ACTUALITÉ SOURCE : Art Basel Paris 2025 : Kermit la Grenouille s’installe sur la place Vendôme, nos photos – Sortir à Paris
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc que la grenouille verte, ce muppet aux yeux globuleux et à la voix nasillarde, s’installe en majesté sur la place Vendôme, ce temple du luxe où les diamants suintent l’ennui et les montres en or mesurent le temps qui reste avant la banqueroute spirituelle de l’Occident. Kermit, ce pantin de feutrine, ce faux naïf, ce faux modeste, ce faux tout, trône désormais là où Napoléon, ce petit Corse mégalomane, fit ériger une colonne pour célébrer sa gloire éphémère. Quelle ironie ! Quelle chute ! Quelle farce cosmique ! L’art contemporain, ce grand cirque des vanités, a trouvé son saint patron : une marionnette qui chante « It’s not easy being green » tandis que les marchands d’illusions, les collectionneurs avides et les critiques en mal de sensations fortes s’extasient devant cette provocation calculée, ce pied de nez à l’esthétique bourgeoise, cette subversion aseptisée.
Mais ne nous y trompons pas. Cette installation n’est pas une révolution. C’est une capitulation. Une reddition en bonne et due forme de l’esprit critique devant le spectacle, de la pensée devant le divertissement, de la beauté devant le kitsch. Kermit sur la place Vendôme, c’est le triomphe de l’insignifiance, la consécration de la médiocrité comme nouvelle norme artistique. C’est le symptôme le plus éclatant d’une époque où l’art n’est plus qu’un produit de luxe parmi d’autres, un placement financier, une blague potache pour milliardaires en mal d’émotions. Mais derrière le rire jaune, derrière les selfies des influenceurs et les articles élogieux des critiques appointés, se cache une vérité bien plus sombre : nous sommes entrés dans l’ère du néant créatif, où l’absence de sens est célébrée comme une forme de génie, où la vacuité est encensée comme une audace.
Les sept chutes de l’humanité : de l’idole à la peluche
Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut remonter aux origines de notre folie collective. L’histoire de l’art, cette longue descente aux enfers de l’esprit humain, peut se résumer en sept étapes cruciales, sept chutes successives qui nous ont menés de la transcendance à la peluche.
1. L’ère des dieux (30 000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.) :
Les premières œuvres d’art, ces peintures rupestres de Lascaux, ces Vénus paléolithiques aux formes généreuses, étaient des tentatives désespérées de donner un sens à un monde hostile. L’homme, ce roseau pensant, cherchait à dialoguer avec l’invisible, à apaiser les forces cosmiques qui le dépassaient. Comme le disait Mircea Eliade, « l’homme archaïque ne se sentait lui-même que dans la mesure où il cessait d’être un homme ». L’art était sacré, ou il n’était pas. Puis vinrent les Grecs, ces premiers rationalistes, qui remplacèrent les dieux capricieux par des idéaux esthétiques. Le Parthénon, ce chef-d’œuvre de proportions, était une tentative de domestiquer le divin, de le rendre humain, trop humain. Mais déjà, la décadence pointait son nez : les cariatides, ces colonnes en forme de femmes, annonçaient le triomphe de la forme sur le fond, du beau sur le vrai.
2. L’ère du Christ (500 – 1400) :
Le Moyen Âge, cette longue nuit de l’esprit, où l’art n’était plus qu’un outil au service de la propagande religieuse. Les cathédrales, ces livres de pierre, racontaient aux illettrés les souffrances du Christ, les tourments de l’enfer, les joies du paradis. L’art était didactique, moralisateur, terrifiant. Comme le disait Huizinga, « le Moyen Âge vivait dans un monde de symboles où tout était signe de quelque chose d’autre ». Mais déjà, dans l’ombre des cloîtres, certains artistes commençaient à s’intéresser au monde réel. Giotto, ce précurseur, osa peindre des visages qui exprimaient des émotions humaines. La Renaissance était en marche.
3. L’ère de l’homme (1400 – 1800) :
La Renaissance, ce moment de grâce où l’homme, enfin libéré du joug de la religion, osa se prendre pour le centre de l’univers. Léonard de Vinci, ce génie universel, disséquait des cadavres pour mieux comprendre le corps humain. Michel-Ange, ce titan, sculptait le David, ce symbole de la perfection masculine. L’art devenait une célébration de l’individu, de sa beauté, de sa puissance. Mais cette apothéose contenait en germe sa propre décadence. Comme le disait Burckhardt, « la Renaissance a découvert l’individu, mais elle a aussi inventé le narcissisme ». Les portraits des Médicis, ces banquiers florentins, étaient déjà des exercices de vanité, des publicités pour leur pouvoir. Et puis vint le baroque, ce style exubérant, théâtral, qui annonçait le triomphe du spectacle sur la substance.
4. L’ère de la raison (1800 – 1900) :
Le XIXe siècle, ce siècle des révolutions, où l’art devint le miroir des bouleversements sociaux. Delacroix peignait la liberté guidant le peuple, Courbet célébrait les paysans, Manet choquait la bourgeoisie avec son Olympia. L’art était engagé, provocateur, subversif. Mais déjà, certains artistes sentaient que quelque chose clochait. Comme le disait Baudelaire, « le monde va finir. La seule raison pour laquelle il pourrait durer, c’est qu’il existe. Quelle faiblesse ! Quelle lâcheté ! ». Les impressionnistes, ces révolutionnaires en apparence, n’étaient en réalité que des décorateurs de la modernité, des peintres de la lumière qui oubliaient l’ombre, ces zones d’ombre où se cache la vérité. Et puis vint l’art pour l’art, ce mouvement qui prétendait libérer l’art de toute contrainte sociale, mais qui en réalité le condamnait à l’irrélevance.
5. L’ère du néant (1900 – 1960) :
Le XXe siècle, ce siècle de folie, où l’art devint le reflet de la décomposition de l’Occident. Duchamp exposa un urinoir et le baptisa Fontaine. Les surréalistes jouaient avec l’inconscient comme des enfants avec des allumettes. Pollock peignait en dansant sur ses toiles, comme un chaman sous acide. L’art n’était plus qu’un jeu, un canular, une provocation. Comme le disait Adorno, « écrire un poème après Auschwitz est barbare ». Mais les artistes continuèrent, comme si de rien n’était. Ils avaient perdu le sens du sacré, le sens du beau, le sens tout court. Ils ne croyaient plus en rien, alors ils jouaient avec tout. Et puis vint l’art conceptuel, ce mouvement qui prétendait que l’idée était plus importante que l’œuvre. Une boîte de conserve signée Warhol valait désormais des millions. Le marché de l’art était né.
6. L’ère du marché (1960 – 2000) :
Les années 1960-2000, ces décennies de cynisme, où l’art devint un produit comme un autre. Les galeristes devinrent des hommes d’affaires, les collectionneurs des spéculateurs, les artistes des marques. Comme le disait Andy Warhol, « faire de l’argent est un art, travailler est un art, et faire de bonnes affaires est le meilleur des arts ». L’art n’était plus qu’une question d’argent, de pouvoir, de réseau. Les installations monumentales, les performances absurdes, les ready-mades réchauffés : tout était bon pour faire parler de soi, pour vendre, pour exister dans un monde où l’attention était devenue la seule monnaie d’échange. Et puis vint l’art contemporain, ce fourre-tout où tout était permis, où rien n’avait de sens, où le vide était célébré comme une forme de génie.
7. L’ère du néant créatif (2000 – aujourd’hui) :
Nous y voilà. L’ère du néant créatif, où l’art n’est plus qu’un miroir tendu à une société en décomposition. Kermit sur la place Vendôme, c’est le symptôme le plus éclatant de cette décadence. Une grenouille en peluche, ce symbole de l’enfance, de l’innocence perdue, trône désormais là où les rois de France se faisaient couronner. Quelle chute ! Quelle farce ! Mais derrière le rire, il y a l’angoisse. L’angoisse de ne plus croire en rien, de ne plus rien attendre de l’art, de la culture, de la vie. Comme le disait Cioran, « on n’habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c’est cela et rien d’autre ». Mais quelle langue parlons-nous aujourd’hui ? Une langue appauvrie, vidée de son sens, réduite à des slogans, des hashtags, des légendes de photos Instagram. Une langue qui ne dit plus rien, qui ne signifie plus rien.
Kermit, ce faux naïf, ce faux modeste, est le parfait symbole de notre époque. Il chante « It’s not easy being green » tandis que les glaciers fondent, que les guerres ravagent la planète, que les inégalités explosent. Il est vert, comme l’argent, comme l’écologie de façade, comme l’espoir trahi. Il est une marionnette, comme nous tous, manipulés par les algorithmes, les médias, les puissants. Il est une blague, comme notre civilisation, ce grand cirque qui s’effondre dans l’indifférence générale.
Analyse sémantique : le langage de la décadence
Le titre de l’article est révélateur : « Art Basel Paris 2025 : Kermit la Grenouille s’installe sur la place Vendôme, nos photos – Sortir à Paris ». Décomposons cette phrase, comme on dissèque un cadavre pour en comprendre les causes de la mort.
« Art Basel Paris 2025 » :
Art Basel, cette foire internationale où les milliardaires viennent acheter des œuvres d’art comme ils achètent des yachts ou des îles privées. Le nom même de la foire est un oxymore : l’art, ce domaine supposé de la création, de l’émotion, de la transcendance, est réduit à une marque, un label, un produit de luxe. Paris, cette ville lumière, cette capitale de la culture, n’est plus qu’un décor, un fond de carte postale pour une opération marketing. 2025, cette date future, ce futur déjà écrit, déjà vendu, déjà consommé. L’art n’est plus qu’un produit, une marchandise, un placement financier.
« Kermit la Grenouille s’installe sur la place Vendôme » :
Kermit, ce personnage de fiction, ce muppet, ce faux naïf, s’installe en majesté sur la place Vendôme, ce temple du luxe, ce symbole du pouvoir. Le verbe « s’installe » est révélateur : il ne s’agit pas d’une apparition éphémère, d’une performance fugace, mais d’une occupation, d’une colonisation. Kermit prend possession des lieux, comme les marchands ont pris possession de l’art. La grenouille, ce symbole de métamorphose, de renaissance, est ici réduite à une peluche, à un objet de consommation. Elle n’est plus qu’un produit dérivé, une marque déposée, un logo.
« nos photos » :
L’article ne parle pas de l’œuvre, de sa signification, de son impact. Il parle de photos. Des photos à prendre, à partager, à liker. L’art n’est plus qu’un prétexte à la production de contenu, à la consommation d’images. Comme le disait Guy Debord, « le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image ». Nous ne vivons plus dans une société, mais dans une immense accumulation d’images, de signes, de symboles vides de sens.
« Sortir à Paris » :
Sortir. Comme on sort les poubelles. Comme on sort un chien. L’art n’est plus qu’une activité de loisir, un divertissement, une façon de tuer le temps. Paris n’est plus qu’un parc d’attractions, un Disneyland pour adultes en mal de sensations fortes. « Sortir à Paris », c’est la promesse d’une expérience, d’un selfie, d’un souvenir à partager sur les réseaux sociaux. L’art n’est plus qu’un produit de consommation, une distraction, un opium pour les masses.
Le langage utilisé est celui de la décadence. Un langage appauvri, réduit à des slogans, des formules toutes faites, des clichés. Un langage qui ne dit plus rien, qui ne signifie plus rien. Comme le disait George Steiner, « quand les mots perdent leur sens, les hommes perdent leur liberté ». Nous sommes prisonniers de ce langage, de cette novlangue qui ne sert qu’à masquer la réalité, à anesthésier les esprits, à maintenir l’ordre établi.
Comportementalisme radical et résistance humaniste
Face à cette décadence, face à ce triomphe du néant, que faire ? Faut-il se résigner, accepter cette lente agonie de l’esprit ? Faut-il se soumettre à la logique du marché, à la dictature du spectacle, à la tyrannie de l’insignifiance ? Non. La résistance est possible. Elle passe par un retour à l’essentiel, par une réappropriation de notre humanité.
1. Refuser le spectacle :
Comme le disait Debord, « le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images ». Refuser le spectacle, c’est refuser de se laisser manipuler par les images, par les médias, par les algorithmes. C’est refuser de consommer de l’art comme on consomme un produit. C’est refuser de participer à cette grande mascarade où tout est faux, où tout est calculé, où tout est marchandise.
2. Retrouver le sens du sacré :
L’art, à l’origine, était sacré. Il était une tentative de dialoguer avec l’invisible, de donner un sens au monde. Retrouver le sens du sacré, ce n’est pas nécessairement revenir à la religion. C’est retrouver cette dimension spirituelle de l’art, cette capacité à nous élever au-dessus du quotidien, à nous connecter à quelque chose de plus grand que nous. Comme le disait Kandinsky, « l’art est une nécessité spirituelle ». Retrouver cette nécessité, c’est retrouver notre humanité.
3. Pratiquer la résistance par l’art :
L’art peut être une arme. Une arme contre l’oppression, contre l’aliénation, contre la bêtise. Comme le disait Brecht, « l’art n’est pas un miroir pour refléter la réalité, mais un marteau pour la façonner ». Pratiquer la résistance par l’art, c’est refuser de se soumettre aux diktats du marché, aux modes éphémères, aux tendances calculées. C’est créer des œuvres qui dérangent, qui provoquent, qui questionnent. C’est refuser de se laisser enfermer dans les catégories, les étiquettes, les cases.
4. Réapprendre à penser :
Nous vivons dans une époque où la pensée est devenue un luxe. Un luxe que peu de gens peuvent se permettre. Réapprendre à penser, c’est refuser les réponses toutes faites, les slogans, les formules toutes prêtes. C’est accepter de se confronter à la complex