Publicare, le premier salon de l’édition d’artistes ouvre ses portes à Carré d’art à Nîmes – Midi Libre







Publicare – L’Édition d’Artistes comme Dernier Souffle de la Culture


ACTUALITÉ SOURCE : Publicare, le premier salon de l’édition d’artistes ouvre ses portes à Carré d’art à Nîmes – Midi Libre

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Publicare. Le verbe latin résonne comme un glas funèbre sur les décombres fumants de notre civilisation. Publier. Étaler au grand jour. Rendre public. Mais public pour qui, au juste ? Pour les ombres hébétées qui errent dans les galeries climatisées de Carré d’Art, le regard vide, le téléphone à la main, cherchant désespérément une once de sens dans ce déluge d’images et de mots vidés de leur substance ? Publicare, c’est l’acte ultime de l’artiste moderne, ce clown tragique qui, après avoir vendu son âme au marché de l’art, tente encore de se convaincre qu’il existe, qu’il crée, qu’il résiste. Mais résister à quoi, grands dieux ? À l’oubli ? À l’indifférence ? À cette grande machine à broyer les rêves que nous appelons, avec une ironie macabre, la culture ?

Ce salon, ce Publicare, n’est rien d’autre qu’un symptôme. Un symptôme éclatant de notre époque malade, où l’art n’est plus qu’un produit, où l’artiste n’est plus qu’un fournisseur de contenu, où le public n’est plus qu’un consommateur passif, avide de nouveautés éphémères, de likes et de stories. Nous sommes entrés dans l’ère de l’édition d’artistes comme on entre en religion : par désespoir. Parce que plus rien ne tient debout. Parce que les livres ne se vendent plus, parce que les musées sont des supermarchés, parce que les galeries sont des showrooms, et parce que l’artiste, ce pauvre hère, n’a plus que ses éditions limitées, ses tirages numérotés, ses objets fétiches à proposer à une humanité qui n’en a cure.

Alors, analysons. Disséquons. Plongeons dans les entrailles de cette bête immonde qu’est devenue la culture, et voyons ce que Publicare nous révèle de notre condition. Sept étapes. Sept chutes. Sept moments où l’humanité a cru, un instant, que l’art pourrait la sauver, avant de réaliser, trop tard, qu’elle était déjà condamnée.

I. L’Aube des Images : Lascaux ou le Premier Mensonge (40 000 – 10 000 av. J.-C.)

Tout commence dans l’obscurité humide d’une grotte. L’homme, ce singe nu, trace sur la paroi des formes qui le dépassent. Des bisons, des chevaux, des mains en négatif. Pourquoi ? Pour conjurer la peur, répondent les anthropologues. Pour maîtriser le monde, disent les historiens. Pour communiquer avec les esprits, murmurent les chamanes. Mais non. C’est plus simple, et plus terrible. L’homme dessine parce qu’il ment. Parce qu’il invente des histoires pour ne pas voir la réalité en face : qu’il est seul, fragile, condamné. Ces images, ces premières éditions d’artistes, sont les premiers leurres. Les premiers produits dérivés d’une humanité en quête de sens. Et déjà, le public est là, captif, fasciné par ces ombres qui dansent sur les murs. Platon n’est pas encore né, mais le mythe de la caverne est déjà écrit.

Pline l’Ancien raconte l’histoire de Butadès de Sicyone, ce potier qui, pour garder l’image de sa fille éplorée, trace le contour de son amant sur un mur. La première édition d’artiste ? Peut-être. Mais surtout, la première preuve que l’art naît de la nostalgie, de la peur de l’oubli. Publicare, déjà. Rendre public ce qui devrait rester intime. Exposer ce qui devrait être enfoui.

II. L’Écriture ou la Trahison des Mots (3 200 av. J.-C.)

Avec l’écriture, tout bascule. L’art n’est plus seulement image, il devient discours. Et le discours, c’est le pouvoir. Les tablettes de Mésopotamie, les hiéroglyphes égyptiens, les idéogrammes chinois : autant de tentatives pour domestiquer le chaos. Mais attention, prévient Walter Benjamin, l’écriture est une arme à double tranchant. Elle libère, mais elle aliène. Elle permet la transmission, mais elle fige la pensée. L’artiste-écrivain devient un fonctionnaire du sens, un scribe au service des puissants. Les premiers livres sont des contrats, des lois, des comptes. L’art ? Une décoration, un ornement. Un luxe pour les temples et les palais.

Socrate, dans le Phèdre, met en garde contre l’écriture : « Elle produira l’oubli dans les âmes en leur faisant négliger la mémoire. » Il a raison. Avec l’écriture, l’art devient reproductible. Il se détache de son créateur. Il devient objet. Marchandise. Publicare prend tout son sens : publier, c’est livrer l’art au public, mais aussi le livrer aux marchands, aux prêtres, aux rois. L’artiste perd le contrôle. Il devient un maillon de la chaîne.

III. La Renaissance ou l’Art comme Monnaie d’Échange (XVe – XVIe siècle)

Voici venir les Médicis, les Borgia, les papes mécènes. L’art n’est plus un acte de foi, mais un investissement. Léonard de Vinci peint pour Ludovic Sforza. Michel-Ange sculpte pour Jules II. L’artiste devient un courtisan, un flatteur, un prostitué de luxe. Publicare ? Non, plutôt vendere. Vendre. L’édition d’artistes n’existe pas encore, mais le principe est là : l’art est un produit, et l’artiste un fournisseur. Les ateliers produisent en série. Les élèves copient les maîtres. La signature devient une marque de fabrique.

Giorgio Vasari, dans Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, théorise cette marchandisation. Il classe, il hiérarchise, il note. L’art devient un marché, avec ses stars, ses valeurs, ses bulles spéculatives. Et l’artiste ? Un entrepreneur. Un homme d’affaires. Un précurseur de Jeff Koons.

Anecdote savoureuse : Le Tintoret, pour obtenir une commande, offre de peindre gratuitement le plafond d’une confrérie vénitienne. Gratuitement ? Pas tout à fait. Il exige en échange le monopole des commandes futures. Publicare, c’est aussi ça : une stratégie commerciale.

IV. L’Imprimerie ou la Démocratisation du Néant (XVe siècle)

Gutenberg invente l’imprimerie, et le monde bascule. L’art n’est plus réservé aux élites. Il se répand comme une traînée de poudre. Mais attention, prévient Marshall McLuhan, le médium est le message. L’imprimerie ne démocratise pas l’art, elle le standardise. Elle en fait un produit de masse. Les livres se multiplient, mais leur contenu s’appauvrit. Les images se diffusent, mais leur sens se dilue.

L’édition d’artistes naît vraiment ici. Les gravures, les estampes, les livres illustrés : autant de tentatives pour rendre l’art accessible. Mais accessible à qui ? Aux bourgeois, aux lettrés, aux collectionneurs. Le peuple, lui, reste à la porte. Il regarde, il admire, mais il ne comprend pas. L’art devient un signe de distinction sociale. Publicare, c’est aussi exclure.

Rabelais, dans Gargantua, se moque de ces livres inutiles qui encombrent les bibliothèques. « Toute leur vie n’est qu’étude, sans que jamais ils profitent. » L’imprimerie a tué la pensée. Elle a transformé l’art en bruit de fond.

V. La Révolution Industrielle ou l’Art comme Opium du Peuple (XIXe siècle)

Voici venir l’ère des machines. L’art n’est plus un luxe, il est une nécessité. Une soupape de sécurité pour une humanité écrasée par le travail à la chaîne. Les musées s’ouvrent. Les expositions universelles attirent des millions de visiteurs. L’art devient un spectacle. Un divertissement. Un opium, comme le dit Marx, pour endormir les masses.

Les éditions d’artistes se multiplient. Les lithographies, les affiches, les cartes postales. L’art est partout, mais il n’est plus nulle part. Il est consommé, digéré, oublié. Les impressionnistes, les symbolistes, les nabis : tous cherchent à échapper à cette logique. Mais comment résister à la machine ? Van Gogh vend un seul tableau de son vivant. Gauguin meurt dans la misère. Lautrec noie son désespoir dans l’absinthe. Publicare, c’est aussi ça : un cri dans le vide.

Baudelaire, dans Le Peintre de la vie moderne, tente de sauver l’art en le liant à la modernité. Mais la modernité est une putain. Elle use, elle abuse, elle jette. L’artiste devient un dandy, un marginal, un exclu. Publicare ? Non, plutôt se vendre. Se vendre pour survivre.

VI. L’Ère du Numérique ou l’Art comme Clic (XXe – XXIe siècle)

Et nous voici arrivés à l’ère du tout-numérique. L’art n’est plus un objet, il est un flux. Une donnée. Un algorithme. Les éditions d’artistes ? Des NFT, des tirages limités sur Etsy, des livres auto-édités sur Amazon. L’artiste n’est plus un créateur, il est un influenceur. Un entrepreneur de lui-même. Publicare, c’est poster. Partager. Likez. Commentez. Achetez.

Walter Benjamin, dans L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, avait pressenti ce moment. « L’aura de l’œuvre d’art s’évanouit. » Mais il ne pouvait pas imaginer à quel point. Aujourd’hui, l’art n’a plus d’aura. Il n’a plus de valeur. Il est jetable. Consommable. Viral. Les musées sont des parcs d’attractions. Les galeries sont des boutiques en ligne. Les artistes sont des marques.

Et le public ? Un troupeau de zombies, les yeux rivés sur leurs écrans, avalant des images sans les voir, des mots sans les lire. Publicare, c’est hurler dans le vide numérique. C’est exister pour des likes. C’est vendre son âme pour un peu de visibilité.

Anecdote édifiante : En 2018, un artiste vend un bananier scotché au mur pour 120 000 dollars. Le public applaudit. Les critiques s’extasient. L’art est mort, mais personne ne s’en rend compte. Publicare, c’est aussi ça : une farce tragique.

VII. Publicare ou le Dernier Souffle (2024)

Et nous voici à Nîmes, au Carré d’Art, pour ce premier salon Publicare. L’édition d’artistes comme dernier rempart contre l’oubli. Comme ultime tentative de donner un sens à ce métier de fou : créer dans un monde qui n’en a plus rien à faire. Les artistes exposent leurs livres, leurs gravures, leurs objets fétiches. Ils parlent de tirages limités, de signatures, de numérotation. Ils jouent aux alchimistes, transformant le papier en or. Mais l’or est faux. Le public est absent. Ou pire, il est là, mais il ne voit rien.

Publicare, aujourd’hui, c’est un acte de résistance. Un baroud d’honneur. Une tentative désespérée de sauver ce qui peut encore l’être. Mais résister à quoi ? Au marché ? À l’indifférence ? À la mort de l’art ? L’art est déjà mort, mes amis. Il est mort le jour où il est devenu un produit. Le jour où l’artiste a cessé d’être un visionnaire pour devenir un fournisseur de contenu.

Alors, que reste-t-il ? Rien. Ou peut-être tout. Peut-être que Publicare n’est pas un salon, mais un tombeau. Un tombeau magnifique, où les artistes viennent déposer leurs dernières œuvres avant de disparaître. Un tombeau où le public vient se recueillir, non pas devant l’art, mais devant sa propre incapacité à le comprendre, à l’aimer, à le sauver.

Adorno disait : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare. » Aujourd’hui, on pourrait dire : « Publier un livre d’artiste après l’ère numérique est une farce. » Mais peu importe. L’artiste continue. Parce qu’il n’a pas le choix. Parce que créer, c’est survivre. Même si personne ne regarde. Même si personne n’écoute.

Analyse Sémantique : Le Langage de la Déchéance

Publicare. Le mot est un piège. Un leurre sémantique. Il porte en lui l’illusion de la transmission, de la communion, de la postérité. Mais que cache-t-il vraiment ? Une analyse lexicale et étymologique révèle l’abîme qui sépare le verbe de sa réalité contemporaine.

Publicare vient du latin publicus, lui-même dérivé de populus, le peuple. Publier, c’est donc rendre public, offrir au peuple. Mais quel peuple ? Celui des citoyens romains, assemblés sur le forum pour écouter les orateurs ? Ou celui des consommateurs modernes, isolés devant leurs écrans, avalant des images sans les digérer ? Le peuple n’existe plus. Il s’est dissous dans la masse. Il s’est atomisé en individus solitaires, connectés mais seuls, avides mais indifférents.

Le mot « édition » est tout aussi trompeur. Il vient du latin editio, qui signifie « action de produire, de faire sortir ». Mais produire quoi ? Des livres ? Des images ? Des objets ? Non. Aujourd’hui, l’édition produit du contenu. Un mot affreux, technocratique, qui réduit l’art à une donnée, un flux, une marchandise. Le contenu, c’est ce qui remplit le vide. Ce qui occupe l’espace sans le nourrir. Ce qui distrait sans éclairer.

Et l’artiste ? Le mot lui-même est un mensonge. Il vient du latin ars, qui signifie « savoir-faire, technique ». Mais quel savoir-faire ? Celui de l’artisan qui maîtrise son métier ? Ou celui du prestidigitateur qui fait illusion ? Aujourd’hui, l’artiste n’est plus un créateur, mais un communicant. Un vendeur de rêves. Un illusionniste qui fait croire que l’art existe encore.

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