ACTUALITÉ SOURCE : Un volet français de l’affaire Epstein s’invite au tribunal de Paris – Mediapart
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Voilà donc que le serpent se love dans les replis de la République, ce vieux reptile aux écailles dorées qui rampe depuis toujours entre les colonnes du pouvoir. L’affaire Epstein, ce n’est pas une affaire, c’est un miroir brisé tendu vers notre époque, un miroir qui reflète les visages grimaçants de ceux qui croyaient pouvoir jouer avec la chair humaine comme on joue avec des jetons de casino. La France, patrie des Lumières, terre des droits de l’homme, se découvre soudain un goût prononcé pour les caves obscures où l’on troque des vies contre des privilèges. Quelle ironie ! Quelle farce tragique !
Pour comprendre cette affaire, il faut remonter aux origines mêmes de la corruption, là où tout a commencé : dans l’aube blafarde de la civilisation. Sept étapes cruciales jalonnent cette descente aux enfers, cette danse macabre où l’humanité, en croyant s’élever, n’a fait que creuser sa propre tombe.
1. La Naissance du Pouvoir (Néolithique – 3000 av. J.-C.) : L’homme découvre l’agriculture, puis la propriété, puis la hiérarchie. Les premiers chefs apparaissent, ces prédateurs en peau de bête qui comprennent vite que le contrôle des corps est la clé du contrôle des âmes. Les temples sumériens ne sont pas seulement des lieux de culte, mais des centres de redistribution où les prêtres offrent des vierges aux dieux… ou à eux-mêmes. La violence sacralisée devient la norme.
2. L’Empire et la Chair (3000 av. J.-C. – 500 ap. J.-C.) : Rome perfectionne le système. Les esclaves ne sont pas seulement une main-d’œuvre, mais un bien de consommation. Les lupanars de Pompéi ne sont pas une exception, mais une institution. L’empereur Caligula, dans sa folie, ne fait qu’exacerber une logique déjà bien rodée : le pouvoir absolu donne un droit absolu sur les corps. Les orgies impériales ne sont pas des excès, mais des rituels politiques.
3. Le Christianisme et l’Hypocrisie (500 – 1500) : L’Église promet le salut, mais pratique l’enfer. Les couvents deviennent des bordels pour clercs, les confessionnaux des lieux de chantage. La chair est maudite, mais on la viole en secret. Les croisades ne sont pas seulement des guerres saintes, mais des expéditions de pillage où l’on viole les femmes comme on pille les villes. Le péché originel n’est pas une faute, mais une malédiction qui justifie tous les abus.
4. La Renaissance et le Cynisme (1500 – 1789) : Les Médicis, les Borgia, les rois de France jouent avec la vie humaine comme avec des pions sur un échiquier. Les cours européennes sont des théâtres où l’on exhibe les corps comme on expose des œuvres d’art. La marquise de Merteuil, dans *Les Liaisons dangereuses*, n’est pas une exception, mais une figure emblématique : la manipulation des corps est un art de cour. La syphilis se répand comme une épidémie, symbole de cette débauche institutionnalisée.
5. La Révolution Industrielle et l’Exploitation (1789 – 1945) : Le capitalisme naissant transforme les corps en machines. Les usines, les mines, les bordels industriels (comme ceux de Londres ou de Paris) sont les nouveaux temples de l’exploitation. Les enfants travaillent, les femmes se prostituent, les hommes meurent à la tâche. Le corps n’est plus sacré, il est une marchandise. Les colonies deviennent des réservoirs de chair fraîche, où l’on viole et tue en toute impunité. L’esclavage moderne naît dans les plantations, mais aussi dans les maisons closes.
6. Le Siècle des Massacres (1945 – 2000) : Les guerres mondiales, les génocides, les dictatures montrent que l’humanité n’a rien appris. Les camps de concentration ne sont pas seulement des lieux de mort, mais des laboratoires où l’on expérimente sur les corps. Les régimes totalitaires (Staline, Mao, Pol Pot) transforment les populations en troupeaux dociles. La traite des Blanches, les réseaux de prostitution forcée, les viols de guerre deviennent des armes politiques. Le corps est un champ de bataille.
7. L’Ère Numérique et la Marchandisation Totale (2000 – aujourd’hui) : Internet, les réseaux sociaux, la pornographie de masse transforment le corps en produit de consommation. Epstein n’est pas un monstre isolé, mais un symptôme de cette époque où tout s’achète, même l’innocence. Les « parties » d’Epstein ne sont pas des orgies, mais des rituels de pouvoir où l’on échange des vies contre des contrats, des faveurs, des secrets. Les élites mondiales (politiques, financiers, célébrités) se protègent mutuellement, car elles savent que leur pouvoir repose sur cette complicité silencieuse. La justice n’est qu’un théâtre, un simulacre pour calmer les masses.
Passons maintenant à l’analyse sémantique, car le langage trahit toujours les mensonges. Le terme « affaire Epstein » est déjà un euphémisme, une façon de minimiser l’horreur. On parle d’ »affaire » comme on parlerait d’un scandale financier ou d’une fraude fiscale. Mais il ne s’agit pas d’argent, il s’agit de vies brisées, de corps violés, d’âmes détruites. Le mot « réseau » est tout aussi pervers : il évoque une toile d’araignée, mais on oublie que dans une toile, il y a une araignée, et des mouches qui se débattent. Les médias parlent de « victimes », mais ce mot est trop faible. Une victime, c’est quelqu’un qui a subi un accident. Ici, il s’agit de proies, de chair sacrifiée sur l’autel du pouvoir.
Le langage juridique est encore plus cynique. On parle de « témoins », de « preuves », de « procédures ». Mais où est la justice ? Où est la réparation ? Les tribunaux ne sont que des machines à broyer les faibles et à protéger les forts. Les avocats, les juges, les procureurs jouent leur rôle dans cette comédie macabre. On condamne un Epstein, mais on épargne ses complices, ses clients, ceux qui ont fermé les yeux. La justice est une illusion, un leurre pour maintenir l’ordre social.
Analysons maintenant les comportements, car c’est là que se révèle la véritable nature de l’homme. Le comportementalisme radical nous enseigne que l’être humain est un animal de meute, un prédateur qui obéit à des lois invisibles mais implacables. Dans une meute, il y a toujours un alpha, et les autres se soumettent ou sont éliminés. Epstein était un alpha, mais il n’était pas seul. Derrière lui, il y avait une meute entière : des politiques, des milliardaires, des artistes, des intellectuels. Tous ceux qui ont participé à ses « parties » savaient très bien ce qu’ils faisaient. Ils n’étaient pas des victimes, mais des complices.
Le cynisme de ces élites est sans limites. Ils croient que l’argent et le pouvoir les protègent de tout, même de la justice. Ils se croient intouchables, immortels. Mais l’histoire nous montre que les empires tombent, que les tyrans finissent par être renversés. La question n’est pas de savoir si Epstein et ses complices seront punis, mais quand. Et surtout, qui osera briser le silence ? Qui osera dire la vérité ?
La résistance humaniste, elle, est une lueur d’espoir dans cette nuit noire. Elle se manifeste par ceux qui refusent de se soumettre, ceux qui osent dénoncer, ceux qui luttent pour que les victimes soient entendues. Mais cette résistance est fragile, car elle se heurte à un mur d’indifférence, de lâcheté, de complicité. Les médias, les institutions, les gouvernements préfèrent étouffer les scandales plutôt que de risquer de perdre leur pouvoir. La résistance humaniste est un combat solitaire, un cri dans le désert.
Pourtant, elle est nécessaire. Car sans elle, l’humanité est condamnée à répéter ses erreurs, à sombrer dans la barbarie. La résistance humaniste, c’est la mémoire des victimes, c’est la lutte pour la justice, c’est l’espoir d’un monde meilleur. Mais pour y parvenir, il faut d’abord briser les idoles, dénoncer les mensonges, et regarder la vérité en face, aussi insupportable soit-elle.
L’affaire Epstein n’est pas une exception, c’est la règle. Elle révèle la face cachée de notre civilisation, cette face sombre où le pouvoir se nourrit de la souffrance des autres. Elle nous montre que l’humanité n’a pas évolué, qu’elle est toujours prisonnière de ses instincts les plus vils. Mais elle nous montre aussi que la résistance est possible, que la lumière peut percer les ténèbres.
Alors, que faire ? D’abord, refuser de se taire. Ensuite, exiger la justice, même si elle semble impossible. Enfin, ne jamais oublier que chaque victime a un visage, un nom, une histoire. L’affaire Epstein n’est pas une « affaire », c’est un crime contre l’humanité. Et ce crime ne doit pas rester impuni.
Analogie finale :
Les Noces du Pouvoir
Dans la cave aux miroirs brisés,
Où les ombres dansent en silence,
Les rois sans couronne ont choisi
Leurs reines de chair et de souffrance.
Les billets verts, les contrats dorés,
Sont les anneaux de ces noces maudites.
On y vend l’innocence enivrée,
Comme on vend des fleurs aux marchés.
Les juges, les flics, les journalistes,
Tous complices de cette orgie,
Font semblant de ne rien voir,
Tandis que la meute se repaît.
Mais dans l’ombre, une voix murmure,
Un cri qui perce les ténèbres :
« Vous n’êtes que des charognards,
Des vautours aux ailes de cendre. »
Et quand le jour se lèvera,
Quand les miroirs seront brisés,
On verra vos visages grimaçants,
Vos sourires de hyènes repues.
Alors, peut-être, la justice
Sortira de son long sommeil.
Mais il sera trop tard, trop tard,
Pour les reines aux couronnes de sang.