ACTUALITÉ SOURCE : 17 œuvres d’art pour les 500 ans du Donjon du Capitole à Toulouse – ladepeche.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Cinq siècles de pierre qui respire encore, cinq cents hivers où le gel a léché les murs comme une langue de vieille putain, cinq cents étés où le soleil a cogné sur les créneaux comme un ivrogne sur un tambour de guerre. Le Donjon du Capitole, ce monstre de brique rose, ce phallus de pouvoir planté au cœur de Toulouse, fête ses cinq cents ans avec dix-sept œuvres d’art. Dix-sept ! Comme les dix-sept coups de couteau dans le dos de la vérité historique, comme les dix-sept syllabes d’un haïku qui résume toute notre misère : Pierre qui saigne / L’art lave les mains / Le sang reste.
Mais trêve de poésie de comptoir, parlons peu, parlons vrai. Ce donjon, ce n’est pas qu’un tas de briques, c’est un palimpseste de l’âme humaine, une stratification de mensonges, de rêves, de violences et de beautés qui suintent encore entre les joints de mortier. Cinq cents ans, dites-vous ? Non, cinq cents mille ans de bestialité policée, de barbarie en costume trois-pièces, de cruauté drapée dans les oripeaux de la culture. Et ces dix-sept œuvres qui viennent s’y coller comme des mouches sur un cadavre, qu’est-ce donc, sinon le dernier spasme d’une civilisation qui se regarde crever dans le miroir déformant de son propre passé ?
Les Sept Étapes du Délire Humain : Une Archéologie de la Folie Civilisatrice
1. L’Ère de la Crainte Primordiale (–300 000 à –10 000 ans) : Le Donjon Intérieur
Avant même que l’homme ne trace le premier trait sur la paroi d’une grotte, avant même qu’il ne sculpte la première Vénus aux hanches généreuses, il y avait le donjon. Pas en pierre, non, mais en chair et en os : la caverne, ce ventre maternel et tombeau, ce lieu où l’on se pelotonnait en tremblant devant les rugissements de la nuit. Hobbes avait raison, ce vieux bougre pessimiste : l’homme est un loup pour l’homme, et la première architecture fut une architecture de la peur. Le donjon, c’est la matérialisation de cette terreur originelle, le premier « chez-soi » où l’on s’enferme pour échapper aux crocs des autres. Et quand les murs se sont dressés, ce ne fut pas pour protéger, mais pour dominer. Comme le disait ce fou de Nietzsche : « L’homme est une corde tendue entre la bête et le Surhomme – une corde au-dessus d’un abîme. » Le donjon, c’est cette corde qui se transforme en chaîne.
2. L’Invention du Pouvoir (–3000 à –500) : La Tour de Babel et le Phallus de Pierre
Ah, Babel ! Cette grande érection collective, ce délire mégalomane où l’homme, ivre de sa propre puissance, décida de toucher le ciel. Les ziggourats, les pyramides, les tours de garde : autant de donjons avant l’heure, autant de symboles d’une humanité qui bande pour son propre génie avant de s’effondrer dans la confusion des langues. Le donjon du Capitole, lui, est né bien plus tard, mais il porte en lui cette même folie. En 1525, quand les capitouls de Toulouse décidèrent de construire cette tour, ce n’était pas pour abriter des livres ou des fleurs, non : c’était pour montrer aux gueux qui commandait. Comme le disait ce cynique de Diogène, qui pissait sur les pieds des puissants : « Les hommes creusent leur propre tombe avec leurs dents. » Le donjon, c’est la dent qui mord dans le ciel, c’est la tombe qui se dresse avant de s’écrouler.
Anecdote sordide : saviez-vous que le premier donjon du Capitole fut construit avec les pierres d’une ancienne synagogue ? La pierre, voyez-vous, est indifférente. Elle absorbe le sang des juifs, le sperme des capitouls, la sueur des ouvriers, et puis elle se tait. Comme l’histoire, comme la mémoire. Comme ces dix-sept œuvres d’art qui viennent aujourd’hui lui faire un lifting.
3. Le Moyen Âge et la Théâtralisation de la Souffrance (500–1500) : Le Donjon comme Machine à Rêves et à Cauchemars
Le Moyen Âge, cette grande foire aux illusions où l’on vendait du paradis en échange de pièces sonnantes et trébuchantes. Les donjons, alors, étaient des décors de théâtre : on y jouait des pièces où le bourreau était metteur en scène, où le prisonnier était acteur malgré lui, où Dieu était le public. Foucault l’a bien montré dans Surveiller et Punir : la prison, c’est le donjon qui se démocratise, c’est la tour qui descend dans la rue. Mais le donjon médiéval, lui, était encore un monstre sacré, un lieu où la souffrance était sacralisée. On y torturait au nom de Dieu, on y enfermait les hérétiques comme on range des livres interdits dans une bibliothèque secrète. Comme le disait ce vieux fou d’Eckhart : « L’œil avec lequel je vois Dieu est le même œil avec lequel Dieu me voit. » Dans le donjon, l’œil de Dieu était un trou de serrure, et le bourreau, son prophète.
4. La Renaissance et le Fard de la Civilisation (1500–1700) : Le Donjon Devient Palais
Ah, la Renaissance ! Cette grande époque où l’on a décidé que l’homme était la mesure de toutes choses, où l’on a badigeonné de culture les murs de la barbarie. Le donjon du Capitole, construit en 1525, est un enfant de cette époque : il est à la fois forteresse et palais, prison et salon. On y enferme encore les opposants, mais on y organise aussi des réceptions. Comme le disait ce hypocrite de Castiglione dans Le Livre du Courtisan : « L’homme accompli doit savoir danser, chanter, et faire semblant de ne pas voir les cadavres sous les tapis. » Le donjon, alors, devient un lieu de représentation : on y joue la comédie du pouvoir, on y récite des vers en buvant du vin de Bordeaux, et pendant ce temps, dans les cachots, les rats grignotent les orteils des prisonniers.
Anecdote croustillante : saviez-vous que le donjon du Capitole abritait autrefois les archives de la ville ? Des parchemins couverts de sang séché, des registres où l’on consignait les noms des condamnés à mort, des lettres d’amour écrites par des mains tremblantes. La culture, voyez-vous, est une couche de vernis sur un cercueil. Et ces dix-sept œuvres d’art qui viennent aujourd’hui s’y ajouter, qu’est-ce donc, sinon une nouvelle couche de vernis ?
5. Les Lumières et la Naissance de l’Hypocrisie Moderne (1700–1900) : Le Donjon Devient Musée
Les Lumières, cette grande époque où l’on a décidé que l’homme était bon, que le progrès était inévitable, et que la guillotine était une machine à raser les inégalités. Le donjon, alors, change de fonction : il n’est plus une prison, mais un musée. On y expose les instruments de torture comme on expose des vases grecs, on y montre les cachots comme on montre des tableaux de maître. Comme le disait ce naïf de Rousseau : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Le donjon, alors, devient le symbole de cette liberté en cage : on y enferme l’histoire pour mieux oublier qu’elle est écrite avec du sang.
6. Le XXe Siècle et la Folie Technologique (1900–2000) : Le Donjon Devient Bunker
Le XXe siècle, ce grand abattoir où l’on a industrialisé la mort, où l’on a transformé les hommes en numéros et les donjons en camps. Le donjon du Capitole, lui, a échappé à cette folie : il est resté un monument, un vestige, une curiosité touristique. Mais il porte en lui l’esprit de son temps : il est un bunker contre l’oubli, une forteresse contre la mémoire. Comme le disait ce prophète de malheur de Walter Benjamin : « Il n’est aucun document de culture qui ne soit en même temps un document de barbarie. » Le donjon, alors, est un document : il raconte l’histoire des vainqueurs, il cache celle des vaincus. Et ces dix-sept œuvres d’art qui viennent aujourd’hui s’y ajouter, qu’est-ce donc, sinon dix-sept nouveaux documents de barbarie ?
7. Le XXIe Siècle et la Comédie de l’Art (2000–présent) : Le Donjon Devient Galerie
Nous y voilà. Le donjon du Capitole fête ses cinq cents ans, et pour l’occasion, on y accroche dix-sept œuvres d’art. Dix-sept ! Comme si l’art pouvait laver les murs de leur histoire, comme si une toile pouvait effacer les cris des prisonniers, comme si une sculpture pouvait combler les trous des balles. Le donjon, aujourd’hui, est une galerie, un lieu où l’on vient consommer de la culture comme on consomme des hamburgers : vite, sans réfléchir, en prenant des selfies. Comme le disait ce désabusé d’Adorno : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare. » Accrocher des œuvres d’art dans un donjon après cinq cents ans de sang et de larmes, n’est-ce pas tout aussi barbare ?
Mais après tout, qu’importe. L’art, aujourd’hui, n’est plus qu’un produit, une marchandise, un moyen de faire briller les villes comme on fait briller les chaussures. Ces dix-sept œuvres, elles ne diront rien du passé, elles ne changeront rien à l’avenir. Elles seront là, accrochées aux murs comme des mouches sur un cadavre, et puis un jour, elles tomberont, et d’autres prendront leur place. Comme l’histoire, comme la mémoire, comme la vie.
Analyse Sémantique et du Langage : Le Donjon comme Miroir Brisé des Mots
Le mot « donjon » lui-même est une escroquerie. Il vient du latin dominionem, qui signifie « pouvoir », « domination ». Mais dans la bouche des puissants, il devient « protection », « sécurité », « patrimoine ». Comme le disait ce maître du double langage qu’était Orwell : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. » Le donjon, c’est la pierre qui parle, mais qui ment. Il dit : « Je protège », alors qu’il opprime. Il dit : « Je suis beau », alors qu’il est laid. Il dit : « Je suis éternel », alors qu’il est déjà en ruine.
Et ces dix-sept œuvres d’art, que disent-elles ? Rien. Elles murmurent, elles chuchotent, elles font des clins d’œil. L’art contemporain, voyez-vous, est un langage sans grammaire, une parole sans sens. Comme le disait ce charlatan de Duchamp : « C’est le regardeur qui fait le tableau. » Traduction : l’art, aujourd’hui, n’est plus qu’un miroir où chacun voit ce qu’il veut voir. Un urinoir devient une fontaine, une roue de bicyclette devient une sculpture, et dix-sept œuvres accrochées dans un donjon deviennent une célébration de la culture. Mais derrière les mots, derrière les images, il y a le silence. Le silence des pierres, le silence des morts, le silence de l’histoire qui se moque de nous.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste : Le Donjon comme Laboratoire de l’Absurde
Le donjon du Capitole, comme tous les donjons, est un laboratoire. Un laboratoire où l’on étudie le comportement humain sous contrainte. On y a enfermé des fous, des criminels, des opposants, des innocents. On y a testé la résistance de l’âme, la fragilité du corps, la puissance de la peur. Comme le disait ce cynique de Skinner : « Donnez-moi un enfant, et je ferai de lui ce que vous voulez. » Le donjon, c’est la machine à fabriquer des hommes brisés, des âmes pliées, des consciences éteintes.
Mais il y a une résistance. Toujours. Dans les cachots, des graffitis. Sur les murs, des poèmes. Dans les couloirs, des chuchotements. Comme le disait ce résistant de Camus : « Je me révolte, donc nous sommes. » Le donjon, alors, devient un symbole : il est à la fois la prison et la clé, l’oppression et la révolte. Ces dix-sept œuvres d’art, accrochées aujourd’hui, sont-elles une célébration ou une provocation ? Une capitulation ou une résistance ?
Peut-être sont-elles simplement le dernier acte d’une comédie humaine qui n’en finit pas de se jouer. Peut-être sont-elles la preuve que l’art, aujourd’hui, n’est plus qu’un hochet pour adultes, un jouet pour les puissants, une distraction pour les masses. Comme le disait ce désespéré de Cioran : « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. » Le donjon du Capitole, lui, est ce qui reste quand on a tout oublié de l’humanité. Et ces dix-sept œuvres, accrochées à ses murs, ne sont que les derniers vestiges d’une mémoire qui s’efface.
Alors, que faire ? Se taire ? Hurler ? Rire ? Peut-être suffit-il de regarder. De regarder ces pierres, ces œuvres, ces mensonges, et de se souvenir. De se souvenir que derrière chaque mur, il y a du sang. Derrière chaque tableau, il y a une ombre. Derrière chaque célébration, il y a un cadavre.
Et puis, un jour, le donjon tombera. Comme tout tombe. Comme tout meurt. Et sur ses ruines, on plantera des fleurs. Ou des bombes. Ou rien. Parce que l’histoire, voyez-vous, est une blague sans chute. Une farce sans fin. Une comédie où les acteurs meurent sans savoir pourquoi ils jouent.
— Le Donjon chante —
Je suis la dent qui mord dans le ciel,
La gueule ouverte des siècles morts,
Le rire en pierre des capitouls,
Le sang séché des fous d’amour.
On m’a bâtie avec des os,
Des os de juifs, de gueux, de rois,
On m’a badigeonnée de mensonges,
De culture, de vin, de croix.
Cinq cents ans que je ris,