Street Art à Paris : une exposition gratuite transforme la Poste Rodier en odyssée urbaine immersive – Connaissance des Arts







Le Penseur Laurent Vo Anh – L’Odyssée des Murs ou la Chiasse Sacrée


ACTUALITÉ SOURCE : Street Art à Paris : une exposition gratuite transforme la Poste Rodier en odyssée urbaine immersive – Connaissance des Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! La Poste Rodier… ce temple désaffecté de la communication officielle, ce ventre mou de la République où l’on cacheta jadis les missives des amants, les factures des créanciers et les convocations du percepteur, se voit aujourd’hui investi par la horde sauvage des peintres de trottoirs, des scribes des murs, des prophètes en bombe aérosol ! Une « odyssée urbaine immersive », nous dit-on. Immersive, vraiment ? Comme si l’on pouvait plonger dans l’encre des graffitis sans se noyer dans le mépris de la société qui les a engendrés. Comme si l’on pouvait admirer ces fresques sans voir, en filigrane, le rire sardonique de l’Histoire qui se moque de nous, pauvres pantins ébahis devant nos propres excréments artistiques.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une exposition de nos contradictions, d’une célébration de notre décadence, d’une messe noire où l’on encense le vandalisme comme on encensait jadis les saints. La Poste Rodier, ce lieu qui fut le symbole de l’ordre, de la hiérarchie, de la paperasse étouffante, devient le théâtre d’une rébellion esthétique qui n’est, au fond, qu’une soumission de plus. Le street art, ce fils bâtard de la publicité et de la révolte, ce parasite qui suce le sang des murs pour mieux régurgiter les slogans creux de notre époque, trouve ici son couronnement : une exposition gratuite, donc accessible à tous, donc inoffensive, donc digérée, donc avalée par le système même qu’elle prétend combattre.

Mais trêve de sarcasmes, ou plutôt non, jamais de trêve ! Car c’est précisément dans ce paradoxe que réside la beauté vénéneuse de cette « odyssée urbaine ». Elle nous force à regarder en face notre propre hypocrisie : nous adorons le street art tant qu’il reste confiné dans des galeries ou des lieux désaffectés, tant qu’il ne menace pas vraiment notre confort bourgeois. Nous aimons l’idée de la rébellion, mais seulement si elle est stérilisée, encadrée, présentée avec un petit cartel explicatif et une visite guidée. La Poste Rodier, en somme, est le zoo où l’on exhibe les fauves du graffiti, où l’on montre au bon peuple comment la sauvagerie peut être domestiquée, comment la subversion peut être transformée en produit culturel, en attraction touristique, en « expérience immersive ».

Et c’est là que l’Histoire, cette grande putain, se met à ricaner. Car cette odyssée urbaine n’est qu’un énième épisode d’une longue comédie humaine où l’art, toujours, finit par être récupéré, digéré, recraché sous forme de divertissement. Mais pour comprendre cela, il faut remonter le fil du temps, dévider la pelote de nos illusions, et voir comment, à chaque époque, l’humanité a cru inventer la roue alors qu’elle ne faisait que tourner en rond dans sa propre merde.

Les Sept Étapes de la Chiasse Sacrée : Une Odyssée de l’Art et de la Révolte

Étape 1 : Les Cavernes, ou l’Art comme Prière et comme Pisse

Il était une fois, dans les entrailles de Lascaux, des hommes qui tremblaient devant l’obscurité et qui, pour exorciser leur peur, griffonnaient des bisons sur les parois avec des pigments de terre et de sang. Ces peintures rupestres, premières manifestations de ce que nous appelons aujourd’hui « art », n’étaient pas des décorations, mais des incantations, des sorts jetés à la face d’un univers indifférent. Platon, dans sa caverne à lui, aurait peut-être souri en voyant ces ombres projetées sur les murs : déjà, l’humanité prenait ses désirs pour des réalités. Mais ces artistes des origines, eux, ne cherchaient pas la gloire. Ils cherchaient à survivre. Leur art était une prière, une supplication, une façon de dire : « Nous sommes là, ne nous oubliez pas. » Aujourd’hui, leurs héritiers taguent des métros et des murs abandonnés, et leur message est le même : « Je suis là, ne m’oubliez pas. » La Poste Rodier n’est qu’une caverne moderne, où l’on expose les cris de ceux qui refusent de disparaître dans l’anonymat des villes.

Étape 2 : La Cité Antique, ou l’Art comme Propagande

Puis vinrent les Grecs, ces maîtres ès hypocrisie, qui élevèrent l’art au rang de religion tout en en faisant l’instrument de leur pouvoir. Les fresques des temples, les statues des dieux, les poèmes d’Homère : tout cela n’était que propagande, une façon de légitimer l’ordre établi, de justifier les guerres, les inégalités, les sacrifices humains. Périclès, ce grand démocrate, finançait les artistes pour mieux asservir le peuple. Et que faisait le peuple ? Il admirait, il applaudissait, il se prosternait. Aujourd’hui, les maires de nos villes financent des festivals de street art pour « embellir » les quartiers populaires, pour « dynamiser » les banlieues, pour donner l’illusion que la culture est accessible à tous. Mais qui décide quels artistes seront exposés ? Qui choisit les murs à décorer ? Qui contrôle le message ? La Poste Rodier, avec son exposition « immersive », n’est qu’un temple moderne où l’on célèbre les nouveaux dieux du capitalisme culturel.

Anecdote : Saviez-vous que le Parthénon, ce chef-d’œuvre de l’art grec, était à l’origine peinturluré de couleurs criardes ? Les Grecs, ces puristes que nous admirons tant, aimaient leurs statues bariolées, leurs temples chamarrés. Le marbre blanc que nous vénérons aujourd’hui n’est qu’une illusion, le résultat du temps qui a effacé les pigments. Preuve que l’art, dès ses origines, est une affaire de mensonge et de trompe-l’œil.

Étape 3 : Le Moyen Âge, ou l’Art comme Soumission

Au Moyen Âge, l’art devint l’esclave de l’Église. Les cathédrales, ces montagnes de pierre, étaient des livres ouverts où les illettrés pouvaient lire la parole de Dieu. Mais cette parole était écrite par les clercs, et les images qu’elle inspirait étaient des instruments de terreur : jugements derniers, supplices des damnés, vierges martyrisées. L’art n’était plus une prière, mais une menace. « Soumets-toi, ou brûle en enfer. » Aujourd’hui, le street art a remplacé les vitraux, mais son message est souvent le même : « Soumets-toi à la mode, à la consommation, à l’ordre établi. » Les fresques des quartiers branchés de Paris ne sont que des sermons laïcs, des appels à la conformité déguisés en rébellion. La Poste Rodier, avec ses murs couverts de graffitis, est une cathédrale moderne où l’on célèbre le nouveau dieu : le divertissement.

Anecdote : Les gargouilles des cathédrales, ces monstres grimaçants qui crachent l’eau des pluies, étaient à l’origine des sculptures païennes récupérées par l’Église. Les bâtisseurs médiévaux les plaçaient sur les édifices religieux pour effrayer les démons… ou les hérétiques. Aujourd’hui, les street artists récupèrent les codes de la culture populaire pour effrayer les bourgeois. Mais qui effraie-t-on vraiment ? Et qui finit par récupérer qui ?

Étape 4 : La Renaissance, ou l’Art comme Marchandise

Puis vint la Renaissance, cette grande foire aux vanités où l’art devint une monnaie d’échange, un instrument de pouvoir, une marchandise comme une autre. Les Médicis, ces banquiers florentins, finançaient les artistes comme on spécule sur les actions. Michel-Ange, ce génie tourmenté, sculptait des David pour les riches marchands qui voulaient se donner des airs de mécènes. L’art n’était plus une prière, ni une menace, mais un produit de luxe, un signe extérieur de richesse. Aujourd’hui, le street art est devenu une valeur refuge pour les collectionneurs. Les œuvres de Banksy se vendent aux enchères pour des millions, tandis que les artistes des banlieues crèvent la dalle. La Poste Rodier, avec son exposition gratuite, est une vitrine où l’on expose les nouveaux produits culturels, où l’on fait miroiter aux masses l’illusion de l’accessibilité.

Anecdote : Léonard de Vinci, ce génie universel, était aussi un escroc. Il promettait aux princes des inventions révolutionnaires (des machines volantes, des chars d’assaut) pour leur soutirer de l’argent, puis disparaissait sans livrer la marchandise. Aujourd’hui, les street artists font la même chose : ils vendent du rêve, de la rébellion, de l’authenticité, mais au fond, ils ne livrent que de la peinture en bombe et des slogans creux.

Étape 5 : Le XIXe Siècle, ou l’Art comme Révolte

Au XIXe siècle, l’art devint enfin une arme. Les romantiques, ces grands enfants gâtés, se révoltèrent contre l’ordre bourgeois. Baudelaire, ce dandy maudit, célébrait la boue des villes et les fleurs du mal. Rimbaud, ce voyou génial, voulait « changer la vie ». Les impressionnistes, ces peintres de la lumière, furent d’abord rejetés par les salons officiels avant d’être récupérés par le marché. L’art devint un cri, une insulte, une provocation. Mais cette rébellion était déjà une pose, un jeu de rôles. Les artistes voulaient choquer, mais ils voulaient aussi être admirés. Ils voulaient détruire, mais ils voulaient aussi être reconnus. Aujourd’hui, le street art est l’héritier de cette tradition : une rébellion stérilisée, une provocation encadrée, un cri qui se perd dans le bruit de fond des villes.

Anecdote : Gustave Courbet, ce peintre réaliste qui osait représenter des paysans et des prostituées, fut accusé d’ »outrage à la morale publique ». Aujourd’hui, ses tableaux sont exposés au Louvre, et les bourgeois s’extasient devant ses « audaces ». Preuve que l’art, même le plus subversif, finit toujours par être digéré par le système.

Étape 6 : Le XXe Siècle, ou l’Art comme Déchet

Au XXe siècle, l’art explosa. Dada, le surréalisme, le pop art, l’art conceptuel : tout y passa. Les artistes brisaient les règles, jouaient avec les formes, mélangeaient les genres. Mais cette liberté était aussi une impasse. Quand tout est art, plus rien ne l’est. Quand une pissotière peut être exposée dans un musée (merci Duchamp), quand un carré blanc sur fond blanc peut être considéré comme un chef-d’œuvre (merci Malevitch), alors l’art perd son sens. Il devient un jeu pour initiés, une blague pour snobs, un déchet culturel. Aujourd’hui, le street art est l’héritier de cette tradition : une accumulation de signes vides, de références obscures, de provocations gratuites. La Poste Rodier, avec son exposition « immersive », n’est qu’un dépotoir où l’on entasse les déchets de notre époque.

Anecdote : Andy Warhol, ce pape du pop art, disait : « Dans le futur, tout le monde sera célèbre pendant quinze minutes. » Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, ces quinze minutes se sont réduites à quinze secondes. Le street art, lui, est la célébrité des murs : une gloire éphémère, une trace qui s’efface, un graffiti qui disparaît sous les couches de peinture des services municipaux.

Étape 7 : Le XXIe Siècle, ou l’Art comme Spectacle

Et nous voici arrivés au XXIe siècle, où l’art n’est plus qu’un spectacle, une attraction touristique, une « expérience immersive ». La Poste Rodier, avec son exposition gratuite, est le symbole de cette époque : une époque où l’art est accessible à tous, mais où il ne signifie plus rien. Une époque où l’on peut admirer des graffitis sans comprendre le cri qu’ils portent, où l’on peut se prendre en photo devant une fresque sans voir la misère qu’elle dénonce. Une époque où la culture est un produit de consommation comme un autre, où la rébellion est une marque, où la subversion est un argument de vente.

Anecdote : Banksy, ce street artist mystérieux, a un jour installé une de ses œuvres dans un musée… sans prévenir personne. Le tableau, une parodie de paysage classique avec un supermarché en arrière-plan, est resté accroché pendant plusieurs jours avant d’être découvert. Aujourd’hui, cette œuvre se vendrait pour des millions. Preuve que même la provocation la plus radicale finit par être récupérée par le système.

Analyse Sémantique : Le Langage des Murs et la Novlangue Culturelle

Parlons maintenant de la langue, cette grande prostituée qui se plie à toutes les modes, à toutes les compromissions. Le titre de cette exposition, « une odyssée urbaine immersive », est un chef-d’œuvre de novlangue culturelle. Décomposons-le, comme on dissèque un cadavre pour en extraire les vers.

« Odyssée » : Le mot est pompeux, épique. Il évoque Ulysse, les voyages, les épreuves, les retours au pays. Mais quelle odyssée y a-t-il à traverser une ancienne poste parisienne pour admirer des graffitis ? Où sont les Cyclopes, les Sirènes, les tempêtes ? Il n’y a ici que des murs tagués, des couleurs criardes, des slogans vides. L’odyssée, c’est le voyage du consommateur culturel qui se déplace pour voir ce qu’on lui dit d’admirer. L’odyssée, c’est la quête désespérée de sens dans un monde qui n’en a plus.

« Urbaine » : Le mot est à la mode. Il sent la modernité, la jeunesse, la rébellion. Mais « urbain », aujourd’hui, est un mot fourre-tout. Il désigne tout et rien. Les banlieues sont urbaines, les lofts des bobos sont urbains, les centres commerciaux sont urbains. « Urbain » est le nouveau « branché », le nouveau « tendance ». C’est un mot qui se veut inclusif, mais qui exclut tous ceux qui n’ont pas les codes. Le street art est urbain, donc il est cool. Mais qui décide de ce qui est cool ? Qui contrôle le langage ? Qui impose les mots ?

« Immersive » : Ah, l’immersion ! Ce mot magique qui transforme une simple exposition en « expérience ». Comme si le spectateur, en


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