Municipales 2026 : ce que change cette année la réforme du mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille – Le Monde.fr







Laurent Vo Anh – La Démocratie en Miettes : Réforme Electorale et Décomposition du Pouvoir


ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 : ce que change cette année la réforme du mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Les municipales, ce grand carnaval des vanités locales, cette foire aux illusions où l’on vend du rêve en promo à coups de bulletins de vote et de promesses en papier mâché ! La réforme du mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille, vous dites ? Mais c’est bien plus qu’une simple modification administrative, mes chers contemporains égarés dans le labyrinthe de la démocratie spectacle ! C’est le symptôme d’une maladie bien plus profonde, une métastase dans le corps déjà bien malade de notre système politique. Une maladie qui ronge les entrailles de la Cité depuis que l’homme a cru bon de se parquer dans des enclos urbains pour mieux s’entretuer par procuration.

Permettez-moi, avant de disséquer cette réforme comme un anatomiste fou dissèque un cadavre encore tiède, de vous emmener dans un voyage à travers les sept âges de la décomposition démocratique. Car cette réforme, voyez-vous, n’est que la dernière convulsion d’un système qui a depuis longtemps perdu son âme, si tant est qu’il en ait jamais eu une.

I. Les Sept Âges de la Démocratie en Décomposition

1. L’Âge des Origines : La Cité comme Abattoir Élitiste (Athènes, Ve siècle av. J.-C.)

Ah ! Athènes, berceau de la démocratie, disent-ils ! Mais quelle démocratie, grands dieux ? Une démocratie où seuls les hommes libres, propriétaires et nés de parents athéniens avaient le droit de participer à l’Ecclesia. Une démocratie où les femmes, les métèques et les esclaves – c’est-à-dire la majorité de la population – étaient exclus du jeu politique. Socrate, ce vieux fou sublime, en a fait les frais : condamné à boire la ciguë pour « corruption de la jeunesse » et « impiété ». Ironie du sort, c’est précisément parce qu’il remettait en question les fondements de cette démocratie de façade qu’il fut exécuté. Platon, dans La République, ne s’y trompe pas : pour lui, la démocratie athénienne n’est qu’une forme dégénérée de gouvernement, un régime où les passions l’emportent sur la raison, où la populace, manipulée par des démagogues, finit par lyncher ses meilleurs éléments. Déjà, à l’aube de notre histoire politique, le ver était dans le fruit.

2. L’Âge des Communes : La Révolte des Rats contre les Rats (Moyen Âge, XIe-XVe siècles)

Les communes médiévales, ces premières tentatives de self-government urbain, naissent dans un contexte de révolte contre l’autorité seigneuriale. Mais ne vous y trompez pas : il ne s’agit pas d’une libération du peuple, mais d’une lutte de pouvoir entre élites. Les bourgeois, enrichis par le commerce, veulent leur part du gâteau et arrachent des chartes communales aux seigneurs. À Florence, les luttes entre guelfes et gibelins, entre familles patriciennes, transforment la ville en un champ de bataille permanent. Machiavel, dans Le Prince, décrit avec une lucidité cynique comment le pouvoir se conquiert et se conserve dans un monde où la morale n’a pas sa place. « Dans les actions de tous les hommes, et surtout des princes, où il n’y a point de tribunal auquel on puisse en appeler, on regarde à la fin », écrit-il. La politique locale, déjà, est une affaire de fins, jamais de moyens. Les municipales modernes ne sont que la version aseptisée de ces luttes sanglantes.

3. L’Âge des Révolutions : Le Peuple comme Chair à Canon (XVIIIe-XIXe siècles)

La Révolution française ! Quel beau mensonge ! On nous vend la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen comme l’acte de naissance de la démocratie moderne, mais c’est oublier un peu vite que cette déclaration fut écrite par des bourgeois pour des bourgeois. Robespierre, ce puritain sanguinaire, envoie à la guillotine des milliers de personnes au nom de la Vertu. La Terreur n’est pas un accident de parcours, mais la conséquence logique d’un système qui prétend représenter le peuple tout en le méprisant profondément. Tocqueville, dans L’Ancien Régime et la Révolution, montre comment la centralisation administrative, déjà à l’œuvre sous la monarchie, s’est poursuivie sous la République. Les municipalités, vidées de leur substance, deviennent de simples rouages de l’État. La démocratie locale ? Une coquille vide, un hochet pour calmer les ardeurs révolutionnaires du bon peuple.

4. L’Âge des Masses : La Démocratie comme Spectacle (XXe siècle)

Avec l’avènement du suffrage universel, la démocratie devient un spectacle de masse. Les élections municipales, comme les autres, se transforment en une gigantesque foire aux vanités où les candidats rivalisent de promesses creuses et de slogans vides. Walter Lippmann, dans Public Opinion, dénonce dès 1922 la manipulation des masses par les médias et les élites. « Le public n’est pas une entité rationnelle, mais une foule émotive, facilement manipulable », écrit-il. Les partis politiques, ces machines à broyer les individualités, transforment les citoyens en simples électeurs, interchangeables et dociles. À Marseille, Lyon ou Paris, les mêmes combines, les mêmes magouilles, les mêmes trahisons se répètent inlassablement. La réforme du mode de scrutin ? Une simple redistribution des cartes dans un jeu truqué depuis le début.

5. L’Âge du Néolibéralisme : La Démocratie comme Marché (Années 1980-2000)

Avec l’avènement du néolibéralisme, la démocratie locale devient un marché comme un autre. Les villes sont gérées comme des entreprises, les citoyens comme des clients, les élus comme des managers. Margaret Thatcher, cette dame de fer sans cœur, résume cette philosophie d’une phrase : « There is no such thing as society. » Il n’y a que des individus et des familles, des consommateurs et des producteurs. Les municipalités, dans cette optique, ne sont que des prestataires de services. La réforme du scrutin à Paris, Lyon et Marseille s’inscrit dans cette logique : il s’agit d’optimiser la gestion des territoires, de rationaliser la représentation, de rendre le système plus « efficace ». Efficace pour qui ? Pour les promoteurs immobiliers, les grands groupes de BTP, les investisseurs internationaux. Jamais pour les citoyens, réduits au rôle de figurants dans un grand spectacle urbain.

6. L’Âge du Numérique : La Démocratie comme Algorithme (Années 2010-2020)

Avec l’irruption du numérique, la démocratie locale devient un terrain de jeu pour les data scientists et les experts en marketing politique. Les campagnes électorales se gagnent désormais à coups de big data, de micro-ciblage et de fake news. Cambridge Analytica, cette entreprise de manipulation de masse, a montré comment on pouvait influencer une élection en exploitant les données personnelles des électeurs. À Paris, Lyon ou Marseille, les candidats utilisent les mêmes techniques : des messages personnalisés, des promesses ciblées, une communication aseptisée, lissée, sans aspérités. La réforme du scrutin, dans ce contexte, n’est qu’un ajustement technique pour mieux adapter le système aux nouvelles règles du jeu. Mais le jeu reste le même : une mascarade où les citoyens sont réduits à des profils Facebook, des données à exploiter, des voix à capter.

7. L’Âge de la Décomposition : La Démocratie comme Farce (Années 2020-…)

Nous y voilà. L’âge de la décomposition. La démocratie locale n’est plus qu’une farce, un théâtre d’ombres où les élus jouent des rôles éculés devant un public blasé. Les municipales de 2026, avec leur réforme du scrutin, ne sont qu’une nouvelle scène de cette comédie macabre. À Paris, Lyon et Marseille, on nous promet plus de « proximité », plus de « représentativité », plus de « transparence ». Mais qui peut encore croire à ces mots ? La proximité ? Une illusion, quand les décisions sont prises dans les backrooms des partis ou dans les conseils d’administration des multinationales. La représentativité ? Une blague, quand les élus passent plus de temps à serrer des mains qu’à écouter leurs administrés. La transparence ? Un leurre, quand les comptes des campagnes électorales sont aussi opaques que les contrats des grands groupes.

La réforme du mode de scrutin n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Elle ne changera rien à l’essence du système : une machine à broyer les rêves, à étouffer les révoltes, à normaliser les renoncements. Les arrondissements de Paris, les secteurs de Lyon, les secteurs de Marseille : autant de cages dorées où les citoyens sont parqués comme du bétail électoral. On nous parle de « démocratie participative », de « budgets citoyens », de « concertations ». Mais derrière ces mots se cache toujours la même réalité : un système conçu pour que rien ne change, pour que les mêmes continuent à tirer les ficelles, pour que le peuple reste à sa place, c’est-à-dire nulle part.

II. Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Soumission Massive

Examinons maintenant les mots, ces armes subtiles qui façonnent notre perception du monde. La réforme du scrutin utilise un lexique soigneusement choisi pour endormir les esprits critiques. « Proximité », « représentativité », « transparence » : ces termes, vidés de leur sens par des décennies de novlangue politique, ne sont plus que des coquilles vides, des leurres pour attirer les électeurs dans les filets du système.

Prenons le mot « proximité ». Que signifie-t-il, au juste ? Dans le discours politique, il désigne cette illusion selon laquelle un élu, parce qu’il est « proche » de ses administrés, les comprend et les représente. Mais la proximité, dans une société atomisée comme la nôtre, n’est qu’une fiction. Les élus, même ceux des arrondissements ou des secteurs, vivent dans un monde à part, un monde de cocktails, de réunions feutrées, de réseaux d’influence. Leur « proximité » avec les citoyens n’est qu’une posture, un rôle qu’ils jouent le temps d’une campagne électorale. Une fois élus, ils retournent à leurs affaires, laissant les citoyens à leurs illusions.

« Représentativité » : voici un autre mot magique. La réforme promet une meilleure représentativité des territoires. Mais qu’est-ce que la représentativité, sinon une autre illusion ? Un élu, aussi bien intentionné soit-il, ne peut représenter la diversité des opinions, des intérêts, des aspirations d’un territoire. Il ne représente, au mieux, qu’une fraction de la population, celle qui a voté pour lui. Les autres ? Les abstentionnistes, les déçus, les révoltés ? Ils n’ont pas voix au chapitre. La représentativité, dans une démocratie, n’est qu’un leurre pour masquer l’exclusion de ceux qui ne rentrent pas dans le moule.

« Transparence » : ce mot est peut-être le plus cynique de tous. La transparence, dans le discours politique, est toujours promise, jamais réalisée. On nous parle de transparence des comptes, de transparence des décisions, de transparence des débats. Mais la transparence, dans un système aussi opaque que le nôtre, est une chimère. Les décisions sont prises dans l’ombre, les négociations se font en coulisses, les compromis se monnayent en secret. La transparence n’est qu’un mot pour calmer les ardeurs des citoyens, un os à ronger pour les empêcher de mordre la main qui les nourrit.

Et que dire de ces « secteurs » et « arrondissements » qui découpent les villes comme on découpe un gâteau ? Ces termes, en apparence neutres, sont en réalité des outils de contrôle. Ils permettent de fragmenter les territoires, de diviser les populations, de mieux les gérer. Un arrondissement, un secteur : autant de cages où les citoyens sont enfermés, où leurs revendications sont étouffées, où leurs révoltes sont canalisées. La réforme du scrutin ne fait que renforcer ce découpage, cette fragmentation, cette atomisation du corps social.

III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Face à cette mascarade, que faire ? Faut-il se résigner, baisser les bras, accepter que la démocratie ne soit plus qu’un mot creux, une coquille vide ? Non. La résistance est possible, mais elle doit être radicale. Elle doit s’attaquer aux racines du mal, pas à ses symptômes.

Le comportementalisme politique, cette science qui étudie comment les citoyens réagissent aux stimuli politiques, nous montre que les électeurs sont des êtres éminemment manipulables. Les campagnes électorales sont conçues comme des machines à influencer, à conditionner, à formater les esprits. Les candidats utilisent des techniques de marketing, des stratégies de communication, des outils psychologiques pour capter l’attention, susciter l’adhésion, provoquer le vote. La réforme du scrutin, en modifiant les règles du jeu, ne fait que renforcer cette logique comportementaliste. Elle adapte le système aux nouvelles techniques de manipulation, aux nouveaux outils de contrôle.

Mais la résistance est possible. Elle passe d’abord par une prise de conscience : la démocratie locale, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, n’est qu’une illusion. Elle passe ensuite par un refus : refus de participer à cette mascarade, refus de jouer le jeu des partis, refus de se laisser manipuler par les discours politiques. Elle passe enfin par une réinvention : réinvention des formes de participation, réinvention des modes d’action, réinvention des utopies.

Les ZAD, les communes libres, les assemblées citoyennes, les mouvements de désobéissance civile : autant de formes de résistance qui montrent que d’autres modèles sont possibles. À Notre-Dame-des-Landes, à Bure, à Sivens, des citoyens ont refusé le jeu politique traditionnel pour inventer de nouvelles formes de démocratie directe, de gestion collective, de résistance créative. Ces expériences, aussi fragiles soient-elles, montrent que la démocratie n’est pas morte. Elle est simplement en train de se réinventer, loin des urnes et des partis, dans les marges, dans les interstices, dans les failles du système.

La résistance humaniste, c’est aussi une question de langage. Il faut refuser la novlangue politique, ces mots creux qui endorment les esprits. Il faut réinvestir le langage, lui redonner sa puissance subversive, sa capacité à nommer le réel, à dévoiler les mensonges, à révéler les contradictions. Il faut parler vrai, même si cela dérange, même si cela blesse. Il faut dire que la démocratie locale est une illusion, que les élus sont des pantins, que le système est pourri jusqu’à la moelle. Il faut le dire haut et fort, sans fard, sans concession.

Enfin, la résistance passe par une réappropriation des territoires. Les villes ne sont pas des machines à produire, à consommer, à voter. Ce sont des espaces de vie, de création, de résistance. Il faut les réinvestir, les occuper, les transformer. Les jardins partagés, les squats, les ateliers autogérés, les fêtes de quartier : autant de formes de réappropriation qui montrent que la ville peut être autre chose qu’un terrain de jeu pour les promoteurs immobiliers et les élus corrompus. La réforme du scrutin ne changera rien à cette réalité : la ville appartient à ceux qui la vivent, pas à ceux qui la gèrent.

La résistance


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