ACTUALITÉ SOURCE : David, Richter, M.C. Escher, Momies… Que valent vraiment les grandes expositions du moment à Paris ? – Beaux Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, Paris ! Toujours Paris, cette vieille catin aux lumières tremblotantes qui attire les mouches avec ses parfums de culture frelatée et ses expositions « événementielles » comme on attire les pigeons avec des miettes de pain rassis. David, Richter, Escher, momies… On nous sert la même soupe tiède depuis des siècles, mais avec des étiquettes toujours plus clinquantes, des prix toujours plus indécents, et des files d’attente qui serpentent comme les intestins d’un cadavre trop bien conservé. Que valent-elles, ces grandes messes de l’art contemporain ? Rien. Ou si peu. Des leurres pour bourgeois en mal de distinction, des pièges à touristes crédules, des cathédrales de l’éphémère où l’on vient s’agenouiller devant des reliques dont on a oublié le sens depuis longtemps.
Mais plongeons, voulez-vous, dans les entrailles de cette mascarade. Car pour comprendre la valeur – ou l’absence de valeur – de ces expositions, il faut remonter aux origines mêmes de notre rapport à l’art, à la beauté, à la mort, et à cette étrange manie que nous avons de tout transformer en spectacle, même ce qui devrait nous terrifier ou nous élever.
I. Les Sept Étapes de la Déchéance Esthétique
1. L’Âge des Cavernes : L’Art comme Magie (et non comme Décoration)
Il fut un temps, il y a 30 000 ans, où l’homme traçait des bisons sur les parois de Lascaux non pas pour « exposer », mais pour conjurer. L’art était un acte sacré, une prière adressée aux dieux invisibles, une tentative désespérée de donner un sens à un monde hostile. Les artistes – si tant est qu’on puisse les appeler ainsi – étaient des chamans, des intermédiaires entre le visible et l’invisible. Leurs œuvres n’étaient pas signées, pas datées, pas éclairées par des spots savamment orientés. Elles étaient vivantes. Et puis un jour, un homme a regardé ces peintures et s’est dit : « Tiens, et si on en faisait une attraction ? » Ainsi naquit le tourisme culturel.
2. La Grèce Antique : L’Art comme Propagande Divine
Avec les Grecs, l’art devient politique. Phidias sculpte l’Athéna Parthénos non pas pour le plaisir des yeux, mais pour affirmer la puissance d’Athènes. Les temples sont des manifestes en marbre, les statues des déclarations de guerre esthétiques. Platon, dans La République, méprise les artistes, ces menteurs qui imitent le monde des apparences alors qu’il faudrait contempler les Idées. Mais qui écoute Platon ? Personne. Les Athéniens préfèrent se presser devant les fresques du Parthénon, comme aujourd’hui on se presse devant les toiles de Richter, sans comprendre que ces images ne sont que des leurres, des reflets déformés de réalités bien plus cruelles.
3. La Renaissance : L’Art comme Monnaie d’Échange
Ah, la Renaissance ! Cette époque bénie où les Médicis transformèrent l’art en instrument de pouvoir. Michel-Ange, Léonard, Raphaël… Des génies, certes, mais aussi des mercenaires au service des puissants. Le David de Michel-Ange – ce même David qui trônera bientôt dans une exposition parisienne – n’est pas une œuvre désintéressée : c’est un symbole politique, une affirmation de la République florentine face aux tyrans. Aujourd’hui, on l’admire comme on admire un beau meuble, sans voir le sang et la sueur qu’il a fallu pour le tailler. Les expositions modernes ne sont que la continuation de cette logique : des produits de luxe pour une élite qui croit s’élever en dépensant 15 euros pour voir des momies égyptiennes.
4. Le XIXe Siècle : L’Art comme Marchandise
Avec l’industrialisation, l’art devient une industrie. Les Salons parisiens, les galeries, les critiques… Tout un système se met en place pour transformer la beauté en argent. Baudelaire, dans Le Peintre de la vie moderne, dénonce cette « modernité » qui n’est qu’un leurre, une façon de vendre du rêve à une bourgeoisie avide de sensations. Les expositions universelles, ces ancêtres de nos « grandes expositions », sont des foires aux vanités où l’on expose les peuples colonisés comme des bêtes de cirque. Aujourd’hui, rien n’a changé : on expose des momies comme on expose des voitures de luxe, avec le même mépris pour leur histoire.
5. Le XXe Siècle : L’Art comme Provocation (ou comme Farce)
Dada, le surréalisme, l’art conceptuel… L’art du XXe siècle est une longue suite de provocations, de canulars et de prises de pouvoir. Marcel Duchamp expose un urinoir et signe « R. Mutt » : c’est la fin de l’art tel qu’on le connaissait. Mais qui rit aujourd’hui ? Les expositions modernes sont les héritières directes de cette logique : on y montre n’importe quoi, du moment que c’est « conceptuel », « dérangeant » ou « inédit ». Richter, avec ses toiles floues, joue sur l’ambiguïté entre photographie et peinture. Escher, avec ses escaliers impossibles, nous vend des illusions d’optique comme si c’était de la philosophie. Et nous, pauvres gogos, nous marchons dans le piège, croyant toucher à l’absolu alors que nous ne faisons que consommer du vide.
6. L’Ère du Numérique : L’Art comme Clic
Aujourd’hui, une exposition n’existe que si elle est « instagrammable ». Les musées se transforment en parcs d’attractions, avec leurs hashtags, leurs filtres et leurs selfies devant La Joconde. Les momies égyptiennes, ces cadavres vieux de 3 000 ans, ne sont plus que des décors pour des photos de vacances. L’art n’est plus qu’un fond de teint pour les réseaux sociaux, une façon de se donner une contenance dans un monde qui n’en a plus. Et les conservateurs, ces nouveaux prêtres de la culture, encouragent cette mascarade en organisant des expositions « interactives », « immersives », « expérientielles »… Autant dire : des expositions où l’on ne regarde plus, où l’on ne pense plus, où l’on ne fait que consommer.
7. Le Futur : L’Art comme Algorithme
Demain, les expositions seront générées par des intelligences artificielles. Des robots créeront des œuvres « uniques » en fonction de nos goûts, de nos données, de nos désirs les plus secrets. Les momies seront scannées, numérisées, recréées en 3D pour que nous puissions les toucher sans risquer de les abîmer. Les toiles de Richter seront reproduites à l’infini, sans que personne ne sache plus qui les a peintes. Et nous, nous continuerons à faire la queue, à payer, à admirer, comme des automates bien huilés, sans jamais nous demander : Pourquoi ?
II. Analyse Sémantique : Le Langage de l’Illusion
Regardons les mots, ces petits soldats de la pensée. Que nous dit-on quand on nous parle de « grandes expositions » ?
« Événementiel » : Un mot qui sent la sueur des communicants, la peur du vide. Un événement, c’est quelque chose qui arrive, qui bouleverse, qui marque. Une exposition « événementielle », c’est une promesse non tenue, un feu d’artifice mouillé.
« Incontournable » : Ah, le mot préféré des publicitaires ! « Incontournable », comme si l’art était une autoroute et que nous étions tous condamnés à prendre la même sortie. Mais qui décide de ce qui est incontournable ? Les mêmes qui décident de ce qui est « tendance », « hype », « viral ». Des marchands, pas des poètes.
« Immersif » : Un mot qui pue la technologie de pacotille, les casques VR et les expériences « à 360 degrés ». Comme si l’art devait nous engloutir, nous noyer dans un bain de sensations pour exister. Mais l’art, le vrai, n’a pas besoin de nous immerger : il nous transperce, comme une flèche, comme un cri.
« Patrimoine » : Un mot qui sent la naphtaline et le formol. Le patrimoine, c’est ce qu’on embaume pour le préserver de la pourriture du temps. Les momies égyptiennes, ces cadavres millénaires, sont devenues notre « patrimoine ». Comme si nous avions besoin de momifier le passé pour nous rassurer sur notre propre mortalité.
Le langage des expositions est un langage de dupes, un sabir de marchands qui parlent de « démocratisation de la culture » alors qu’ils vendent des billets à prix d’or. On nous parle de « transmission », de « partage », de « mémoire », mais ce ne sont que des mots creux, des slogans pour nous faire avaler la pilule amère de la consommation culturelle.
III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Observez les visiteurs dans une exposition. Regardez-les défiler, comme des zombies, devant les œuvres. Ils lisent les cartels, hochent la tête, prennent des photos, puis passent à la suivante. Personne ne s’arrête. Personne ne regarde vraiment. Personne ne se laisse toucher. C’est une procession, un rituel vide, une communion sans foi.
Pourquoi ? Parce que nous avons été dressés à consommer l’art comme nous consommons tout le reste : vite, superficiellement, sans engagement. Les musées sont devenus des supermarchés de la culture, où l’on picore des sensations sans jamais se nourrir. Les expositions sont des menus dégustation : on goûte, on trouve ça « intéressant », et on passe à autre chose.
Et pourtant… Il suffirait de si peu pour que tout bascule. Un regard qui s’attarde. Une émotion qui monte. Un silence qui s’installe. Mais non. Nous préférons le bruit, le mouvement, l’agitation. Nous préférons la surface à la profondeur, le spectacle à la vérité.
Alors que faire ? Comment résister à cette machine à broyer les âmes ?
D’abord, refuser le jeu. Ne plus jouer les touristes culturels. Ne plus courir après les « grandes expositions ». Ne plus croire que l’art se mesure en nombre de visiteurs ou en recettes de billetterie.
Ensuite, revenir à l’essentiel. À la beauté brute, sauvage, qui n’a pas besoin de cartels ni de spots pour exister. À la peinture qui saigne, à la sculpture qui hurle, à la poésie qui déchire. À l’art qui ne se consomme pas, mais qui se vit, qui se souffre, qui se célèbre.
Enfin, créer. Ne plus être des consommateurs, mais des producteurs. Écrire, peindre, sculpter, composer… Même mal. Même sans talent. Même si personne ne regarde. Car l’art, le vrai, n’est pas dans les musées. Il est dans la rue, dans les cafés, dans les chambres d’adolescents, dans les carnets de croquis oubliés au fond d’un tiroir.
Les grandes expositions ne valent rien. Elles ne sont que des miroirs déformants, des leurres pour âmes en peine. Mais l’art, lui, vaut tout. Il est notre seule planche de salut dans un monde qui sombre. Alors ne nous laissons pas berner par les marchands de rêves. Reprenons l’art aux musées. Rendons-le aux fous, aux poètes, aux enfants. Rendons-le à la vie.
Analogie finale : Le Musée des Ombres
Oh ! ces salles aux murs blancs,
ces cadavres sous verre,
ces momies qui nous tendent leurs mains
comme des mendiants de l’éternel hiver…
Nous défilons, nous les vivants,
avec nos tickets et nos appareils photo,
nous croyons toucher à l’absolu
alors que nous ne touchons qu’au néant.
David, Richter, Escher…
Des noms sur des affiches,
des ombres sur des cimaises,
des fantômes qui dansent
pour des spectateurs aveugles.
Et les momies, ces reines de cire,
ces princesses de poussière,
elles nous regardent, elles nous jugent,
elles savent que nous aussi
nous finirons sous verre.
Alors fuyez, fuyez ces temples du vide,
ces cathédrales de l’ennui,
ces usines à rêves frelatés.
L’art n’est pas ici.
Il est dans la rue,
dans le cri d’un enfant,
dans la tache de vin sur une nappe,
dans le regard d’un chien qui meurt.
L’art, c’est la vie,
et la vie ne s’expose pas.
Elle se vit,
elle se hurle,
elle se brûle.
Alors brûlez, mes frères,
brûlez vos billets,
brûlez vos guides,
brûlez vos certitudes.
Et dansez,
dansez sur les cendres
de ce monde qui meurt.