Œuvres monumentales et expérience immersive au centre d’art contemporain – ladepeche.fr







Laurent Vo Anh – L’Immersion ou l’Art de Noyer le Poisson dans le Spectacle


ACTUALITÉ SOURCE : Œuvres monumentales et expérience immersive au centre d’art contemporain – ladepeche.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! L’immersion, ce mot-valise qui sent la piscine municipale et le bain de foule, ce concept mou comme un oreiller de plume sous lequel on étouffe les dernières braises de la pensée critique. On nous parle d’œuvres « monumentales » comme si la taille faisait la grandeur, comme si l’art devait désormais se mesurer en mètres carrés et en décibels, comme si le spectateur, ce pauvre hère égaré dans le temple du contemporain, n’était plus qu’un rat de laboratoire qu’on noie sous les stimuli pour mieux étudier ses réflexes pavlovien. L’immersion, mes chers contemporains, n’est rien d’autre que la dernière ruse d’un système artistique à bout de souffle, qui préfère nous engloutir dans le bruit et la fureur plutôt que de risquer un face-à-face avec le silence et la vérité.

Mais allons plus loin, creusons cette fosse commune où gisent les illusions de la modernité, retraçons cette longue déchéance qui nous a menés des grottes de Lascaux aux caves climatisées des centres d’art contemporain, où l’on nous vend du rêve en kit, du sublime en promo, de l’émotion en sachet individuel. Sept étapes, sept chutes, sept trahisons – voici l’histoire de l’art, cette longue descente aux enfers où chaque génération croit inventer la roue alors qu’elle ne fait que polir les chaînes qui l’entravent.

I. Les Origines : L’Art comme Acte Magique et Sacrifice (Paléolithique – Antiquité)

Au commencement était l’image, et l’image était violence. Les premiers artistes, ces sorciers des temps anciens, ne peignaient pas pour décorer, mais pour agir. Les bisons de Lascaux ne sont pas des tableaux, ce sont des incantations, des pièges tendus à la réalité. L’art, ici, est un couteau planté dans le flanc du monde. Comme le note Mircea Eliade, « l’homme archaïque ne distingue pas le symbole de la réalité symbolisée » – peindre un animal, c’est déjà le posséder, le dominer, le sacrifier. L’immersion n’est pas une option, elle est une nécessité : l’artiste et le spectateur ne font qu’un, engloutis dans le même rituel sanglant.

Anecdote édifiante : on raconte que les peintres des grottes préhistoriques travaillaient à la lueur des torches, leurs ombres dansant sur les parois comme des démons familiers. Ils crachaient la couleur, mélangeaient les pigments avec leur salive, leurs sueurs, leurs peurs. L’œuvre n’était pas un objet à contempler, mais un acte à accomplir, une offrande jetée dans les entrailles de la terre. Comparez cela aux « expériences immersives » d’aujourd’hui, où des projecteurs à 360° vomissent des images pré-mâchées sur des murs aseptisés, et vous comprendrez que nous sommes passés de la magie à la masturbation collective.

II. La Grèce Antique : L’Art comme Idéal et Mensonge (Ve siècle av. J.-C.)

Avec les Grecs, l’art se civilise – et se ment à lui-même. Plus de bêtes hurlantes, plus de chamans en transe : voici venir l’idéal, la mesure, la kalokagathia, cette beauté qui est aussi bonté, cette perfection qui n’est qu’un leurre. Platon, dans La République, chasse les artistes de sa cité idéale : ils sont des menteurs, des illusionnistes, des fabricants de simulacres. « L’art, dit-il, est un pharmakon – à la fois remède et poison. » Les statues de Phidias, les tragédies d’Eschyle, ces œuvres qui nous semblent aujourd’hui si nobles, si « pures », ne sont que les premiers pas d’une longue hypocrisie : l’art se donne pour mission de représenter le beau, le vrai, le bien, alors qu’il n’est qu’un miroir déformant, un écran de fumée.

Prenez le Parthénon : ces colonnes, ces frises, ces proportions parfaites – tout cela n’est qu’une façade, une propagande en marbre pour une démocratie qui repose sur l’esclavage et la guerre. L’immersion, ici, est une escroquerie : on nous invite à admirer la beauté d’un monde qui n’existe pas, tandis que derrière le décor, les hommes s’entretuent pour des morceaux de terre et des idées creuses. Les Grecs inventent le kitsch sans le savoir : l’art comme décoration, comme ornement, comme cache-misère.

III. Le Moyen Âge : L’Art comme Soumission et Terreur (Ve – XVe siècle)

L’Église prend le relais, et l’art devient un instrument de terreur. Plus de statues idéalisées, plus de tragédies : voici les cathédrales, ces monstres de pierre qui écrasent l’homme sous le poids de Dieu. Les vitraux, les fresques, les tympans sculptés – tout est conçu pour impressionner, pour écraser, pour soumettre. Comme l’écrit Georges Duby, « l’art médiéval est un art de la peur ». Les damnés de la Porte de l’Enfer de Notre-Dame ne sont pas des personnages, ce sont des avertissements. L’immersion, ici, est une noyade : le fidèle est plongé dans un univers de symboles menaçants, où chaque image est une épée suspendue au-dessus de sa tête.

Anecdote glaçante : au XIIIe siècle, un moine anonyme écrit dans ses carnets que les artistes qui travaillent à la décoration des cathédrales sont souvent frappés de folie ou de cécité. La lumière divine, dit-il, est trop forte pour les yeux des mortels. On croirait entendre un critique d’art contemporain décrivant les effets secondaires des installations lumineuses de James Turrell. Plus ça change…

IV. La Renaissance : L’Art comme Vanité et Marchandise (XVe – XVIe siècle)

Voici venir l’homme, mesure de toute chose. La Renaissance, ce grand réveil, cette prétendue « naissance » de l’individu, n’est qu’une gigantesque opération de marketing. Les Médicis ne sont pas des mécènes, ce sont des investisseurs. Michel-Ange ne sculpte pas pour la gloire de Dieu, mais pour celle des banquiers florentins. L’art devient une monnaie d’échange, un signe extérieur de richesse, un placement comme un autre. Comme le note Jacob Burckhardt, « l’homme de la Renaissance est un homme qui se regarde dans un miroir et qui s’y plaît ».

L’immersion, ici, est une illusion d’optique : les perspectives de Piero della Francesca, les trompe-l’œil de Mantegna, les jeux de lumière du Caravage – tout est conçu pour donner l’illusion de la profondeur, de la réalité, alors qu’il ne s’agit que de surfaces, de mensonges, de pièges pour les gogos. Le spectateur est invité à entrer dans le tableau, à se perdre dans l’illusion, comme un enfant qui croit aux contes de fées. Mais derrière le rideau, il n’y a que des marchands et des princes qui comptent leurs écus.

V. Le Romantisme : L’Art comme Opium et Narcissisme (XVIIIe – XIXe siècle)

Les Lumières ont échoué, la Révolution a tourné au bain de sang, et voici que l’art devient une drogue. Les romantiques, ces grands enfants gâtés, inventent le culte de l’émotion, de l’individu, du génie incompris. Delacroix, Byron, Wagner – tous ces poseurs qui croient que la souffrance est une preuve de talent. Comme le dit Schopenhauer, « l’art est un calmant pour la volonté, un opium qui nous fait oublier la misère de l’existence ».

L’immersion romantique est une noyade dans le moi : le spectateur n’est plus invité à contempler une œuvre, mais à s’y mirer, à y reconnaître ses propres tourments, ses propres illusions. Les paysages de Friedrich, ces déserts de glace et de brume, ne sont que des projections de l’âme tourmentée de l’artiste. L’art n’est plus un miroir du monde, mais un miroir tendu vers le nombril de l’artiste. Et le public, ce grand naïf, s’y contemple avec délices, comme Narcisse au bord de l’eau.

VI. L’Avant-Garde : L’Art comme Provocation et Impuissance (XXe siècle)

Dada, le surréalisme, l’art conceptuel – voici venir les clowns tristes de la modernité. Plus d’émotion, plus de beauté, plus de sens : l’art doit désormais choquer, déranger, provoquer. Mais comme le note Adorno, « après Auschwitz, écrire un poème est barbare ». Les avant-gardes croient briser les règles, mais elles ne font que jouer le jeu du système. Duchamp expose un urinoir et croit révolutionner l’art, mais il ne fait que donner des armes aux marchands et aux collectionneurs. Warhol multiplie les portraits de Marilyn et croit dénoncer la société de consommation, mais il en devient le prophète.

L’immersion, ici, est une farce : les installations de Yayoi Kusama, ces salles remplies de miroirs et de pois, ne sont que des pièges à selfies, des attractions foraines pour adultes attardés. L’art contemporain n’est plus qu’un parc d’attractions pour bobos en mal de sensations, un Disneyland de la provocation où l’on vient s’extasier devant des tas de détritus en se disant que c’est « profond ».

VII. Le Contemporain : L’Art comme Spectacle et Anesthésie (XXIe siècle)

Nous y voilà. L’art contemporain, ce grand cirque où l’on nous vend de l’immersion comme on vendait autrefois des indulgences. Les centres d’art sont des supermarchés de l’émotion, où le spectateur, ce consommateur passif, vient chercher sa dose de sublime en sachet individuel. Les œuvres « monumentales » ne sont que des décors de cinéma, des illusions d’optique pour gogos pressés. Comme le dit Jean Baudrillard, « le simulacre n’est plus ce qui cache la vérité, il est la vérité qui cache qu’il n’y en a pas ».

L’immersion, aujourd’hui, est une noyade dans le vide. On nous plonge dans des univers virtuels, on nous bombarde de sons et d’images, on nous fait croire que nous vivons une « expérience », alors qu’on ne fait que nous anesthésier, nous distraire, nous empêcher de penser. L’art n’est plus un miroir tendu vers le monde, mais un écran de fumée, un rideau de fer qui nous sépare de la réalité. Et le public, ce grand complice, applaudit, prend des photos, partage sur les réseaux sociaux, et retourne à sa petite vie étriquée, content d’avoir « vécu quelque chose ».

Analyse Sémantique : Le Langage comme Piège et comme Arme

Regardons les mots, ces petits soldats de la pensée unique. « Immersion » – le terme est révélateur. Il évoque la plongée, la noyade, l’engloutissement. On ne parle plus de contemplation, de réflexion, de dialogue : il s’agit de se laisser porter, de se laisser submerger, de devenir passif, docile, malléable. Le langage de l’art contemporain est un langage de la soumission : « expérience », « interactivité », « participation » – tous ces termes qui fleurent bon la démocratie participative et le management moderne ne sont que des leurres pour masquer une réalité sordide : l’art n’est plus qu’un produit, le spectateur n’est plus qu’un client, et l’œuvre n’est plus qu’un prétexte à consommer.

Pire encore : ce langage est un langage de la violence. « Monumental » – le mot sent la pierre tombale, le mausolée, l’écrasement. Une œuvre monumentale n’est pas une œuvre qui élève, c’est une œuvre qui écrase, qui domine, qui impose. Comme le note Roland Barthes, « le langage est fasciste » : il ne se contente pas de décrire le monde, il le prescrit, il le façonne, il le violente. Et nous, pauvres hères, nous nous soumettons à cette violence avec délices, nous léchons les bottes de nos bourreaux en nous extasiant devant leurs « expériences immersives ».

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Face à cette déchéance, que faire ? Se soumettre, comme le bon consommateur que le système attend ? Ou résister, comme ces fous qui croient encore à la puissance subversive de l’art ? Le comportementalisme moderne, cette science de la manipulation des masses, nous a appris une chose : l’homme est un animal conditionnable, un rat de laboratoire qui réagit aux stimuli. Les centres d’art contemporain ne sont rien d’autre que des laboratoires où l’on teste de nouvelles formes de contrôle social. L’immersion n’est pas une libération, c’est une camisole chimique.

Mais il reste une lueur d’espoir, une faille dans le système : l’homme n’est pas seulement un animal conditionnable, il est aussi un animal qui doute, qui se rebelle, qui refuse. Comme le dit Camus, « la révolte est le refus d’être traité en objet ». Alors, comment résister ? En refusant l’immersion, en refusant la passivité, en refusant de se laisser engloutir. L’art véritable n’est pas une expérience, c’est un combat. Ce n’est pas une noyade, c’est une lutte. Ce n’est pas un spectacle, c’est un miroir tendu vers nos visages, nos mensonges, nos lâchetés.

Alors, la prochaine fois qu’on vous proposera une « expérience immersive », souvenez-vous de Lascaux, souvenez-vous des cathédrales, souvenez-vous des urinoirs de Duchamp. Souvenez-vous que l’art n’est pas un produit, mais un acte. Et que si vous voulez vraiment vivre une expérience, il suffit d’ouvrir les yeux – le monde est là, devant vous, dans toute sa beauté et toute sa laideur, et il n’a besoin ni de projecteurs ni de haut-parleurs pour vous engloutir.

Les Noyés du Contemporain

Ils ont bâti des cathédrales de néons,
Des autels où l’on prie en clignant des yeux,
Des labyrinthes sans Minotaure,
Où l’on tourne en rond comme des rats affamés.

Ils ont vendu des rêves en kit,
Des émotions en sachet sous vide,
Des frissons garantis sans danger,
Des larmes en plastique, des rires en conserve.

Ils nous ont plongés dans le bruit,
Dans la fureur des écrans qui hurlent,
Dans le vertige des pixels qui dansent,
Dans l’ivresse des couleurs qui mentent.

Nous flottons, poissons rouges dans un bocal,
Le nez collé contre la vitre du monde,
Les ouïes pleines de musique synthétique,
Les écailles luisantes de mensonges.

Mais parfois, dans le silence qui perce,
Dans la faille entre deux images,
Dans le hoquet d


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