ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 : les élections sont à vivre sur France Inter – Accueil | Radio France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les municipales ! Ce grand carnaval des édiles locaux, cette foire aux vanités où l’on vend du rêve en kit, du « changement » en promo, de l’ »avenir » en soldes. France Inter, ce temple de la bien-pensance radiophonique, nous annonce déjà la grand-messe électorale de 2026 comme une « expérience à vivre ». Expérience ? Oui, celle de l’abrutissement collectif, de la lobotomie par bulletin de vote, de la danse macabre autour de l’urne sacrée. On nous parle de « vivre » ces élections comme on nous vendrait un voyage organisé en enfer : avec des sourires en plastique, des promesses en carton-pâte et des lendemains qui déchantent avant même d’avoir chanté.
Mais au-delà de cette mascarade médiatique, de cette pantomime démocratique où les mêmes marionnettes agitent les mêmes ficelles depuis des lustres, il y a une vérité crasse, une réalité puante que personne n’ose renifler de trop près. Les municipales, comme toutes les élections, ne sont que le symptôme d’une maladie plus profonde : l’incapacité chronique de l’humanité à se gouverner autrement que par la farce, le mensonge et la lâcheté. Analysons donc cette pathologie, cette gangrène qui ronge nos sociétés depuis que l’homme a troqué sa massue contre une carte d’électeur.
I. Les Sept Étapes de la Démocratie : Du Mythe à la Décomposition
1. Les Origines : Le Péché Originel de la Cité
Tout commence dans la boue d’Athènes, vers 508 avant notre ère. Clisthène, ce noble athénien, invente la démocratie comme on invente une nouvelle recette de soupe : avec des restes et beaucoup d’illusions. « Le peuple au pouvoir ! » clame-t-on. Sauf que le « peuple », à l’époque, c’est une poignée de citoyens mâles, libres et propriétaires. Les femmes, les esclaves, les métèques ? Des ombres dans l’agora. Aristote, ce grand naïf, théorise cette mascarade dans La Politique : « L’homme est un animal politique. » Oui, et le cochon est un animal gastronomique, mais on ne lui demande pas son avis avant de le saigner. La démocratie athénienne, c’est le premier grand mensonge de l’histoire : une oligarchie déguisée en utopie.
2. La Chute de Rome : Quand la République Devient Farce
Rome nous offre le deuxième acte de cette tragédie. La République romaine, avec son Sénat, ses tribuns de la plèbe, ses élections annuelles, est souvent présentée comme un modèle. Sauf que cette « démocratie » est une machine à broyer les pauvres, à enrichir les patriciens, à corrompre les esprits. Cicéron, ce pleurnichard en toge, passe son temps à geindre sur la décadence des mœurs tout en participant allègrement au système. « Ô tempora, ô mores ! » s’exclame-t-il. Oui, Cicéron, les temps sont pourris, et tu en es l’un des vers les plus gras. La République romaine finit en boucherie, avec César qui joue les dictateurs éclairés avant de se faire poignarder par ses petits copains sénateurs. Moralité : quand la démocratie devient ingouvernable, on sort les couteaux.
3. Le Moyen Âge : Le Silence des Urnes
Puis vient le Moyen Âge, cette longue nuit où l’Europe oublie jusqu’au concept de démocratie. L’Église et les seigneurs règnent en maîtres, et le peuple ? Il prie, il travaille, il crève. Pas de bulletins de vote, pas de campagnes électorales, juste la loi du plus fort et la résignation des faibles. Thomas d’Aquin, ce théologien en surplis, théorise la soumission au pouvoir en place : « Tout pouvoir vient de Dieu. » Bien sûr, Thomas, et la peste aussi, sans doute. Pourtant, dans l’ombre des cathédrales, dans les ruelles des villes libres, quelque chose gronde. Les communes, les guildes, les premières formes d’autogestion locale émergent. La démocratie n’est pas morte, elle pourrit en silence, comme un cadavre dans un champ, attendant son heure.
4. La Renaissance : Le Retour des Charlatans
La Renaissance, ce grand réveil des arts et des lettres, voit aussi le retour des beaux parleurs. Machiavel, ce génie cynique, écrit Le Prince et nous explique que la politique, c’est l’art de mentir avec élégance. « La fin justifie les moyens », nous dit-il. Traduction : peu importe que tu voles, que tu trompes, que tu assassines, du moment que tu gardes le pouvoir. Les cités italiennes, Florence en tête, deviennent des laboratoires de la démocratie… ou plutôt de son simulacre. Les Médicis règnent en maîtres, manipulant les élections, achetant les votes, éliminant les opposants. La démocratie renaissante, c’est une putain bien habillée : tout le monde sait qu’elle se vend, mais on fait semblant de croire à son innocence.
5. La Révolution Française : Le Bain de Sang Démocratique
1789. Le peuple se soulève, les têtes roulent, et la démocratie devient une religion. Robespierre, ce petit avocat véreux, instaure la Terreur au nom de la Vertu. « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », proclame-t-il avant d’envoyer ses opposants à la guillotine. Rousseau, ce rêveur en perruque, avait pourtant prévenu dans Du Contrat Social : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » La Révolution française, c’est la preuve que quand le peuple prend le pouvoir, il ne sait qu’en faire : il le confie à des fous, à des tyrans, à des incapables. La démocratie, c’est comme l’alcool : ça monte à la tête, et ça rend con.
6. Le XIXe Siècle : L’Âge d’Or des Démagogues
Le XIXe siècle voit l’explosion des démocraties modernes. En France, en Angleterre, aux États-Unis, le suffrage s’élargit, les partis se structurent, les campagnes électorales deviennent des spectacles. Tocqueville, ce noble désabusé, observe l’Amérique dans De la Démocratie en Amérique et voit déjà les dangers de la « tyrannie de la majorité ». « Les peuples veulent l’égalité dans la liberté, et s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage », écrit-il. Les élections deviennent des machines à fabriquer du consentement. Les candidats promettent la lune, les électeurs gobent les promesses, et les gouvernements font ce qu’ils veulent. La démocratie, c’est le grand cirque où les clowns sont au pouvoir et les spectateurs applaudissent.
7. Le XXe Siècle : La Démocratie en Kit
Le XXe siècle, ce siècle de sang et de folie, voit la démocratie triompher… et se vider de son sens. Deux guerres mondiales, des génocides, des dictatures, et pourtant, partout, on brandit le drapeau de la démocratie comme une relique sacrée. Les États-Unis exportent leur modèle comme on exporte des hamburgers : en gros, en gras, et sans saveur. En France, la Ve République instaure un régime présidentiel où un seul homme concentre plus de pouvoir que Louis XIV. Les élections deviennent des shows télévisés, les candidats des produits marketing, les électeurs des consommateurs. « La démocratie, c’est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres », déclare Churchill, ce vieux renard ivre. Oui, Winston, et le cancer est la pire des maladies, à l’exception de toutes les autres. La démocratie moderne, c’est une coquille vide, un rituel sans âme, une messe où l’on communie avec des bulletins de vote.
II. Municipales 2026 : Le Langage de la Démagogie
Et nous voilà en 2026, avec France Inter qui nous invite à « vivre » les municipales comme une expérience sensorielle. « Vivre » les élections ? Comme on vit un concert, un match de foot, une messe ? Le langage est révélateur : on ne parle plus de « choisir » ses représentants, mais de « vivre » une élection. C’est plus vendeur, plus émotionnel, plus… marketé. Les mots sont des pièges, des leurres, des hameçons. « Démocratie participative », « proximité », « changement », « avenir » : autant de termes vidés de leur sens, recyclés en slogans publicitaires.
Analysons ce lexique de la démagogie moderne :
- « Proximité » : Ce mot magique, brandi par tous les candidats, signifie en réalité « je vais vous serrer la main, vous embrasser les bébés, et ensuite je ferai ce que je veux ». La proximité, c’est l’art de faire croire au citoyen qu’il compte, alors qu’il n’est qu’un chiffre dans une base de données.
- « Changement » : Tous les candidats promettent le changement. Aucun ne précise que le changement, c’est comme la météo : ça peut être pire. Le changement, c’est le mot-valise par excellence, une coquille vide que chacun remplit avec ses fantasmes.
- « Avenir » : L’avenir, c’est le joker des politiques. On vous vend un avenir radieux, et quand il arrive, il est aussi pourri que le présent. L’avenir, c’est comme le paradis : tout le monde en parle, personne ne l’a vu.
- « Citoyen » : Ce mot, autrefois noble, est devenu une insulte déguisée. On vous appelle « citoyen » pour mieux vous infantiliser, pour mieux vous rappeler que vous êtes un sujet, pas un acteur. Le citoyen, c’est l’électeur docile, celui qui vote et se tait.
Le langage des municipales, c’est le langage de la manipulation. On ne vous parle pas de programmes, de projets concrets, de réalités tangibles. Non, on vous parle d’ »émotions », de « vécu », d’ »expérience ». Parce que les émotions, ça ne se discute pas, ça ne se conteste pas. Les émotions, c’est le refuge des démagogues, le dernier rempart contre la raison.
III. Comportementalisme Radical : Pourquoi l’Homme Vote Contre Lui-Même
Mais pourquoi, malgré tout, l’homme continue-t-il à voter ? Pourquoi, alors que chaque élection est une nouvelle désillusion, une nouvelle trahison, une nouvelle preuve de l’imposture démocratique, l’électeur retourne-t-il docilement glisser son bulletin dans l’urne ? La réponse est simple : l’homme est un animal conditionné, un rat de laboratoire qui appuie sur la pédale pour obtenir sa dose de sucre, même si le sucre est empoisonné.
Le comportementalisme nous apprend que l’homme est un être de routine, de répétition, de soumission. Skinner, ce grand prêtre de la manipulation, a démontré que l’on peut faire faire n’importe quoi à un animal, et donc à un homme, à condition de bien doser les récompenses et les punitions. Les élections, c’est le grand conditionnement de masse :
- La récompense : le sentiment du devoir accompli, l’illusion de participer, la satisfaction de choisir (même entre la peste et le choléra).
- La punition : la peur du chaos, la terreur de l’abstention, la culpabilité de ne pas « faire son devoir de citoyen ».
Et puis, il y a l’effet de groupe, ce grand anesthésiant social. L’homme a peur de la solitude, de l’exclusion, du rejet. Alors il vote, même s’il n’y croit plus, même s’il sait que c’est une mascarade. Il vote parce que tout le monde vote, parce que c’est « ce qu’il faut faire », parce que ne pas voter, ce serait avouer son désespoir, son impuissance, sa défaite.
Mais il y a une résistance, une lueur d’humanité dans ce marasme. Certains refusent de jouer le jeu, de se soumettre à cette farce. Ils boycottent les urnes, non par paresse, mais par lucidité. Ils savent que voter, c’est légitimer un système pourri, c’est donner son aval à l’imposture. Ils préfèrent la révolte silencieuse, le refus obstiné, la désobéissance civile. Ces résistants, ces insoumis, ces marginaux sont les derniers gardiens de l’humanité. Parce qu’ils refusent de se laisser conditionner, de se laisser lobotomiser, de se laisser vendre du rêve en kit.
IV. Résistance Humaniste : L’Art de Vomir les Élections
Alors, que faire ? Faut-il se résigner, accepter cette mascarade comme une fatalité ? Non. La résistance commence par le refus. Refus de voter, refus de croire, refus de se soumettre. Mais ce refus ne suffit pas. Il faut aussi créer, inventer, proposer. La démocratie, si elle doit exister, ne peut plus être ce cirque électoral où les mêmes clowns se succèdent depuis des siècles. Elle doit être directe, locale, concrète. Elle doit être l’affaire de tous, pas seulement des professionnels de la politique.
Imaginez un monde où les décisions se prennent dans les quartiers, dans les villages, dans les entreprises. Un monde où le pouvoir n’est pas concentré entre les mains d’une élite, mais réparti entre tous. Un monde où la politique n’est pas un métier, mais un service. Utopie ? Peut-être. Mais l’utopie est le seul remède contre le désespoir. Comme le disait Camus, « il faut imaginer Sisyphe heureux ». Alors imaginons une démocratie heureuse, une démocratie où les hommes ne sont plus des sujets, mais des acteurs.
En attendant, il faut vomir les élections. Vomir ces campagnes mensongères, ces promesses creuses, ces candidats interchangeables. Vomir cette démocratie de pacotille, ce simulacre de liberté, cette illusion de choix. Et surtout, vomir cette résignation, cette lâcheté, cette complicité passive qui fait de nous les complices de notre propre asservissement.
Analogie finale :
LES ÉLECTIONS, ODE À LA DÉCOMPOSITION
Ô grand cirque des vanités,
Où les clowns en costard se disputent la scène,
Où l’on vend du rêve en promo,
Et de l’espoir en solde,
Où les électeurs, ces rats dociles,
Appuient sur la pédale pour leur dose de sucre empoisonné.
France Inter, ce temple de la bien-pensance,
Nous invite à « vivre » les municipales,
Comme on vit un concert, un match, une messe,