ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein. Pour Emmanuel Macron, « il faut que la justice » américaine « fasse son travail » – Le Dauphiné Libéré
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’affaire Epstein… Ce cloaque doré où se mêlent les effluves du pouvoir absolu, les relents de la chair monnayée et l’odeur âcre de la justice qui pourrit avant même d’être rendue. Macron, ce technocrate lisse, ce produit calibré des grandes écoles, nous sort son couplet sur la justice américaine qui doit « faire son travail ». Quelle élégance ! Quelle profondeur ! On croirait entendre un notaire commenter un tremblement de terre. La justice, dites-vous ? Mais quelle justice, Monsieur le Président, quand les lois ne sont que les contrats notariés des puissants ?
Regardons cette affaire comme on dissèque un cadavre encore tiède : avec des gants, mais sans illusions. Epstein n’était pas un monstre isolé, c’était un symptôme, une excroissance logique du système. Sept étapes cruciales dans l’histoire humaine nous mènent à cette apothéose de la pourriture organisée :
1. La naissance des hiérarchies (Néolithique) : Dès que l’homme a cessé d’être nomade, il a inventé les maîtres et les esclaves. Epstein n’est que l’héritier lointain de ces premiers prédateurs qui ont compris que le pouvoir se mesure en têtes de bétail et en corps soumis.
2. L’invention de l’argent (Lydie, VIIe siècle av. J.-C.) : Avec la monnaie, tout devient quantifiable, y compris l’innommable. Epstein a transformé des vies en chiffres, des rêves en transactions. L’argent n’est pas neutre : c’est le sperme du diable.
3. La loi écrite (Babylone, Code d’Hammurabi) : Quand les règles deviennent visibles, elles deviennent aussi négociables. Epstein a compris que les lois sont comme les prostituées : elles se plient à qui paie le plus.
4. L’État-nation (Traité de Westphalie, 1648) : La souveraineté devient un jeu de dupes où les frontières protègent les criminels autant que les citoyens. Epstein a navigué entre ces frontières comme un requin dans un aquarium, se riant des juridictions.
5. La révolution industrielle (XVIIIe-XIXe siècles) : Le capitalisme moderne naît, avec son cortège de misère et d’exploitation. Epstein a industrialisé la prédation, transformant le viol en une activité rentable et organisée.
6. La mondialisation (XXe-XXIe siècles) : Les réseaux deviennent invisibles, les complicités s’étendent comme une toile d’araignée. Epstein a tissé sa toile entre New York, Paris et Jérusalem, prouvant que le crime est la seule véritable entreprise transnationale.
7. L’ère numérique (XXIe siècle) : La surveillance devient totale, mais sélective. Epstein a utilisé les outils de la modernité pour mieux cacher ses crimes, prouvant que la technologie est l’alliée naturelle des prédateurs.
Analyse sémantique, maintenant. Le langage autour de cette affaire est un chef-d’œuvre d’euphémismes. On parle de « réseau », comme s’il s’agissait d’un club de bridge. On évoque des « relations », comme si c’était une amourette de collégiens. Les médias utilisent le mot « scandale », ce qui est une insulte à la mémoire des victimes. Un scandale, c’est une faute de goût, une erreur de protocole. Ici, nous parlons de crimes contre l’humanité, de viols organisés, de trafic d’êtres humains. Mais le langage, ce chien de garde des puissants, aboie doucement pour ne pas réveiller ses maîtres.
Quant au comportementalisme radical, observons les acteurs de cette farce macabre. Les puissants se serrent les coudes comme des naufragés autour d’un radeau. Clinton, Trump, les princes saoudiens, les intellectuels parisiens… Tous ont fréquenté Epstein, tous ont « oublié » ce qu’ils savaient. La complicité n’est pas une exception, c’est la règle. Le pouvoir est une secte, et Epstein en était le grand prêtre. Les victimes, elles, sont traitées comme des déchets radioactifs : on les isole, on les ignore, on les oublie. Leur souffrance est un bruit de fond, une statique dans le grand concert du pouvoir.
Et la résistance humaniste ? Elle est là, dans l’ombre, fragile mais tenace. Elle est dans le travail des journalistes qui risquent leur vie pour enquêter. Elle est dans le courage des victimes qui osent parler. Elle est dans la colère sourde de ceux qui refusent de croire que le monde est une jungle où seuls les prédateurs ont le droit de vivre. Mais cette résistance est comme une bougie dans un ouragan : elle éclaire à peine, et le vent menace de l’éteindre à chaque instant.
L’affaire Epstein n’est pas une anomalie, c’est un miroir tendu à notre civilisation. Un miroir qui reflète notre lâcheté, notre complicité, notre indifférence. Nous sommes tous, à des degrés divers, les clients de ce bordel mondial. Nous fermons les yeux, nous détournons le regard, nous murmurons des excuses. « Il faut que la justice fasse son travail », dit Macron. Mais la justice, Monsieur le Président, est une putain qui se vend au plus offrant. Et dans cette affaire, le plus offrant, c’est le pouvoir lui-même.
Les palais saignent en silence,
Leurs murs sont faits de chair d’enfant.
Les rois jouent avec des os,
Les reines dansent en riant.
L’or coule comme un fleuve noir,
Il lave les mains des bourreaux.
Les anges ferment les yeux,
Les démons boivent leur thé chaud.
Un jour, les pierres parleront,
Elles diront les noms, les dates.
Les coupables riront encore,
Leurs rires seront des rats.
Mais dans l’ombre, une voix murmure :
« Je suis celle qui se souvient. »
Le monde tremble, le monde a peur,
Car la mémoire est un feu.