ACTUALITÉ SOURCE : Foires, expos, soirées… Que faire à Paris pendant la grande semaine de l’art ? On vous dit tout ! – Beaux Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Paris, cette vieille putain aux atours clinquants, qui chaque année, à la même époque, se pare de ses plus beaux haillons pour la grande foire aux vanités artistiques. « Que faire pendant la grande semaine de l’art ? » clame le titre, comme si l’on pouvait encore croire à cette mascarade après des siècles de supercheries esthétiques. Mais allons-y, jouons le jeu, déballons cette farce avec le scalpel qui convient, celui qui ne respecte ni les convenances ni les illusions.
L’art, voyez-vous, n’a jamais été qu’un miroir tendu devant le visage grimaçant de l’humanité. Un miroir qui, au fil des siècles, s’est couvert de poussière, de fard, de mensonges. Et Paris, cette Babylone moderne, cette Sodome des temps postmodernes, se transforme chaque année en un vaste lupanar où se pressent les amateurs d’émotions frelatées, les collectionneurs aux poches profondes et aux âmes vides, les critiques aux jugements aussi sûrs que les prévisions météo de l’an 2000. La « grande semaine de l’art » ? Une grand-messe, oui, une messe noire où l’on célèbre le dieu Argent sous les oripeaux de la Culture.
I. Les Sept Âges de la Supercherie Artistique
1. Les Origines : L’Art comme Religion Primitive (Préhistoire – Antiquité)
Tout commence dans l’obscurité des grottes, où l’homme des cavernes, ce premier artiste maudit, trace sur les parois les contours tremblés de ses peurs et de ses désirs. Lascaux, Altamira : les premières galeries d’art, où l’on exposait non pas pour le plaisir des yeux, mais pour apaiser les dieux ou conjurer la mort. Platon, dans sa caverne, aurait pu en rire : ces ombres projetées sur la pierre, n’étaient-elles pas déjà des illusions, des simulacres ? L’art comme magie, comme exorcisme. Et déjà, le premier chaman-artiste savait qu’il tenait là un pouvoir : celui de faire croire, de faire peur, de faire rêver. La première foire d’art ? Un marché aux fétiches, où l’on échangeait des statuettes contre des récoltes, des peintures rupestres contre la promesse d’une chasse fructueuse.
2. L’Église et le Pouvoir : L’Art comme Instrument de Domination (Moyen Âge – Renaissance)
Puis vint le temps où l’art se fit serviteur. Les cathédrales, ces livres de pierre, où chaque vitrail, chaque sculpture, chaque fresque racontait aux illettrés les souffrances du Christ ou les tourments de l’Enfer. L’art comme propagande divine, comme outil de contrôle des masses. Les artistes ? Des artisans, des ouvriers du sacré, payés pour glorifier Dieu et ses représentants terrestres. Giotto, Fra Angelico : des peintres, certes, mais aussi des courtisans du Ciel. Et déjà, dans les coulisses, les Médicis, ces premiers mécènes, comprenaient que l’art pouvait aussi servir à laver l’argent du péché. La première foire d’art moderne ? Le Concile de Trente, où l’on décida quelles images étaient dignes de représenter le divin, et lesquelles devaient être brûlées.
3. La Naissance de l’Individu : L’Art comme Affirmation de Soi (Renaissance – XVIIIe siècle)
Puis l’homme se découvrit mesure de toute chose. L’artiste, ce nouveau Prométhée, osa signer ses œuvres, revendiquer sa singularité. Léonard, Michel-Ange, Rembrandt : des génies, oui, mais aussi des courtisans, des flatteurs, des prostitués de luxe. L’art devint affaire de vanité, de gloire personnelle. Les salons du XVIIIe siècle, ces ancêtres de nos foires d’art, où l’on exposait pour être vu, pour être admiré, pour être envié. Diderot, dans ses Salons, jouait déjà au critique d’art, ce juge tout-puissant qui décide de la valeur d’une œuvre comme on décide de la valeur d’une action en Bourse. Et déjà, l’argent corrompait tout : les mécènes achetaient des tableaux comme on achète des titres de noblesse, pour se donner des airs de grandeur.
4. La Révolte des Avant-Gardes : L’Art comme Provocation (XIXe – Début XXe siècle)
Puis vint le temps des révoltes. Les impressionnistes, ces premiers rebelles, qui osèrent peindre la lumière plutôt que les poses académiques. Les cubistes, les futuristes, les dadaïstes : des iconoclastes, des destructeurs d’idoles. L’art devint arme, manifeste, cri de colère. Duchamp et son urinoir, Picabia et ses machines absurdes : des coups de poing dans la gueule de la bourgeoisie. Les foires d’art ? Des champs de bataille. Les Salons des Refusés, les expositions surréalistes : des provocations calculées, des scandales organisés. Et déjà, le marché s’emparait de ces révoltes, les transformant en produits de luxe. Les collectionneurs achetaient des Picasso comme on achète des actions : pour spéculer sur la postérité.
5. L’Ère des Masses : L’Art comme Spectacle (Milieu XXe siècle – Années 1980)
Puis l’art devint industrie. Warhol et ses sérigraphies, ces produits de consommation comme les autres. Les foires d’art se multiplièrent, se démocratisèrent, se transformèrent en supermarchés de la culture. La Biennale de Venise, la Documenta de Kassel : des cirques où l’on exhibait les artistes comme des bêtes curieuses. Les critiques ? Des publicitaires. Les collectionneurs ? Des spéculateurs. L’art devint un placement, une valeur refuge, un moyen de blanchir son image. Et déjà, les musées ressemblaient à des temples vides, où l’on exposait des reliques d’un passé révolu, tandis que les galeries se transformaient en boutiques de luxe, où l’on vendait du rêve en boîte.
6. La Globalisation : L’Art comme Monnaie d’Échange (Années 1990 – 2000)
Puis vint le temps de la mondialisation. Les foires d’art devinrent des événements planétaires, où se pressaient les milliardaires du Qatar, de Chine, de Russie. Art Basel, la FIAC : des marchés où l’on négociait des œuvres comme on négocie des contrats pétroliers. L’art devint un langage universel, une monnaie d’échange, un moyen de blanchir son argent et sa réputation. Les artistes ? Des marques, des logos, des produits dérivés. Damien Hirst et ses crânes incrustés de diamants : l’apothéose du cynisme, la victoire du capital sur l’esprit. Et déjà, les foires d’art ressemblaient à des salons de l’automobile, où l’on exposait les derniers modèles à la mode, les dernières tendances, les dernières provocations rentables.
7. L’Ère Postmoderne : L’Art comme Néant (XXIe siècle – Aujourd’hui)
Et nous voici, aujourd’hui, dans l’ère du néant. Les foires d’art sont devenues des parcs d’attractions pour adultes riches et désœuvrés. On y expose des installations vides, des performances absurdes, des œuvres qui ne sont plus que des concepts, des idées sans forme, des bulles de savon destinées à éclater au premier souffle de réalité. Les artistes ? Des influenceurs, des stars des réseaux sociaux, des produits marketing. Les collectionneurs ? Des spéculateurs, des joueurs de casino, des chasseurs de trophées. L’art n’est plus qu’un prétexte, une excuse pour se montrer, pour briller, pour exister dans un monde où tout est marchandise. La « grande semaine de l’art » à Paris ? Une foire aux vanités, un carnaval de l’absurde, une mascarade où l’on célèbre, non pas la beauté ou la vérité, mais le vide, le rien, le néant.
II. Analyse Sémantique : Le Langage de la Supercherie
Regardons les mots, ces traîtres, ces complices de la grande illusion. « Que faire à Paris pendant la grande semaine de l’art ? » : une question qui en dit long. « Que faire » : l’ennui, le désœuvrement, le vide existentiel qui pousse les foules vers les foires comme on pousse les moutons vers l’abattoir. « Paris » : la ville-lumière, la capitale des arts, ce mythe éculé, cette carte postale jaunie par le temps. « Grande semaine de l’art » : une formule creuse, un slogan publicitaire, une appellation contrôlée qui cache mal la réalité d’un business juteux.
Et les mots du milieu : « expo », « vernissage », « performance », « installation ». Des termes vidés de leur sens, des coquilles vides que l’on remplit au gré des modes. Une « performance » ? N’importe quel geste, pourvu qu’il soit filmé et posté sur Instagram. Une « installation » ? N’importe quel objet, pourvu qu’il soit assez absurde pour faire parler. Un « vernissage » ? Une beuverie mondaine où l’on boit du champagne en parlant de « démarche artistique » et de « projet conceptuel ».
Le langage de l’art contemporain est un sabir, un jargon qui sert à masquer l’absence de pensée, l’absence de talent, l’absence de tout. On parle de « transdisciplinarité », de « post-medium condition », de « relational aesthetics » : des concepts fumeux, des néologismes pompeux qui servent à justifier l’injustifiable. Et les critiques, ces prêtres du nouveau culte, manient ces mots comme des incantations, comme des formules magiques destinées à transformer le plomb en or, le néant en chef-d’œuvre.
III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Observons les comportements, ces pantins désarticulés qui dansent sur la scène de la grande foire. Les collectionneurs, ces nouveaux aristocrates, qui achètent des œuvres comme on achète des actions, pour spéculer sur leur valeur future. Les artistes, ces saltimbanques modernes, qui jouent le jeu du marché, qui acceptent de se vendre, de se prostituer, pour une place au soleil. Les visiteurs, ces moutons de Panurge, qui suivent le troupeau, qui applaudissent aux mêmes œuvres, qui s’extasient devant les mêmes provocations.
Et pourtant, dans ce désert, quelques oasis de résistance. Des artistes qui refusent de jouer le jeu, qui préfèrent la marginalité à la compromission. Des critiques qui osent dire non, qui refusent de se soumettre au diktat du marché. Des visiteurs qui cherchent encore, malgré tout, une étincelle de vérité, une lueur d’humanité dans ce monde de faux-semblants.
La résistance ? Elle commence par le refus. Refus de participer à cette mascarade, refus de se laisser berner par les illusions, refus de croire que l’art se réduit à des foires, à des vernissages, à des performances vides. Elle passe par le retour à l’essentiel : la main qui trace, l’œil qui voit, l’esprit qui pense. Elle exige de se souvenir que l’art, avant d’être une marchandise, était une prière, un cri, une révolte.
Mais attention : la résistance n’est pas une posture, un snobisme, une manière de se distinguer du troupeau. Elle est un combat, un engagement, une lutte quotidienne contre les forces de l’abrutissement, de la standardisation, de la marchandisation. Elle exige de regarder le monde en face, avec ses horreurs et ses beautés, et de trouver, malgré tout, une raison d’espérer.
IV. Poème : « La Foire aux Chimères »
Ô Paris, vieille catin aux seins flétris,
Tu déploies tes ors sous les néons blafards,
Tes galeries sont des ventres affamés,
Tes foires, des tripots où l’on joue aux dés pipés.
Ils viennent, les pantins, les marionnettes,
Avec leurs sourires de carton-pâte,
Leurs mains pleines de billets, leurs âmes en loques,
Acheter des rêves en boîte, des illusions en kit.
Regarde-les, ces fantômes en costume trois-pièces,
Ces ombres chinoises sur les murs de la nuit,
Ils parlent de « démarche », de « concept », de « projet »,
Mais ne voient plus les couleurs, ne sentent plus les odeurs.
L’art ? Un mot creux, un son sans écho,
Une bulle de savon qui éclate au premier souffle.
Ils achètent des noms, des signatures, des logos,
Mais pas une once de vérité, pas un gramme de vie.
Et toi, artiste maudit, toi qui résistes encore,
Toi qui refuses de jouer leur jeu,
Toi qui traces des lignes sur le vide,
Toi qui cries ta colère dans le désert,
Sache que ton combat est perdu d’avance,
Que le marché aura toujours le dernier mot,
Mais crie quand même, hurle ta révolte,
Même si personne ne t’entend, même si tout est vain.
Car dans ce monde de faux-semblants,
Dans cette foire aux chimères,
Ta voix est un grain de sable,
Une épine dans le pied du géant.
Et peut-être, un jour, quand tout sera poussière,
Quand les foires seront des déserts,
Quand les galeries seront des ruines,
On se souviendra de ceux qui ont refusé de plier.