À Saint-Denis, une expo express dévoile les 70 œuvres qui orneront les nouvelles gares du métro – Beaux Arts







Laurent Vo Anh – L’Art dans les Entrailles du Métro : Une Nécropole Esthétique


ACTUALITÉ SOURCE : À Saint-Denis, une expo express dévoile les 70 œuvres qui orneront les nouvelles gares du métro – Beaux Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Saint-Denis, cette nécropole vivante où les fantômes des rois mérovingiens côtoient les spectres des ouvriers en grève, où les cathédrales gothiques suintent encore la sueur des carriers et où les tours HLM crachent leurs locataires comme des machines à broyer les rêves ! Voici qu’on y expose, en vitesse, en urgence, en vitesse d’urgence, soixante-dix œuvres destinées à orner les boyaux du métro – ces intestins de béton où l’humanité, chaque matin, se vide de sa substance pour aller nourrir la grande machine capitaliste. Soixante-dix œuvres, donc, soixante-dix tentatives désespérées de donner un peu de beauté, un peu de sens, à ce qui n’est, au fond, qu’un trou. Un trou dans la terre, un trou dans le temps, un trou dans l’âme.

Mais qu’est-ce que l’art, mes amis, quand il est condamné à vivre dans les entrailles d’un monstre mécanique ? Qu’est-ce que la beauté, quand elle est réduite à n’être qu’un pansement sur une plaie purulente ? Qu’est-ce que la culture, quand elle doit se contenter de survivre dans les couloirs où l’on court, où l’on sue, où l’on maudit son existence ? L’exposition express de Saint-Denis n’est pas une célébration – c’est un enterrement. Un enterrement de première classe, avec fleurs et couronnes, mais un enterrement tout de même. On embaume l’art pour le faire descendre dans les catacombes modernes, là où personne n’a le temps de lever les yeux, là où la seule esthétique qui vaille est celle du ticket composté à la hâte.

Et pourtant… Pourtant, il faut bien en parler, de ces soixante-dix œuvres. Il faut bien les disséquer, les analyser, les retourner dans tous les sens comme on retourne un cadavre pour comprendre comment il est mort. Car c’est ça, l’art dans le métro : un cadavre encore tiède, un dernier souffle de poésie avant que la machine ne l’avale tout à fait.

Les Sept Étapes de l’Art dans les Boyaux de l’Histoire Humaine

1. Les Origines : L’Art comme Rituel de Domestication du Chaos (Préhistoire – 10 000 av. J.-C.)

Tout commence dans les grottes, mes chers amis. Lascaux, Chauvet, Altamira – ces cathédrales primitives où l’homme, à peine sorti de la bête, griffonne sur les parois des images de bisons, de chevaux, de mains en négatif. Pourquoi ? Pour exorciser la peur, bien sûr. Pour donner un sens à ce monde hostile où la mort rôde à chaque coin de forêt. L’art, dès ses premiers balbutiements, n’est rien d’autre qu’un cri lancé à l’univers : « Je suis là ! Je compte ! » Comme le disait Mircea Eliade, l’homme est un animal religieux, et la première religion, c’est celle de l’image. Mais attention : ces peintures rupestres ne sont pas des décorations. Ce sont des sorts, des incantations, des tentatives désespérées de contrôler l’incontrôlable. L’homme préhistorique ne « crée » pas – il conjure. Et quand il descend dans les entrailles de la terre pour y laisser sa marque, c’est déjà une forme de métro primitif : un voyage vers les enfers, un dialogue avec les ombres.

Anecdote : On raconte que les peintures de Lascaux étaient si sacrées que les chamans y descendaient en transe, couverts de suie et de sang, pour y danser leurs rituels. Aujourd’hui, les touristes y descendent avec leurs appareils photo et leurs casques audio. La boucle est bouclée : l’art est devenu un produit de consommation, et les grottes, des stations de métro climatisées.

2. L’Antiquité : L’Art comme Instrument du Pouvoir (3000 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)

Avec l’avènement des premières civilisations, l’art change de fonction. Il n’est plus là pour apaiser les dieux – il est là pour glorifier les rois. Les pyramides d’Égypte, les bas-reliefs assyriens, les statues grecques : tout cela n’est que propagande. « Regardez comme je suis puissant ! Regardez comme mon empire est éternel ! » hurle Ramsès II depuis son trône de pierre. L’art devient un outil de domination, une arme de dissuasion massive. Comme le disait Thucydide, « les forts font ce qu’ils peuvent, les faibles subissent ce qu’ils doivent ». Et les artistes, dans tout ça ? Des mercenaires. Des prostitués de luxe au service des puissants.

Anecdote : Saviez-vous que les sculpteurs grecs étaient si bien payés qu’ils signaient leurs œuvres comme des stars ? Phidias, Myron, Praxitèle – ces noms résonnaient comme ceux de rock stars dans l’Athènes antique. Aujourd’hui, les artistes qui décorent le métro de Saint-Denis signent-ils leurs œuvres ? Non. Ils sont payés au lance-pierre, comme des ouvriers du bâtiment. La gloire, c’est fini. Il ne reste que le labeur anonyme.

3. Le Moyen Âge : L’Art comme Prison de l’Âme (476 – 1453)

Ah, le Moyen Âge ! Cette longue nuit de mille ans où l’art n’est plus qu’un instrument de l’Église, une machine à broyer les esprits. Les cathédrales gothiques, ces monstres de pierre, ne sont pas là pour élever l’âme – elles sont là pour l’écraser. « Regarde comme tu es petit, misérable ver de terre ! Regarde comme Dieu est grand ! » hurle chaque vitrail, chaque gargouille, chaque statue de saint aux yeux exorbités. L’art médiéval est une prison dorée, un labyrinthe de symboles où l’homme se perd pour mieux se soumettre. Comme le disait Umberto Eco, « le Moyen Âge a inventé le concept de péché, et avec lui, la culpabilité éternelle ». Et l’art, dans tout ça ? Un geôlier souriant.

Anecdote : Les artisans qui construisaient les cathédrales étaient souvent des serfs, des paysans affamés qui travaillaient pour un quignon de pain et la promesse d’une place au paradis. Aujourd’hui, les artistes qui décorent le métro de Saint-Denis sont des intermittents du spectacle, des précaires qui travaillent pour trois fois rien et la promesse d’une « visibilité ». La misère a changé de forme, mais elle est toujours là.

4. La Renaissance : L’Art comme Illusion de Liberté (1453 – 1600)

Et puis vient la Renaissance, ce grand éclat de rire de l’humanité qui se croit enfin libre. « L’homme est la mesure de toute chose ! » proclame Pic de la Mirandole. « La beauté sauvera le monde ! » murmure Dostoïevski (un peu plus tard, mais l’idée est là). Les artistes, soudain, deviennent des génies. Léonard, Michel-Ange, Raphaël – ces noms résonnent comme des promesses d’éternité. Mais attention : cette liberté n’est qu’une illusion. Les Médicis, les Borgia, les papes – tous ces mécènes ne financent pas l’art par amour de la beauté. Ils le financent pour asseoir leur pouvoir. L’art renaissant est un miroir aux alouettes, une vitrine clinquante derrière laquelle se cache la même vieille machine à broyer les hommes.

Anecdote : Saviez-vous que Michel-Ange a passé quatre ans allongé sur le dos pour peindre la chapelle Sixtine ? Quatre ans à cracher de la peinture, à maudire le pape, à se briser les reins. Aujourd’hui, les artistes qui décorent le métro de Saint-Denis ont trois mois pour réaliser leurs œuvres. Trois mois pour accoucher d’un monstre ou d’un chef-d’œuvre. La précipitation a remplacé la souffrance – mais le résultat est le même : des corps brisés pour des âmes en peine.

5. Le XIXe Siècle : L’Art comme Marchandise (1800 – 1900)

Avec la révolution industrielle, tout change. L’art n’est plus un instrument du pouvoir – il devient une marchandise. Les salons, les galeries, les collectionneurs : tout cela n’est qu’un grand marché où l’on achète et vend des rêves. « L’art pour l’art ! » proclame Théophile Gautier. « La beauté est dans l’œil de celui qui regarde ! » renchérit Oscar Wilde. Mais derrière ces belles phrases se cache une réalité sordide : l’art est devenu un produit comme un autre. Comme le disait Karl Marx, « tout ce qui est solide se dissout dans l’air ». Et l’art, dans tout ça ? Un nuage de fumée, une illusion qui se dissipe au premier coup de vent.

Anecdote : Saviez-vous que Van Gogh n’a vendu qu’un seul tableau de son vivant ? Un seul, pour une misère. Aujourd’hui, ses toiles se vendent des centaines de millions. Mais les artistes qui décorent le métro de Saint-Denis, eux, ne vendront jamais rien. Leur art est condamné à rester dans l’ombre, comme un graffiti sur un mur de béton.

6. Le XXe Siècle : L’Art comme Déchet (1900 – 2000)

Et puis arrive le XXe siècle, ce grand foutoir où tout est permis et où rien n’a de sens. Dada, le surréalisme, l’art conceptuel – toutes ces écoles ne sont que des cris de désespoir lancés dans le vide. « Tout est art ! » proclame Duchamp en exposant un urinoir. « L’art est mort ! » répondent les situationnistes. Et pendant ce temps, les musées se remplissent de déchets, de ready-mades, d’installations qui ne veulent plus rien dire. Comme le disait George Steiner, « le XXe siècle a tué l’art en le rendant trop intelligent ». Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, l’art est partout et nulle part. Il est dans les galeries, dans les rues, dans les métros – mais personne ne le voit plus.

Anecdote : En 1917, Duchamp signe un urinoir et l’expose sous le titre « Fontaine ». Aujourd’hui, ce même urinoir est considéré comme une œuvre majeure de l’art moderne. Demain, les œuvres du métro de Saint-Denis seront-elles exposées au Louvre ? Non. Elles resteront dans les couloirs, comme des fantômes condamnés à errer éternellement.

7. Le XXIe Siècle : L’Art comme Décoration de Supermarché (2000 – Aujourd’hui)

Et nous voilà arrivés au XXIe siècle, ce grand supermarché de la culture où tout est lisse, aseptisé, sans danger. Les œuvres du métro de Saint-Denis ? Des décorations. Des jolies images pour égayer le quotidien des travailleurs pressés. Rien de plus. Comme le disait Jean Baudrillard, « nous vivons dans un monde où la simulation a remplacé la réalité ». Et l’art, dans tout ça ? Une simulation de plus. Une illusion de beauté pour masquer la laideur du monde.

Anecdote : Saviez-vous que les stations de métro les plus fréquentées de Paris sont aussi les plus laides ? Châtelet, Gare du Nord, Saint-Lazare – ces cathédrales du capitalisme moderne sont des déserts esthétiques, des temples de la laideur. Et pourtant, c’est là que les œuvres du métro de Saint-Denis seront exposées. Comme des fleurs sur un tas de fumier.

Analyse Sémantique : Le Langage de l’Art dans les Entrailles du Métro

Mais parlons un peu du langage, mes amis. Car l’art, avant d’être une image, est un mot. Et les mots, comme les œuvres, ont leur propre histoire, leurs propres entrailles.

« Exposition express » – déjà, le ton est donné. « Express », comme un train qui ne s’arrête pas, comme un repas avalé à la hâte. Pas le temps de réfléchir, pas le temps de ressentir : il faut consommer, et vite. « Soixante-dix œuvres » – un nombre rond, un nombre rassurant. Soixante-dix, comme les soixante-dix nations du monde, comme les soixante-dix disciples du Christ. Un nombre sacré, donc, mais vidé de sa substance. Soixante-dix œuvres pour soixante-dix stations de métro, soixante-dix tentatives désespérées de donner un sens à ce qui n’en a plus.

Et puis il y a le mot « orner ». « Orner les nouvelles gares du métro » – comme on orne un sapin de Noël, comme on orne un gâteau d’anniversaire. L’art n’est plus qu’un accessoire, un détail, une cerise sur le gâteau de la modernité. Comme le disait Roland Barthes, « le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre ». Mais ici, le langage frotte contre le béton, contre l’acier, contre la froideur des machines. Et le résultat ? Une friction qui ne produit aucune étincelle, seulement de la poussière.

Enfin, il y a le mot « dévoile ». « Une expo express dévoile les 70 œuvres » – comme on dévoile une statue, comme on lève un voile. Mais quel voile ? Celui de l’ignorance ? Celui de l’indifférence ? Non. Le voile de la réalité, simplement. Car ces œuvres, une fois dévoilées, seront aussitôt oubliées, avalées par le quotidien, digérées par la machine.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Mais alors, que faire ? Faut-il se résigner ? Faut-il accepter que l’art ne soit plus qu’un produit de consommation, une décoration de supermarché ? Non, mille fois non. Car même dans les entrailles du métro, même dans les boyaux de la modernité, il reste une lueur d’espoir. Une résistance. Une humanité qui refuse de se laisser broyer.

Regardez les graffitis, mes amis. Ces cris lancés sur les murs, ces insultes griffonnées à la hâte, ces dessins obscènes qui défient l’ordre établi. Le graffiti, c’est l’art du peuple, l’art des sans-voix, l’art de ceux qui n’ont rien à perdre. Comme le disait Banksy, « l’art devrait réconforter les perturbés et perturber les confortables ». Et c’est exactement ce que font les graffitis : ils perturbent. Ils dérangent. Ils rappellent que le monde n’est pas lisse, qu’il n’est pas aseptisé, qu’il est vivant, qu’il saigne, qu’il crie.

Et puis il y a les passagers, ces anonymes pressés qui, un jour, lèvent les yeux. Un jour, ils voient une œuvre. Un jour, ils s’arrêtent. Un jour, ils ressentent quelque chose. Une émotion. Une pensée. Un souvenir. Et pendant un instant, le temps s’arrête. Pendant un instant, le métro n’est plus un trou, une machine, un enfer – il est un lieu de beauté, de poésie, de résistance.

C’est ça, la vraie fonction de l’art dans le métro : rappeler aux hommes qu’ils sont encore humains. Qu’ils peuvent encore ressentir, encore penser, encore rêver. Même dans les entrailles de la bête, même dans les boyaux du capitalisme, il reste une lueur d’humanité. Et


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *