ACTUALITÉ SOURCE : Billetterie, programmation, coulisses, découvertes… Tout sur Art Basel Paris 2025 – Beaux Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Art Basel ! Ce grand carnaval des vanités où l’on vend des rêves en conserve, où les milliardaires viennent s’acheter une âme en kit, où les artistes, ces prostitués de la transcendance, exhibent leurs chairs mortes sous cellophane pour quelques milliers d’euros. Paris, 2025, la foire aux illusions bat son plein, et nous voilà conviés à l’orgie des faux-semblants, à la messe noire du capitalisme culturel, où l’on célèbre le mariage obscène de l’art et de l’argent, ces deux putains qui se donnent en spectacle depuis que l’homme a troqué ses dieux contre des billets de banque.
Mais que nous dit cette grand-messe annuelle ? Que nous révèle-t-elle de notre époque, de notre humanité en déroute ? Car c’est bien là le cœur du problème : Art Basel n’est pas une simple foire, c’est un miroir déformant, un symptôme, une excroissance monstrueuse de notre civilisation en phase terminale. Derrière les sourires polis des galeristes, les murmures des collectionneurs et les poses étudiées des artistes, se cache une vérité bien plus crue : l’art est mort, et nous dansons sur sa tombe en sirotant du champagne.
Mais plongeons, voulez-vous, dans les entrailles de cette bête immonde. Remontons le temps, disséquons l’histoire, analysons les mots, les comportements, et surtout, surtout, osons regarder en face cette vérité qui nous brûle les yeux : l’art, aujourd’hui, n’est plus qu’un produit, une marchandise, un leurre pour gogos fortunés. Et Art Basel en est le temple, le supermarché, le bordel de luxe.
Les Sept Étapes de la Chute : De l’Art comme Sacré à l’Art comme Marchandise
1. L’Art comme Rituel Primordial : Les Grottes de Lascaux, ou l’Aube de l’Humanité
Il fut un temps, il y a quelque 17 000 ans, où l’homme n’était pas encore un consommateur, mais un être en quête de sens. Dans les grottes de Lascaux, nos ancêtres traçaient sur les parois des figures animales, des scènes de chasse, des symboles dont nous ne comprenons plus la signification. Mais une chose est sûre : ces peintures n’étaient pas destinées à être vendues. Elles étaient sacrées. Elles reliaient l’homme au cosmos, à l’invisible, à ce qui le dépassait. Comme l’écrivait Mircea Eliade, « le sacré est la seule réalité absolue ». L’art, alors, était une prière, une offrande, un moyen de communier avec l’au-delà.
Anecdote : On raconte que les chamanes de l’époque entraient en transe pour peindre ces fresques, que les pigments étaient mélangés à du sang, à des herbes hallucinogènes. L’art était une expérience mystique, pas un investissement.
2. L’Art comme Pouvoir : Les Pharaons et la Naissance de la Propagande
Avec l’avènement des premières civilisations, l’art change de statut. Il n’est plus seulement sacré, il devient politique. Les pharaons égyptiens comprennent rapidement que l’image est un outil de domination. Les pyramides, les statues colossales, les fresques murales : tout est conçu pour impressionner, pour affirmer la puissance divine du souverain. Comme l’écrivait Ernst Gombrich, « l’art égyptien n’est pas fait pour être vu, mais pour être cru ».
L’art, désormais, sert à légitimer le pouvoir. Il n’est plus une quête spirituelle, mais un instrument de contrôle. Les artistes ne sont plus des chamanes, mais des fonctionnaires au service de l’État.
Anecdote : Le masque funéraire de Toutânkhamon, chef-d’œuvre de l’orfèvrerie égyptienne, n’était pas destiné à être admiré dans un musée, mais à accompagner le pharaon dans l’au-delà. Aujourd’hui, il est une marchandise touristique, un selfie géant pour visiteurs en short.
3. L’Art comme Beauté Idéale : La Renaissance et la Naissance de l’Individu
Avec la Renaissance, l’art prend un nouveau tournant. L’homme devient la mesure de toute chose. Les artistes, désormais, signent leurs œuvres. Ils ne sont plus des artisans anonymes, mais des génies, des individus uniques. Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël : ces noms résonnent comme des étoiles dans le firmament de l’histoire. L’art n’est plus seulement religieux ou politique, il devient une quête de beauté, de perfection, de vérité.
Mais attention : cette quête est aussi une illusion. Comme l’écrivait Nietzsche, « la beauté est une promesse de bonheur ». Une promesse, oui, mais jamais tenue. L’art de la Renaissance, malgré sa splendeur, est déjà un leurre. Il nous vend un idéal de beauté, de pureté, qui n’existe pas. Il nous fait croire que l’homme est au centre de l’univers, alors qu’il n’est qu’un grain de poussière dans l’immensité du cosmos.
Anecdote : La Joconde, ce tableau si célèbre qu’il en est devenu un cliché, n’était à l’origine qu’un simple portrait commandé par un marchand florentin. Aujourd’hui, elle est une icône pop, un meme, un produit dérivé. La beauté, une fois capturée, devient une marchandise.
4. L’Art comme Révolte : Le Romantisme et la Naissance de l’Artiste Maudit
Au XIXe siècle, l’art se rebelle. Les romantiques, ces enfants terribles de la modernité, rejettent les règles, les conventions, les idéaux de beauté classique. Ils veulent du sang, des larmes, de la folie. Delacroix peint la liberté en haillons, Goya montre les horreurs de la guerre, Baudelaire célèbre la laideur et la décadence. L’art devient une arme, un cri de révolte contre une société bourgeoise qu’ils méprisent.
Mais cette révolte, aussi noble soit-elle, est déjà récupérée. Comme l’écrivait Karl Marx, « tout ce qui est solide se dissout dans l’air ». Les bourgeois, ces philistins, achètent les toiles des artistes maudits pour décorer leurs salons. La rébellion devient un style, un produit, une mode.
Anecdote : Van Gogh, ce génie méconnu de son vivant, ne vendit qu’une seule toile de son vivant. Aujourd’hui, ses tableaux se négocient à des centaines de millions de dollars. La folie, une fois morte, devient un placement financier.
5. L’Art comme Marchandise : L’Avant-Garde et la Naissance du Marché de l’Art
Au XXe siècle, l’art entre dans l’ère du capitalisme. Les avant-gardes (dadaïstes, surréalistes, futuristes) veulent détruire l’art, le rendre inaccessible, le libérer de toute contrainte. Mais le marché, ce monstre insatiable, récupère tout. Duchamp expose un urinoir, et voilà que l’urinoir devient une œuvre d’art, un objet de spéculation. Warhol peint des boîtes de soupe Campbell, et voilà que la soupe devient un symbole du capitalisme triomphant.
Comme l’écrivait Walter Benjamin, « l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique » perd son aura, sa singularité. Elle devient un produit comme un autre, soumis aux lois du marché. Les galeristes, ces nouveaux prêtres du capitalisme, décident de ce qui est art et de ce qui ne l’est pas. Les collectionneurs, ces nouveaux mécènes, achètent des œuvres non pas pour leur beauté, mais pour leur valeur spéculative.
Anecdote : En 2017, un tableau de Jean-Michel Basquiat, « Untitled », est vendu pour 110,5 millions de dollars. Le même tableau, acheté 19 000 dollars en 1984, a vu sa valeur multipliée par 5 800 en trente ans. L’art n’est plus une quête spirituelle, mais un placement boursier.
6. L’Art comme Spectacle : Art Basel et la Naissance de la Foire aux Illusions
Nous y voilà. Art Basel, ce grand cirque de l’art contemporain, où les galeristes, les collectionneurs et les artistes se retrouvent pour célébrer leur amour de l’argent. Ici, plus de sacré, plus de révolte, plus de beauté : seulement des produits, des marques, des investissements. Les œuvres sont exposées comme des voitures de luxe, avec des prix affichés en millions d’euros. Les artistes sont des stars, des influenceurs, des marques à part entière.
Comme l’écrivait Guy Debord dans « La Société du Spectacle », « le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images ». Art Basel est le paroxysme de cette société du spectacle : une foire où l’on achète des images, des idées, des illusions, mais jamais la vérité.
Anecdote : En 2019, une œuvre de Maurizio Cattelan, « Comedian », consistant en une banane scotchée à un mur, est vendue pour 120 000 dollars. Trois exemplaires sont achetés. La banane, bien sûr, finit par pourrir. Mais peu importe : l’œuvre, elle, est éternelle. Ou plutôt, son prix l’est.
7. L’Art comme Néant : L’Ère du Post-Art et la Fin de l’Histoire
Nous en sommes là. L’art est mort, et nous dansons sur sa tombe. Les foires comme Art Basel ne sont plus que des cimetières à ciel ouvert, où l’on expose les cadavres des anciennes révolutions esthétiques. Les artistes ne sont plus des génies, mais des entrepreneurs, des start-uppeurs de la créativité. Les collectionneurs ne sont plus des mécènes, mais des spéculateurs, des prédateurs.
Comme l’écrivait Francis Fukuyama, nous sommes arrivés à « la fin de l’histoire ». Plus de grands récits, plus de grandes idéologies, plus de grandes quêtes. Seulement le marché, ce dieu sans visage, qui avale tout, digère tout, et recrache tout sous forme de produits.
Anecdote : En 2021, une œuvre de Beeple, « Everydays: The First 5000 Days », un collage numérique, est vendue pour 69 millions de dollars chez Christie’s. L’œuvre n’existe que sous forme de fichier JPEG. L’art n’est plus une expérience, mais un fichier, un lien, un clic.
Analyse Sémantique : Le Langage de la Décadence
Regardons les mots, ces petits soldats du mensonge. « Billetterie », « programmation », « coulisses », « découvertes » : tout ce vocabulaire est celui du spectacle, du divertissement, de la consommation. On ne parle plus d’art, mais de « produits culturels ». On ne parle plus d’artistes, mais de « créateurs ». On ne parle plus de beauté, mais de « valeur ajoutée ».
Le langage, ici, est un miroir de notre époque. Il est froid, technique, déshumanisé. Il ne décrit plus le monde, il le formate, le réduit à une série de données, de chiffres, de transactions. Comme l’écrivait George Orwell dans « 1984 », « la novlangue est conçue pour réduire les possibilités de la pensée ». Et c’est bien cela que fait le langage d’Art Basel : il réduit l’art à une marchandise, une transaction, un produit.
Prenons le mot « découverte ». Dans le contexte d’Art Basel, une « découverte » n’est pas une révélation spirituelle, une illumination, une rencontre avec l’absolu. Non, une « découverte », c’est un nouvel artiste à la mode, une nouvelle tendance, un nouveau produit à lancer sur le marché. Le mot est vidé de son sens, comme un cadavre vidé de ses entrailles.
Ou encore le mot « coulisses ». Les « coulisses » d’Art Basel, ce ne sont pas les secrets de la création, les doutes de l’artiste, les nuits blanches passées à chercher l’inspiration. Non, les « coulisses », ce sont les négociations entre galeristes et collectionneurs, les deals conclus dans l’ombre, les prix fixés à l’avance. Les « coulisses », c’est le ventre mou du capitalisme culturel, où tout se monnaye, tout se vend, tout s’achète.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Que faire, alors, face à cette machine infernale ? Comment résister à cette logique implacable qui transforme tout en marchandise, même l’art, même l’âme ?
D’abord, il faut comprendre que le comportement des acteurs d’Art Basel est le symptôme d’une maladie plus large : celle du capitalisme tardif, qui a réduit l’homme à un consommateur, un producteur, un rouage dans la grande machine économique. Les collectionneurs qui achètent des œuvres à des millions d’euros ne sont pas des mécènes, mais des spéculateurs. Les artistes qui produisent des œuvres pour le marché ne sont pas des créateurs, mais des entrepreneurs. Les galeristes ne sont pas des passeurs de culture, mais des marchands.
Face à cela, une résistance est possible. Une résistance humaniste, qui refuse de réduire l’art à une marchandise, qui refuse de réduire l’homme à un consommateur. Cette résistance passe par plusieurs voies :
- La réappropriation du langage : Refuser le vocabulaire du marché, parler d’art en termes de beauté, de vérité, de transcendance. Parler d’artistes, pas de « créateurs ». Parler d’œuvres, pas de « produits ».
- La désacralisation de l’argent : Refuser de voir dans l’argent la mesure de toute chose. Une œuvre d’art ne vaut pas son prix, mais ce qu’elle nous apporte : une émotion, une réflexion, une révélation.
- Le retour à l’expérience : Refuser l’art comme spectacle, comme produit, comme marchandise. Privilégier l’art comme expérience, comme rencontre, comme choc esthétique