaire, mantra pour consommateurs d’émotions pré-digérées. Comme si l’art était une denrée périssable, un yaourt culturel dont la date de péremption serait estampillée « été 2024 ». Comme si, en ratant l’exposition de Machin à Quimper ou celle de Bidule à Nantes, nous risquions de passer à côté de quelque révélation fondamentale, de quelque vérité ultime sur la condition humaine. Mais quelle vérité ? Celle que l’on nous sert depuis des décennies, depuis que l’art a décidé de se vautrer dans le caniveau de l’histoire pour mieux lécher les bottes du marché ?
Permettez-moi, chers lecteurs égarés, de vous entraîner dans une plongée vertigineuse à travers les sept âges de la déchéance esthétique, ces sept étapes cruciales où l’humanité, dans sa course effrénée vers le néant, a cru bon de transformer l’art en miroir brisé de ses propres turpitudes. Car l’art contemporain, voyez-vous, n’est pas né ex nihilo. Il est le fruit pourri d’une histoire, d’une lente putréfaction des idéaux, d’une trahison systématique de ce que l’art fut, ou du moins, de ce qu’il prétendit être.
I. L’Âge des Cavernes : Quand l’Homme Pissait sa Peinture
Tout commence dans l’obscurité humide des grottes, là où l’homme, encore à moitié singe, grattait la paroi rocheuse avec des outils de fortune. Lascaux, Chauvet, Altamira… Ces fresques rupestres, ces chevaux qui galopent dans la pénombre, ces bisons aux flancs rebondis, ne sont pas de l’art. Non. Ce sont des prières, des incantations, des tentatives désespérées de domestiquer le chaos du monde. L’homme préhistorique ne « créait » pas, il conjurait. Il ne cherchait pas la beauté, mais la survie. Et pourtant, quelque chose en lui, déjà, pressentait que la représentation était une forme de magie, une façon de s’approprier le réel, de le plier à sa volonté. « L’art est un mensonge qui nous permet de comprendre la vérité », dira plus tard Picasso. Mais à l’époque, le mensonge était encore sacré. La vérité, elle, était une bête sauvage qu’il fallait apprivoiser.
Anecdote cruelle : on raconte que les artistes des cavernes étaient souvent des femmes. Oui, ces mains négatives, ces silhouettes tracées au pochoir sur les parois, seraient majoritairement l’œuvre de celles que l’histoire officielle a reléguées au rang de cueilleuses et de reproductrices. Déjà, l’art était une affaire de pouvoir, et déjà, les femmes en étaient les premières victimes. Plus tard, on leur interdirait les académies, on les cantonnerait aux natures mortes et aux portraits intimistes, tandis que les hommes s’empareraient des grands formats, des scènes historiques, des sujets « nobles ». L’art, dès ses origines, était une affaire de domination.
II. La Grèce Antique : L’Idéal ou la Mort
Puis vint la Grèce, et avec elle, l’obsession de la perfection. Les Grecs inventent l’esthétique comme discipline philosophique, et Platon, ce vieux fou mégalomane, décide que l’art n’est qu’une pâle copie de la copie des Idées. « La beauté est la splendeur du vrai », déclare-t-il dans son Phèdre, avant d’envoyer paître les poètes, ces menteurs professionnels. Pourtant, c’est bien lui qui, sans le vouloir, pose les bases de ce qui deviendra le dogme occidental : l’art doit être beau, harmonieux, proportionné. Le corps humain devient le canon, et tout ce qui s’en écarte est relégué au rang de monstruosité.
Les sculpteurs grecs, ces géomètres du marbre, taillent la pierre comme on taille une vérité. Le Discobole de Myron, l’Apollon du Belvédère, la Vénus de Milo… Autant de corps idéalisés, lissés, épilés, aseptisés. Où sont les cicatrices, les verrues, les poils pubiens ? Où est la sueur, la saleté, la vie ? L’art grec est un art de la négation du réel, une fuite éperdue vers un monde de formes pures, un monde où l’homme, enfin, pourrait se croire dieu. « L’homme est la mesure de toute chose », proclame Protagoras. Mais quelle mesure ? Celle d’un corps sans défaut, d’un esprit sans faille, d’une société sans contradiction ? Les Grecs, déjà, mentaient. Et nous, pauvres héritiers de leur mensonge, continuons de croire que la beauté est une valeur en soi, une fin en soi, alors qu’elle n’est qu’un leurre, une illusion d’optique pour âmes en peine.
Anecdote sordide : savez-vous comment les sculpteurs grecs représentaient les dieux ? En copiant les corps des jeunes athlètes, ces éphèbes aux muscles saillants, aux fesses rebondies, que l’on exhibait comme des trophées vivants. L’art grec est un art pédérastique, un art de la jeunesse éternelle, un art qui refuse la décrépitude, la vieillesse, la mort. Et nous, aujourd’hui, continuons de vénérer ces statues, ces corps parfaits et froids, comme si la beauté était une armure contre l’angoisse de disparaître.
III. La Renaissance : Le Péché Originel du Capitalisme
Sautons quelques siècles, et voici la Renaissance, cette explosion de couleurs, de perspectives, de savoirs. L’homme, enfin, se place au centre du monde. Dieu est mort, vive l’homme ! Les Médicis, ces banquiers florentins, deviennent les mécènes d’un art qui n’est plus seulement religieux, mais aussi profane, politique, érotique. Botticelli peint La Naissance de Vénus, et le corps féminin, enfin, ose se montrer nu, non plus comme une allégorie du péché, mais comme une célébration de la chair. Léonard de Vinci dissèque des cadavres pour mieux comprendre l’anatomie, et Michel-Ange, ce titan torturé, sculpte le David comme un manifeste de la puissance humaine.
Mais derrière cette apparente libération, une nouvelle aliénation se profile. L’art devient une marchandise, un objet de spéculation, un placement financier. Les artistes, ces nouveaux courtisans, doivent plaire à leurs mécènes, flatter leur ego, satisfaire leurs caprices. Raphaël peint les portraits des papes, et Titien ceux des doges vénitiens. L’art n’est plus une quête spirituelle, mais un outil de propagande, une monnaie d’échange dans le grand bazar du pouvoir. « L’art est un miroir tendu à la nature », écrit Shakespeare. Mais quel miroir ? Celui qui reflète la vérité, ou celui qui la déforme pour mieux servir les puissants ?
Anecdote édifiante : savez-vous que Michel-Ange, en peignant la voûte de la Sixtine, a failli devenir aveugle ? Les années passées à travailler allongé sur des échafaudages, la peinture lui coulant dans les yeux, l’ont laissé à moitié aveugle. Mais peu importe. Le pape Jules II voulait sa chapelle, et Michel-Ange, ce génie orgueilleux, a obéi. L’art, déjà, était une affaire de souffrance, de sacrifice, de soumission. Les artistes modernes, avec leurs installations conceptuelles et leurs performances auto-mutilatrices, ne font que répéter, en pire, ce que Michel-Ange a vécu dans sa chair : l’art comme martyre.
IV. Le XIXe Siècle : L’Art se Vomit Lui-Même
Puis vint le XIXe siècle, ce grand vomissement créatif où l’art, enfin, ose se regarder dans le miroir et hurler sa propre laideur. Les romantiques, ces adolescents attardés, font de la mélancolie une esthétique, et de la révolte une posture. Delacroix peint La Liberté guidant le peuple, et Géricault expose Le Radeau de la Méduse, cette allégorie sordide de la déchéance humaine. Mais c’est avec les impressionnistes que tout bascule. Monet, Renoir, Degas… Ces peintres maudits, ces ratés du Salon officiel, décident de capter non plus la réalité, mais la lumière, l’instant, l’éphémère. Ils peignent en plein air, comme des fous, comme des possédés, et leurs toiles deviennent des taches de couleur, des impressions fugitives, des rêves éveillés.
Mais le vrai scandale, c’est Manet. En 1863, il expose Le Déjeuner sur l’herbe, et la bourgeoisie parisienne hurle au scandale. Une femme nue, assise entre deux hommes habillés, dans un parc ? Quelle horreur ! Quelle décadence ! Pourtant, Manet ne fait que pousser jusqu’à l’absurde les codes de la peinture académique. Il cite Raphaël, Giorgione, mais en les vidant de leur sens. La femme nue n’est plus une déesse, mais une prostituée. Les hommes ne sont plus des héros, mais des bourgeois en redingote. L’art, enfin, ose dire la vérité : que le monde est laid, hypocrite, obscène.
Anecdote réjouissante : savez-vous que Manet a été traité de « peintre des latrines » par la critique ? Que ses toiles ont été refusées par le Salon officiel, et qu’il a dû organiser sa propre exposition, dans un baraquement de fortune, pour les montrer au public ? L’art moderne est né dans le mépris, la dérision, la provocation. Et nous, aujourd’hui, continuons de vénérer ces toiles comme des reliques, alors qu’elles ne sont que les symptômes d’une société en décomposition.
V. Le XXe Siècle : L’Art se Suicide en Direct
Le XXe siècle, ce siècle de folie et de sang, voit l’art se radicaliser, se politiser, se désintégrer. Les avant-gardes se succèdent comme des modes, chacune plus extrême que la précédente. Les futuristes célèbrent la vitesse, la machine, la guerre. Les dadaïstes, ces clowns tragiques, décident de tout détruire, de tout nier, de tout ridiculiser. Duchamp expose un urinoir et l’intitule Fontaine. L’art n’est plus une question de technique, de talent, de beauté, mais de concept, de provocation, de scandale. « Tout homme est un artiste », déclare Beuys. Mais quel artiste ? Un imposteur, un charlatan, un fou ?
Puis vient la société de consommation, et avec elle, le pop art. Warhol, ce roi du vide, transforme Marilyn Monroe en icône religieuse, une boîte de soupe Campbell en objet de culte. L’art devient un produit, une marque, un logo. Les galeries se transforment en supermarchés, et les artistes en VRP de leur propre néant. « Dans le futur, tout le monde sera célèbre pendant quinze minutes », prophétise Warhol. Nous y sommes. Aujourd’hui, n’importe quel influenceur, n’importe quel youtubeur, peut prétendre au titre d’artiste. L’art est mort, vive l’art !
Anecdote glaçante : savez-vous que Warhol, après avoir été blessé par balle en 1968, a refusé de témoigner contre son agresseur, une féministe radicale qui voulait « tuer le capitalisme » ? « Je ne veux pas m’en mêler », aurait-il déclaré. L’art, pour lui, n’était qu’un jeu, une farce, une façon de se moquer du monde sans jamais prendre parti. Et nous, aujourd’hui, continuons de vénérer ce clown triste, ce roi du cynisme, comme s’il avait quelque chose à nous apprendre. Mais quoi ? À vendre notre âme au plus offrant ? À transformer notre désespoir en marchandise ?
VI. L’Art Contemporain : Le Triomphe du Néant
Et nous voici enfin, chers lecteurs, au cœur du sujet : l’art contemporain, ce grand cirque où tout est permis, où tout se vaut, où tout se vend. Les expositions que nous propose l’Ouest cet été ne sont que des avatars de cette grande mascarade. Une photo floue de Jeff Wall ? Une installation minimaliste de Donald Judd ? Une peinture abstraite de Gerhard Richter ? Peu importe. Tout est bon pour remplir les cimaises, pour justifier les subventions, pour faire croire que l’art a encore un sens.
Mais quel sens ? Celui d’un marché de l’art qui brasse des milliards, où les collectionneurs achètent des œuvres comme on achète des actions en bourse ? Celui d’un milieu artistique incestueux, où les mêmes noms circulent de biennales en foires, de galeries en musées, comme des monnaies d’échange ? Celui d’une création qui a renoncé à toute ambition spirituelle, à toute dimension métaphysique, pour se vautrer dans le narcissisme, le politiquement correct, le déjà-vu ?
Prenez Damien Hirst, ce boucher en costume Armani, qui expose des cadavres d’animaux dans du formol et appelle ça de l’art. Prenez Tracey Emin, cette pleurnicheuse professionnelle, qui expose son lit défait et ses tampons usagés comme des reliques de sa misère affective. Prenez Banksy, ce graffeur de supermarché, qui se cache derrière un pseudonyme pour mieux vendre ses petites provocations à des millionnaires en mal de rébellion. Tous ces gens, ces « artistes », ne sont que les symptômes d’une époque qui a perdu le sens du sacré, du beau, du vrai. Ils ne créent pas, ils recyclent. Ils ne pensent pas, ils consomment. Ils ne vivent pas, ils survivent.
Anecdote révélatrice : savez-vous que Damien Hirst, après avoir vendu une de ses œuvres pour plusieurs millions de dollars, a déclaré : « Je ne crois pas en l’art. Je crois en l’argent » ? Et pourtant, nous continuons de le célébrer, de l’exposer, de le vénérer comme un génie. Preuve, s’il en fallait une, que l’art contemporain n’est qu’un miroir tendu à notre propre vacuité, à notre propre lâcheté.
VII. L’Ère du Post-Art : Le Triomphe de l’Insignifiance