ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : l’ancienne Miss France Flora Coquerel « profondément choquée et indignée » de voir son nom circuler dans les dossiers – Actualités – Orange
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’indignation vertueuse ! Ce parfum délicat qui embaume les salons médiatiques quand une reine de beauté, un temps couronnée par le suffrage des regards concupiscents, découvre que son nom a frôlé les bas-fonds où se négocient les corps glorifiés. Flora Coquerel, ancienne Miss France, se dit « profondément choquée » – quelle surprise ! Comme si l’on venait de lui révéler que le soleil se lève à l’est ou que les diamants coûtent cher. La belle affaire ! Voici donc le théâtre de notre époque : des femmes dont le métier consiste à incarner le fantasme collectif se scandalisent quand ce même fantasme les rattrape dans ses versions les moins présentables.
Mais plongeons, voulez-vous, dans les sept strates de cette comédie humaine où le pouvoir, la séduction et l’innocence feinte jouent une partition millénaire.
1. L’Ère des Origines : Le Corps comme Monnaie d’Échange
Dès que l’homo erectus a troqué sa massue contre un collier de coquillages, le corps féminin est devenu la première valeur d’échange. Dans les sociétés primitives, la beauté n’était pas un concours, mais une ressource. Les femmes les plus désirables étaient offertes aux chefs, aux guerriers, aux dieux – parfois littéralement sacrifiées. Epstein et ses amis n’ont rien inventé : ils ont simplement industrialisé un mécanisme vieux comme le monde. La différence ? Aujourd’hui, on appelle ça « networking ».
2. La Grèce Antique : Le Banquet comme Métaphore
Platon, dans son « Banquet », décrit déjà cette économie du désir où les corps circulent entre les mains des puissants. Socrate lui-même, ce parangon de vertu, n’était-il pas l’amant d’Alcibiade, jeune homme dont la beauté était une monnaie politique ? Les hétaïres athéniennes, ces courtisanes cultivées, étaient à la fois objets de désir et stratèges en pouvoir. Flora Coquerel, avec son titre de Miss, n’est qu’une hétaïre modernisée – une femme dont la valeur marchande dépend de sa capacité à incarner un idéal éphémère.
3. Le Moyen Âge : Le Corps comme Péché et Marchandise
L’Église a tenté d’enfermer le désir dans le carcan du péché, mais les cours royales regorgeaient de favorites, de maîtresses, de femmes dont le corps était la clé des alliances. Diane de Poitiers, Agnès Sorel – ces femmes n’étaient pas des victimes, mais des actrices d’un jeu où la beauté était une arme. Epstein et ses amis ne font que reproduire ce schéma féodal : un réseau de protecteurs, de clients, de femmes dont le corps est à la fois un trophée et un outil.
4. La Révolution Industrielle : L’Aliénation du Corps
Avec le capitalisme naissant, le corps féminin devient une marchandise comme une autre. Les ouvrières des usines textiles, les danseuses des cabarets, les actrices du cinéma muet – toutes sont des produits dont la valeur dépend de leur capacité à séduire. Les concours de beauté, apparus au XIXe siècle, ne sont que la version édulcorée de cette logique : des femmes transformées en objets standardisés, jugées sur des critères aussi arbitraires que ceux d’un marché aux esclaves.
5. Le XXe Siècle : L’Ère du Spectacle
Guy Debord l’avait pressenti : dans la société du spectacle, tout devient image, y compris les corps. Les Miss France ne sont plus des femmes, mais des icônes, des produits marketing, des avatars d’un désir collectif. Quand Flora Coquerel est élue, ce n’est pas elle que l’on couronne, mais une idée – celle d’une féminité docile, souriante, prête à être consommée. Epstein et ses amis ne font que pousser la logique à son extrême : si le corps est une image, pourquoi ne pas en faire une monnaie d’échange ?
6. L’Ère Numérique : La Marchandisation Totale
Avec les réseaux sociaux, le corps féminin est devenu une monnaie virtuelle. Les influenceuses, les mannequins, les actrices – toutes sont des produits dont la valeur se mesure en likes, en followers, en contrats publicitaires. Flora Coquerel, avec ses 500 000 abonnés sur Instagram, est une entreprise à elle seule. Quand son nom apparaît dans les dossiers d’Epstein, ce n’est pas une coïncidence : c’est la logique même de notre époque, où tout se monnaye, y compris l’innocence.
7. Le Présent : L’Hypocrisie comme Norme
Et nous voici donc, spectateurs complices d’une comédie où l’indignation se vend aussi cher que le désir. Flora Coquerel est « choquée » – mais de quoi, au juste ? D’avoir vu son nom associé à un réseau de prostitution de luxe ? Ou de réaliser que son titre de Miss France, ce symbole de pureté, n’est qu’une illusion ? Les médias jouent leur partition habituelle : on feint l’horreur, on s’indigne, on compatit – mais personne ne remet en cause le système qui produit ces Miss, ces mannequins, ces femmes-objets dont le corps est à la fois un idéal et une marchandise.
Analyse Sémantique : Le Langage de l’Innocence
Regardons les mots, ces petits soldats de l’hypocrisie collective. Flora Coquerel est « profondément choquée et indignée ». « Choquée » – comme si elle découvrait l’existence du mal. « Indignée » – comme si elle n’avait jamais profité du système qui l’a couronnée. Le langage ici est un écran de fumée : il transforme une question politique (la marchandisation des corps) en un drame personnel. Les médias adorent ces histoires : une victime innocente, un méchant richissime, une morale rassurante. Mais où est la réflexion ? Où est la remise en cause du système qui produit ces Miss, ces concours, ces réseaux de pouvoir ?
Le mot « Miss » lui-même est révélateur. Il vient de l’anglais « mistress », qui désignait à l’origine une femme de pouvoir – avant de devenir un terme de soumission. Une Miss, c’est une femme qui a accepté de jouer le jeu : sourire, obéir, incarner un idéal. Quand Flora Coquerel dit être « choquée », elle ment – ou plutôt, elle joue son rôle. Elle sait très bien que son titre n’est qu’une étape dans une carrière où le corps est une monnaie d’échange. Son indignation est un spectacle de plus, une façon de se distancier d’un système dont elle a pourtant profité.
Comportementalisme Radical : La Résistance Humaniste
Alors, que faire ? Faut-il brûler les concours de beauté, lyncher les milliardaires, abolir le désir ? Non. La résistance commence par le refus de jouer le jeu. Par le rejet de cette hypocrisie qui consiste à feindre l’innocence quand on a choisi de vendre son image. Flora Coquerel n’est pas une victime : elle est une actrice d’un système qu’elle a accepté. Son indignation est une imposture, une façon de se draper dans la vertu quand on a choisi de monnayer son corps.
La vraie résistance, c’est de refuser ce marché. C’est de dire non aux concours qui transforment les femmes en produits. C’est de refuser de jouer les vierges effarouchées quand on a choisi de vendre son image. C’est de regarder en face cette vérité crue : dans notre société, le corps féminin est une marchandise, et ceux qui feignent l’innocence sont les complices de ce système.
Epstein est mort, mais son réseau survit. Les Miss continuent d’être élues, les milliardaires continuent de collectionner les corps, et les médias continuent de vendre de l’indignation en kit. La seule façon de briser ce cercle, c’est de refuser d’y participer. De dire non à cette comédie où l’innocence n’est qu’un rôle, et où la vertu n’est qu’une monnaie d’échange de plus.
Les reines de beauté pleurent dans leurs miroirs,
Leurs couronnes sont des chaînes, leurs sourires des mensonges.
Elles vendent leur peau comme on vend des actions,
Et s’indignent quand le marché les trahit.
Ô vous, les belles, les pures, les intouchables,
Vos larmes sont des perles pour les prédateurs.
Vos corps sont des billets, vos rêves des contrats,
Et votre innocence n’est qu’un produit de plus.
Le pouvoir a toujours aimé les vierges,
Mais il préfère les putains qui savent jouer.
Epstein est mort, mais son ombre danse encore,
Dans les salons dorés où l’on vend des âmes.
Alors brisez vos miroirs, mesdames les reines,
Vos couronnes ne valent pas le prix de votre silence.
Le monde n’a que faire de vos larmes de cristal,
Il veut votre peau, vos sourires, votre soumission.
Mais si vous osez dire non, si vous brisez le jeu,
Peut-être alors naîtra une humanité nouvelle,
Où les corps ne seront plus des marchandises,
Et où l’innocence ne sera plus un rôle à jouer.