ACTUALITÉ SOURCE : Verdun. Scène de violence lors d’une exposition d’œuvres d’art : une femme se jette sur l’artiste – L’Est Républicain
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Verdun, nom maudit, nom sacré, nom qui pue la charogne et la gloire, nom qui résonne comme un coup de canon dans la mémoire des hommes. Verdun, où l’on a enterré des générations sous la boue et les obus, où l’on a transformé la chair en engrais pour les coquelicots. Et c’est là, dans cette ville fantôme, ce cimetière à ciel ouvert, que l’art, ce vieux clown tragique, ce bouffon des rois et des républiques, a encore une fois déclenché la fureur. Une femme se jette sur un artiste. Bien sûr. Pourquoi pas ? L’art, depuis toujours, est une provocation, une insulte, une gifle. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil des abattoirs humains. Mais Verdun, ah ! Verdun, c’est le sel sur la plaie, c’est la cerise sur le gâteau de merde de l’Histoire.
Analysons, si vous le permettez, cette scène grotesque et sublime, ce théâtre de l’absurde où une femme, sans doute habitée par les démons de la mémoire ou par ceux, plus prosaïques, de la folie ordinaire, se rue sur un artiste comme si elle voulait étrangler la beauté elle-même. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’art, cette saloperie sublime, cette merde dorée, cette chose qui nous rappelle que nous sommes des animaux qui rêvent, des vers qui croient toucher les étoiles. L’artiste, ce saltimbanque, ce voleur de feu, ce proxénète des émotions, expose ses tripes, ses obsessions, ses fantasmes, et voilà qu’une femme, une simple mortelle, une spectatrice parmi d’autres, se transforme en furie. Pourquoi ? Parce que l’art, mes chers amis, est une insulte permanente à la médiocrité, une insulte à la résignation, une insulte à la mort.
Mais revenons à Verdun. Pourquoi Verdun ? Parce que Verdun, c’est l’apothéose de la violence organisée, la quintessence de la boucherie humaine. C’est là que l’Europe, cette vieille putain fatiguée, a montré son vrai visage : celui d’un continent qui préfère s’entretuer plutôt que de regarder en face son propre néant. Et c’est dans ce lieu maudit, ce charnier à ciel ouvert, que l’art ose encore se montrer, comme un mendiant qui tendrait son chapeau troué devant les ruines. L’artiste, ce pauvre fou, croit peut-être que sa peinture, sa sculpture, son installation, peut donner un sens à l’horreur. Mais non. L’art ne donne pas de sens. Il ne fait que creuser le trou, élargir la plaie, montrer l’abîme. Et c’est pour cela que la femme se jette sur lui. Parce qu’elle a compris, instinctivement, que l’art est une trahison. Une trahison de la douleur, une trahison de la mémoire, une trahison de la chair.
Les Sept Étapes de la Violence Humaine : De l’Origine à Verdun
Pour comprendre cette scène, il faut remonter aux origines, là où tout a commencé, là où l’homme a découvert qu’il pouvait tuer son semblable et en faire un spectacle. Sept étapes, sept chutes, sept trahisons.
1. La Chute Originelle : Le Meurtre d’Abel
Tout commence avec Caïn et Abel, cette première querelle de famille qui se termine dans le sang. Caïn, le cultivateur, tue Abel, le berger, par jalousie. Pourquoi ? Parce qu’Abel, avec ses offrandes de graisse, plaît à Dieu. Caïn, lui, offre des légumes, et Dieu lui tourne le dos. Alors Caïn tue. Premier meurtre, première violence. Et Dieu, ce grand metteur en scène, ce divin sadique, marque Caïn d’un signe pour que personne ne le tue. Pourquoi ? Pour qu’il vive avec sa culpabilité, pour qu’il porte éternellement le poids de son crime. L’art, depuis ce jour, est une tentative désespérée de donner un sens à cette culpabilité. Les peintures rupestres de Lascaux, les premières sculptures, les premiers chants : tout cela n’est qu’une façon de conjurer la peur, de domestiquer la mort. Mais la violence, elle, reste tapie dans l’ombre, prête à bondir.
2. La Cité et le Sacrifice : Athènes et le Bouc Émissaire
Avec la naissance des cités, la violence se ritualise. À Athènes, on invente la démocratie, mais aussi le théâtre, ce lieu où l’on met en scène les passions humaines pour mieux les exorciser. Sophocle écrit Œdipe Roi, cette tragédie où un homme, sans le savoir, tue son père et épouse sa mère. La foule, dans le théâtre, hurle, pleure, rit. Elle se purge de ses propres démons. Mais en coulisses, la violence continue. Socrate est condamné à boire la ciguë pour avoir corrompu la jeunesse. Pourquoi ? Parce que la vérité est insupportable. L’art, à Athènes, est un exutoire, mais aussi une menace. Il dérange, il provoque, il pousse à la réflexion. Et la réflexion, mes amis, est toujours dangereuse.
3. Le Christianisme et la Crucifixion : L’Art comme Blessure
Avec le christianisme, l’art devient une plaie ouverte. Le Christ en croix, ce supplicié divin, devient le symbole ultime de la souffrance. Les églises se couvrent de fresques, de vitraux, de statues, toutes représentant la Passion. Pourquoi ? Parce que la douleur est sacrée. Parce que la violence, lorsqu’elle est sublimée, devient une voie vers le salut. Mais attention : l’art chrétien n’est pas une consolation. C’est une blessure. Regardez les crucifixions de Grünewald, ces corps décharnés, ces plaies purulentes. Cela ne console pas. Cela terrifie. Cela rappelle à l’homme qu’il est né pour souffrir. Et c’est pour cela que, parfois, on brise les statues, on lacère les tableaux. Parce que l’art chrétien est une insulte à la joie, une insulte à la vie.
4. La Renaissance et le Triomphe de l’Ego : L’Artiste comme Dieu
Avec la Renaissance, l’artiste devient un dieu. Michel-Ange sculpte le David, ce géant de marbre qui défie Goliath. Léonard peint la Joconde, ce sourire énigmatique qui semble se moquer du monde. L’art n’est plus une prière. C’est une affirmation. L’artiste n’est plus un humble serviteur de Dieu. C’est un créateur, un démiurge. Et cela, bien sûr, provoque la colère. Savonarole, ce moine fou, fait brûler les tableaux de Botticelli sur la place publique. Pourquoi ? Parce que la beauté est une tentation, une distraction, une trahison. L’art, à la Renaissance, devient un miroir où l’homme se contemple. Et ce miroir, parfois, renvoie une image insupportable.
5. La Révolution et la Guillotine : L’Art comme Arme
Avec la Révolution française, l’art devient une arme. David peint La Mort de Marat, ce martyr laïc assassiné dans sa baignoire. La peinture n’est plus une prière. C’est un manifeste. L’artiste n’est plus un courtisan. C’est un révolutionnaire. Et la violence, une fois de plus, se déchaîne. Les têtes tombent, les églises sont pillées, les statues des rois sont renversées. Pourquoi ? Parce que l’art, lorsqu’il devient politique, devient dangereux. Il pousse à l’action, il excite les passions, il transforme les hommes en bêtes. Et les bêtes, mes amis, se dévorent entre elles.
6. La Modernité et l’Abjection : L’Art comme Déchet
Au XXe siècle, l’art explose. Duchamp expose un urinoir et l’appelle Fontaine. Picasso peint Guernica, cette fresque monstrueuse où les corps se tordent dans les flammes. L’art n’est plus beau. Il est laid, sale, obscène. Pourquoi ? Parce que le XXe siècle est le siècle des camps, des génocides, des guerres mondiales. L’art ne peut plus être beau. Il doit être vrai. Et la vérité, mes amis, est insupportable. Alors on crache sur les tableaux, on lacère les toiles, on brise les sculptures. Parce que l’art moderne est une insulte à la dignité humaine, une insulte à la raison, une insulte à Dieu.
7. Verdun et l’Art comme Blessure Ouverte
Et nous voilà à Verdun. Verdun, où l’art, une fois de plus, devient une provocation. Une femme se jette sur un artiste. Pourquoi ? Parce que l’art, à Verdun, est une insulte. Une insulte à la mémoire des morts, une insulte à la souffrance des survivants, une insulte à la boue, au sang, aux os brisés. L’artiste, ce pauvre fou, croit peut-être qu’il peut transformer l’horreur en beauté. Mais non. L’horreur reste l’horreur. La boue reste la boue. Et la femme, cette furie, cette victime, cette survivante, se jette sur lui comme si elle voulait l’étrangler, comme si elle voulait étouffer la beauté elle-même. Parce que la beauté, à Verdun, est une trahison.
Analyse Sémantique : Le Langage de la Violence
Regardons les mots. « Une femme se jette sur l’artiste. » Que nous disent-ils ? D’abord, le verbe « se jeter ». Un mouvement brusque, incontrôlé, animal. La femme n’avance pas. Elle ne marche pas. Elle se jette, comme on se jette à l’eau, comme on se jette dans le vide. Ensuite, le mot « femme ». Pourquoi une femme ? Parce que la femme, dans l’imaginaire collectif, est associée à la douceur, à la maternité, à la paix. Une femme qui se jette sur un homme, c’est une inversion des rôles, une transgression. C’est Ève qui attaque Adam, la mère qui dévore son enfant. Enfin, le mot « artiste ». L’artiste, ce mot maudit, ce mot qui sent l’encens et la pourriture. L’artiste, c’est celui qui crée, qui invente, qui ment. Et la femme, cette furie, veut le faire taire.
Mais il y a autre chose. Le lieu : Verdun. Verdun, ce mot qui résonne comme un glas, comme un coup de canon. Verdun, c’est la guerre, la mort, la folie. Et l’art, dans ce contexte, devient une insulte. Une insulte à la mémoire, une insulte à la souffrance. L’artiste, à Verdun, est un profanateur. Il vient avec ses pinceaux, ses couleurs, ses idées, et il veut transformer l’horreur en quelque chose de beau. Mais l’horreur ne peut pas être belle. Elle est ce qu’elle est : une plaie ouverte, une blessure qui ne guérit pas.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Que nous dit cette scène sur la nature humaine ? D’abord, qu’elle est violente. Toujours violente. La violence est notre essence, notre fondement, notre vérité. Nous sommes des animaux qui tuent, qui mentent, qui trahissent. L’art, cette chose fragile, cette illusion, ne peut rien contre cela. Il ne fait que refléter notre folie, notre cruauté, notre désespoir.
Mais il y a autre chose. Il y a la résistance. La femme qui se jette sur l’artiste, c’est aussi une forme de résistance. Une résistance à la beauté, une résistance à l’oubli, une résistance à la trahison. Elle refuse que l’horreur soit transformée en quelque chose de supportable. Elle refuse que la boue de Verdun devienne une peinture, que les cris des mourants deviennent une mélodie. Elle veut que la douleur reste la douleur, que la mort reste la mort. Et dans ce refus, il y a une forme de dignité, une forme de courage.
L’artiste, lui, est un traître. Un traître à la mémoire, un traître à la souffrance. Il veut embellir l’horreur, il veut donner un sens à l’absurdité. Mais l’horreur n’a pas de sens. La souffrance n’a pas de beauté. Et c’est pour cela que la femme se jette sur lui. Parce qu’elle a compris, instinctivement, que l’art est une trahison. Une trahison de la vérité, une trahison de la douleur, une trahison de la vie.
Mais attention. Ne nous y trompons pas. La violence de cette femme n’est pas seulement une réaction à l’art. C’est aussi une réaction à la société, à ce monde qui nous pousse à oublier, à tourner la page, à passer à autre chose. Nous vivons dans une époque qui veut tout transformer en divertissement, en spectacle, en consommation. L’art, aujourd’hui, est souvent une marchandise, une décoration, un accessoire. Et la femme de Verdun, cette furie, cette victime, cette survivante, refuse cela. Elle refuse que l’horreur de la guerre soit transformée en une jolie peinture, en une installation branchée, en un sujet de conversation pour les dîners en ville.
Alors, que faire ? Faut-il renoncer à l’art ? Faut-il le jeter aux orties, le brûler, le piétiner ? Non. Parce que l’art, malgré tout, malgré sa trahison, malgré sa vanité, est aussi une forme de résistance. Une résistance à la barbarie, une résistance à l’oubli, une résistance à la mort. L’art, même lorsqu’il ment, même lorsqu’il embellit, nous rappelle que nous sommes des êtres qui rêvent, qui souffrent, qui aiment. Et cela, mes amis, est peut-être la seule chose qui nous sauve de la folie.
Alors oui, la femme de Verdun a raison de se jeter sur l’artiste. Parce qu’elle a compris que l’art, parfois, est une insulte. Mais nous, nous devons continuer à créer, à peindre, à écrire, à sculpter. Parce que l’art, malgré tout, est notre seule arme contre le néant. Notre seule prière, notre seul blasphème, notre seule vérité.
Analogie finale : Poème
Verdun, mon amour, ma putain,
Ton sol est gras de nos entrailles,
Tes arbres boivent nos sanglots,
Tes rats mangent nos funérailles.
L’artiste vient avec ses pinceaux,
Il veut peindre nos agonies,
Mais la boue crache sur ses toiles,
Et la femme hurle : « Assez ! Assez ! »
Elle se jette, elle mord, elle griffe,
Comme une louve enragée,
Elle veut tuer la beauté,
Elle veut tuer l’oubli, la paix.
Mais l’artiste, ce vieux clown,
Ce bouffon des rois et des républiques,
Continue à peindre, à rire, à pleurer,
Sur les ruines de nos tragédies.
Verdun, mon amour, ma putain,
Tu es le miroir de notre folie,
Tu es la plaie qui ne se referme pas,
Tu es la vérité qui nous défie.