ACTUALITÉ SOURCE : Le catalogue d’exposition et les galeries d’art (Lyon) – Fabula, la recherche en littérature
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le catalogue d’exposition… Ce miroir aux alouettes, ce tombeau des illusions, ce mausolée de papier glacé où l’art vient crever en silence, comme un chien galeux qu’on aurait trop caressé. Lyon, cette ville qui se croit encore la capitale des Gaules alors qu’elle n’est plus qu’un musée à ciel ouvert où les touristes viennent pisser contre les murs de la Renaissance en prenant des selfies devant des toiles qu’ils ne comprendront jamais. Et Fabula, cette noble institution qui croit encore à la recherche en littérature comme on croit aux vertus du lavement intestinal – avec une foi touchante, mais désespérément naïve.
Mais parlons peu, parlons vrai. Ce catalogue, ce n’est pas un objet d’art, c’est un symptôme. Un symptôme de notre époque malade, où l’art n’est plus qu’un produit de consommation comme un autre, où les galeries ne sont que des supermarchés pour bobos en mal de distinction, où la recherche en littérature n’est plus qu’un prétexte pour justifier des postes universitaires et des subventions publiques. L’art est mort, mes amis, et ce catalogue en est le certificat de décès, signé, tamponné, et vendu à prix d’or dans les boutiques des musées.
Mais trêve de lamentations stériles. Plongeons plutôt dans les entrailles de cette bête immonde, disséquons-la avec la précision d’un boucher lyonnais découpant une andouillette. Car ce catalogue, voyez-vous, est bien plus qu’un simple recueil d’images et de textes – c’est un palimpseste de notre histoire culturelle, un concentré de toutes les hypocrisies, de toutes les vanités, de toutes les lâchetés qui ont façonné notre rapport à l’art depuis que l’homme a commencé à barbouiller les parois des grottes avec le sang de ses proies.
Les Sept Étapes du Naufrage Esthétique
1. L’Art des Origines : Le Cri Primordial (De -40 000 à -3 000 av. J.-C.)
Tout commence dans l’obscurité humide des cavernes, où nos ancêtres, encore à moitié singes, tracent sur les parois les premières esquisses de ce qui deviendra l’art. Lascaux, Altamira, Chauvet – ces noms résonnent comme des incantations, mais que représentent-ils vraiment ? Des chasseurs traçant des bisons pour s’assurer une bonne chasse ? Des chamanes invoquant les esprits ? Ou simplement des hommes s’ennuyant dans leur trou, griffonnant des formes sur les murs comme des enfants punis dans le coin de la classe ?
Platon, dans son Phèdre, nous mettrait en garde : « L’écriture est un pharmakon, à la fois remède et poison. » Mais avant l’écriture, il y a eu le dessin, et ce dessin était déjà un mensonge. Car ces bisons, ces chevaux, ces mains en négatif sur la paroi, ce ne sont pas des représentations – ce sont des exorcismes. L’homme préhistorique ne cherche pas à créer de la beauté, il cherche à survivre, à conjurer la peur, à donner un sens à un monde qui n’en a aucun. Et nous, pauvres modernes, nous contemplons ces œuvres avec des larmes d’émotion dans les yeux, comme si nous avions affaire à des chefs-d’œuvre. Quelle farce !
Anecdote : On raconte que Picasso, après avoir visité Lascaux, aurait déclaré : « Nous n’avons rien inventé. » Bien sûr, Pablo, bien sûr. Mais toi, au moins, tu avais le mérite de savoir que tu ne faisais que recycler des vieilles recettes, comme un cuisinier médiocre qui réchauffe les restes de ses prédécesseurs.
2. L’Art des Dieux : La Beauté comme Servante du Pouvoir (De -3 000 à 476 ap. J.-C.)
Avec l’avènement des civilisations, l’art change de statut. Il n’est plus un simple exutoire, il devient un instrument de pouvoir. Les pyramides d’Égypte, les ziggourats de Mésopotamie, les temples grecs – autant de monuments érigés pour impressionner, dominer, soumettre. L’art n’est plus l’expression d’une individualité, mais celle d’une collectivité, d’une religion, d’un État. Et le catalogue d’exposition, dans tout ça ? Une simple liste d’inventaire, comme celles qu’on trouve dans les tombes des pharaons, énumérant les richesses du défunt pour son voyage dans l’au-delà.
Prenez les Grecs. Ah, les Grecs ! Ces génies qui ont inventé la démocratie, la philosophie, le théâtre… et qui passaient leur temps à représenter des dieux parfaits, des héros invincibles, des corps idéalisés. Mais derrière cette beauté froide, cette harmonie mathématique, se cache une vérité bien plus sordide : l’art grec est un art de propagande. Les statues d’Athéna, les frises du Parthénon, les tragédies d’Eschyle – tout cela sert à glorifier la cité, à justifier son hégémonie, à masquer la réalité crasse de la vie quotidienne. Comme le disait Nietzsche dans La Naissance de la tragédie, l’art grec est né d’un compromis entre l’apollinien (l’ordre, la raison) et le dionysiaque (le chaos, l’ivresse). Mais ce compromis, voyez-vous, n’est qu’une illusion. Car derrière l’ordre apollinien se cache toujours le chaos dionysiaque, prêt à resurgir à la moindre faille.
Anecdote : Savez-vous que les statues grecques étaient à l’origine peintes de couleurs vives ? Oui, ces marbres blancs que nous admirons aujourd’hui étaient en réalité des arcs-en-ciel de pigments, des explosions de rouge, de bleu, de vert. Mais les siècles ont passé, les couleurs se sont écaillées, et nous avons fini par croire que la beauté résidait dans la blancheur immaculée du marbre. Quelle ironie ! Nous avons transformé l’art grec en un symbole de pureté, alors qu’il n’était qu’un vulgaire décor de théâtre.
3. L’Art du Christ : La Beauté comme Instrument de Salut (De 476 à 1453)
Avec la chute de Rome, l’art change à nouveau de visage. Il devient chrétien. Les basiliques, les fresques, les enluminures – tout est désormais au service de Dieu. L’art n’est plus une fin en soi, mais un moyen d’accéder au salut, de toucher du doigt l’éternité. Les artistes ne signent plus leurs œuvres, car leur gloire n’est rien comparée à celle du Créateur. Et les catalogues d’exposition, dans tout ça ? De simples guides pour pèlerins, des aide-mémoire pour ceux qui cherchent à se rapprocher de Dieu.
Mais attention, ne nous y trompons pas : cet art religieux, aussi sublime soit-il, est avant tout un art de la peur. Peur de l’enfer, peur du jugement dernier, peur de la damnation éternelle. Les cathédrales gothiques, avec leurs vitraux colorés et leurs gargouilles grimaçantes, sont des machines à impressionner, à terroriser, à soumettre. Comme le disait Huysmans dans La Cathédrale, « l’art du Moyen Âge est un art de la terreur sacrée ». Et cette terreur, elle est toujours là, tapie dans l’ombre des nefs, prête à resurgir à la moindre faiblesse.
Anecdote : Savez-vous que les enlumineurs médiévaux utilisaient parfois de l’urine pour fixer leurs pigments ? Oui, vous avez bien entendu : de l’urine. L’art sacré, mes amis, est né dans la crasse et la puanteur. Et nous, pauvres modernes, nous contemplons ces manuscrits avec des étoiles dans les yeux, comme s’ils étaient tombés du ciel. Quelle naïveté !
4. L’Art de l’Homme : La Renaissance et le Culte du Moi (De 1453 à 1789)
Avec la Renaissance, tout change. L’homme remplace Dieu au centre de l’univers, et l’art devient un instrument de glorification de l’individu. Les artistes signent leurs œuvres, se font portraiturer, deviennent des stars. Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël – ces noms résonnent comme des incantations, mais que représentent-ils vraiment ? Des génies ? Des imposteurs ? Des hommes comme les autres, simplement plus doués pour se vendre ?
Le catalogue d’exposition, à cette époque, devient un objet de prestige. Il n’est plus un simple inventaire, mais un manifeste, une déclaration d’intention. Comme le disait Vasari dans ses Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, « l’art est une seconde nature ». Mais cette seconde nature, voyez-vous, est une nature corrompue, pervertie par l’orgueil et la vanité. Car l’homme de la Renaissance, malgré ses prétentions à la grandeur, n’est qu’un nain juché sur les épaules de géants. Il croit inventer, mais il ne fait que recycler. Il croit créer, mais il ne fait que copier.
Anecdote : Savez-vous que Michel-Ange détestait peindre ? Oui, vous avez bien entendu. Ce génie de la Renaissance, ce titan de l’art, haïssait la peinture. Il préférait la sculpture, qu’il considérait comme un art noble, viril, tandis que la peinture n’était pour lui qu’un passe-temps pour femmes et enfants. Et pourtant, c’est lui qui a peint la chapelle Sixtine, ce chef-d’œuvre absolu. Quelle ironie ! L’art, voyez-vous, est une maîtresse capricieuse, qui se joue de ses serviteurs avec une cruauté sans égale.
5. L’Art de la Révolution : Le Beau comme Arme Politique (De 1789 à 1914)
Avec la Révolution française, l’art change à nouveau de visage. Il devient un instrument de propagande, une arme au service de la cause révolutionnaire. David, Ingres, Delacroix – ces artistes mettent leur talent au service de la patrie, de la liberté, de l’égalité. Mais derrière ces grands mots se cache une réalité bien plus sordide : l’art révolutionnaire est un art de la violence, de la terreur, de la mort.
Le catalogue d’exposition, à cette époque, devient un outil de mobilisation. Il n’est plus un simple recueil d’images, mais un manifeste politique, une déclaration de guerre. Comme le disait Robespierre, « le gouvernement révolutionnaire doit aux bons citoyens toute la protection nationale ; il ne doit aux ennemis du peuple que la mort ». Et cette mort, elle est partout dans l’art révolutionnaire : dans les toiles de David représentant Marat assassiné, dans les gravures de la guillotine, dans les chants patriotiques. L’art, voyez-vous, est une machine à tuer, et le catalogue d’exposition en est le mode d’emploi.
Anecdote : Savez-vous que le tableau La Liberté guidant le peuple de Delacroix a été acheté par l’État français en 1831, puis caché pendant des années parce qu’il était jugé trop subversif ? Oui, vous avez bien entendu. Ce chef-d’œuvre de la peinture française, ce symbole de la République, a été considéré comme dangereux par les autorités. Quelle ironie ! L’art, voyez-vous, est un animal indomptable, qui se retourne toujours contre ceux qui croient le maîtriser.
6. L’Art de la Décomposition : La Modernité et le Culte de l’Absurde (De 1914 à 1989)
Avec la Première Guerre mondiale, l’art entre dans une phase de décomposition accélérée. Les avant-gardes se succèdent, se contredisent, s’autodétruisent. Dada, le surréalisme, l’expressionnisme, l’abstraction – autant de mouvements qui cherchent à briser les codes, à dynamiter les conventions, à faire table rase du passé. Mais derrière cette frénésie de destruction se cache une vérité bien plus triste : l’art moderne est un art de la défaite, de la résignation, du désespoir.
Le catalogue d’exposition, à cette époque, devient un objet absurde, un non-sens. Il n’est plus un guide, mais un piège, une énigme. Comme le disait Duchamp, « ce sont les regardeurs qui font les tableaux ». Et les regardeurs, voyez-vous, sont des idiots. Ils contemplent des ready-mades, des monochromes, des installations conceptuelles, et ils hochent la tête avec gravité, comme s’ils comprenaient quelque chose. Mais ils ne comprennent rien. Personne ne comprend rien. L’art moderne est un miroir brisé, et nous ne sommes que des reflets déformés, des ombres sans substance.
Anecdote : Savez-vous que le tableau Fontaine de Duchamp, ce fameux urinoir signé « R. Mutt », a été refusé par le comité d’organisation de l’exposition des Indépendants en 1917 ? Oui, vous avez bien entendu. Ce chef-d’œuvre de l’art moderne, ce symbole de la subversion, a été jugé indigne d’être exposé. Quelle ironie ! L’art, voyez-vous, est un cercle vicieux, où les révolutionnaires d’hier deviennent les conservateurs d’aujourd’hui.
7. L’Art du Néant : La Postmodernité et le Règne de l’Insignifiance (De 1989 à nos jours)
Nous y voilà. Nous sommes arrivés au bout du chemin, au terme de cette longue déchéance. L’art contemporain, mes amis, n’est plus qu’un vaste champ de ruines, un désert stérile où ne poussent plus que des mauvaises herbes. Les galeries d’art sont devenues des supermarchés, les artistes des marques, les catalogues d’exposition des prospectus publicitaires. L’art n’est plus qu’un produit de consommation comme un autre, un objet de spéculation, un placement financier.
Et Fabula, dans tout ça ? Une institution moribonde, un zombie académique qui se nourrit des cadavres des théories passées. La recherche en littérature, voyez-vous, n’est plus qu’un prétexte pour justifier des postes, des subventions, des colloques inutiles. Les universitaires écrivent des articles que personne ne lit, les critiques d’art pondent des chroniques que personne ne comprend, les artistes produisent des œuvres que personne n’achète. Et les catalogues d’exposition ? De simples faire-part de décès, annonçant la mort de l’art avec une élégance toute bureaucratique.
Comme le disait Baudrillard dans Le Crime parfait, « l’art contemporain est une simulation de simulation ». Nous vivons dans un monde où tout est art, et où rien n’est art. Où un tas de briques peut être exposé dans une galerie, où une performance peut consister à ne rien faire, où un catalogue peut être une œuvre en soi. Mais derrière cette apparente liberté se cache une vérité bien plus triste : l’art contemporain est un art de la soumission, de la résignation, de la capitulation. Il a renoncé à tout idéal, à toute transcendance, à toute beauté. Il n’est plus qu’un reflet de notre époque, aussi vide, aussi creux, aussi désespérant qu’elle.
Anecdote : Savez-vous que l’artiste Maurizio Cattelan a vendu une banane scotchée à un mur pour 120 000 dollars ? Oui, vous avez bien entendu. Une banane. Scotchée. À un mur. Et des gens ont payé pour ça. Des gens ont déboursé l’équivalent d’un appartement pour posséder une ban