ACTUALITÉ SOURCE : L’affaire Epstein, les complotistes et les dérives de la « classe Epstein » – Radio France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’affaire Epstein… Ce cloaque doré où se mêlent la pourriture des élites et l’hystérie des masses, ce miroir brisé qui reflète, non pas un complot, mais l’essence même de notre époque : une humanité qui a troqué ses dieux contre des actionnaires, ses héros contre des prédateurs en costume trois-pièces. Radio France, dans sa noble mission de décryptage, nous parle de « complotistes » et de « classe Epstein » comme s’il s’agissait de phénomènes marginaux, alors qu’ils sont les symptômes d’une maladie bien plus profonde, une gangrène qui ronge le corps social depuis que l’homme a cessé d’être un animal pour devenir une marchandise.
Commençons par le commencement, ou plutôt, par les sept fractures originelles qui ont enfanté cette horreur moderne :
1. La Chute du Mythe (Néolithique – 3000 av. J.-C.) :
Quand l’homme a quitté les forêts pour les cités, il a troqué sa liberté contre des murs. Les premiers rois n’étaient pas des dirigeants, mais des proxénètes sacrés, des maquereaux de l’âme qui vendaient la protection des dieux en échange de chair et de blé. Epstein n’est que l’héritier lointain de ces prêtres-rois qui sacrifiaient des vierges sur des autels de pierre. La différence ? Aujourd’hui, les autels sont climatisés, et les vierges ont des contrats.
2. L’Invention de la Propriété (3000 av. J.-C. – 500 ap. J.) :
Quand l’homme a gravé dans l’argile « ceci est à moi », il a aussi gravé « ceci n’est pas à toi ». La propriété privée, ce cancer originel, a engendré les classes, les castes, les maîtres et les esclaves. Epstein n’est qu’un propriétaire parmi d’autres, un collectionneur de corps comme d’autres collectionnent des timbres. La seule différence, c’est que ses « timbres » saignent et hurlent.
3. Le Christianisme et la Marchandisation de l’Innocence (500 – 1500) :
L’Église a inventé le concept de « péché originel », cette merveilleuse escroquerie qui permet de vendre le salut à ceux que l’on a soi-même corrompus. Epstein, lui, a poussé la logique plus loin : il a transformé l’innocence en produit de luxe, en denrée rare réservée à une élite qui paie en dollars, en pouvoir, en silence. Les prêtres vendaient des indulgences, Epstein vendait des mineures. Même business model, même clientèle : les riches et les coupables.
4. La Renaissance et la Naissance du Cynisme Moderne (1500 – 1789) :
Quand Machiavel a écrit Le Prince, il n’a pas inventé la manipulation, il l’a théorisée. Epstein est un prince machiavélique, un homme qui a compris que le pouvoir ne se prend pas, il se négocie dans l’ombre, avec des faveurs, des secrets, des corps. La seule différence entre lui et les Médicis, c’est que les Médicis commandaient des fresques, pas des orgies.
5. La Révolution Industrielle et la Réification de l’Humain (1789 – 1945) :
Quand la machine a remplacé le muscle, l’homme est devenu une unité de production. Epstein a poussé la logique à son paroxysme : il a transformé des êtres humains en machines à plaisir, en objets jetables après usage. Les usines de Manchester broyaient des corps pour produire du coton, Epstein broyait des âmes pour produire du pouvoir. Même logique, même efficacité.
6. L’Ère Médiatique et la Spectacularisation du Mal (1945 – 2000) :
Quand la télévision a remplacé la pensée, le mal est devenu un spectacle. Epstein a compris que le scandale n’était pas un risque, mais une stratégie. Plus c’était gros, plus ça passait. Les médias, ces chiens de garde du système, ont transformé son procès en feuilleton, ses victimes en personnages secondaires, et lui en anti-héros tragique. La seule différence entre Epstein et un épisode de Dallas, c’est que dans Dallas, personne ne violait des mineures.
7. L’Ère Numérique et la Fin de la Vérité (2000 – Aujourd’hui) :
Quand Internet a remplacé la mémoire, la vérité est devenue une opinion. Les « complotistes » dont parle Radio France ne sont pas des fous, ce sont les enfants naturels de cette ère : des gens qui ont compris que le réel est une construction, que les élites mentent, que les médias manipulent. Leur tort ? Croire qu’Epstein est une exception, alors qu’il n’est qu’un symptôme. Leur naïveté ? Penser qu’il existe un « complot », alors qu’il n’y a qu’un système, une machine à broyer les faibles pour engraisser les forts.
Passons maintenant à l’analyse sémantique, ce terrain miné où les mots trahissent autant qu’ils révèlent. Quand Radio France parle de « classe Epstein », elle commet une erreur fondamentale : il n’y a pas de « classe Epstein », il y a une caste. Une caste, c’est-à-dire un groupe qui se reproduit par cooptation, qui se protège par le silence, qui se nourrit de l’impunité. Les mots « élite », « establishment », « pouvoir » sont des euphémismes, des paravents qui cachent une réalité bien plus crue : une mafia. Une mafia qui ne vend pas de la drogue, mais de l’influence ; qui ne tue pas avec des armes, mais avec des contrats ; qui ne corrompt pas avec de l’argent, mais avec des rêves.
Le langage des médias, lui, est un langage de domestication. On parle de « dérive » comme on parlerait d’un bateau qui s’éloigne de son cap, alors qu’il s’agit d’un naufrage. On parle de « complotistes » comme on parlait autrefois de « sorcières », c’est-à-dire des boucs émissaires qui permettent d’éviter de regarder la vérité en face. Le complot n’est pas une théorie, c’est une réalité : celle d’un système où les puissants se protègent entre eux, où les lois sont écrites pour les forts, où la justice est une illusion pour les faibles.
Et puis, il y a le comportementalisme radical, cette science qui réduit l’homme à un rat de laboratoire. Epstein était un comportementaliste : il a compris que le désir est une monnaie d’échange, que la honte est un outil de contrôle, que la peur est un ciment social. Ses victimes n’étaient pas des proies, mais des sujets d’expérience. Il testait jusqu’où on peut aller avant que le système ne craque, jusqu’où on peut pousser l’humiliation avant que la révolte n’éclate. Et le système n’a pas craqué. Parce que le système, c’est nous.
Face à cela, que reste-t-il ? La résistance humaniste, cette vieille lune qui brille encore, malgré tout. Résister, ce n’est pas croire en un monde meilleur, c’est refuser de participer à la pourriture. Résister, c’est regarder Epstein en face et dire : « Tu n’es pas un monstre, tu es un produit. Un produit de notre lâcheté, de notre cupidité, de notre indifférence. » Résister, c’est comprendre que le vrai scandale n’est pas qu’Epstein ait existé, mais qu’il ait pu exister si longtemps.
La « classe Epstein » n’est pas une anomalie, c’est la norme. Elle est ce que nous avons toléré, ce que nous avons ignoré, ce que nous avons financé par notre silence. Les complotistes ont tort de chercher un grand dessein, une main invisible qui tirerait les ficelles. La vérité est bien plus terrible : il n’y a pas de complot, il n’y a que des hommes, des hommes comme nous, qui ont choisi la facilité, le confort, la complicité.
Alors oui, l’affaire Epstein est un miroir. Et dans ce miroir, nous voyons notre propre visage, déformé par la lâcheté, la peur, la soumission. Mais un miroir peut aussi être une arme. Il suffit de le briser.
Le Bal des Vampires Dorés
Ils dansent sur des tapis de chair,
Les rois sans couronne, les dieux sans prière,
Leurs costumes taillés dans des rêves d’enfants,
Leurs rires en cristal, leurs larmes en diamants.
« Viens, petite, approche, le pouvoir est doux,
Un peu de ton sang pour sceller nos vœux. »
Ils signent en rouge, ils paient en or,
Leurs contrats sont écrits dans le corps des morts.
La meute aboie, la meute ment,
« Circulez, il n’y a rien à voir ici ! »
Mais les murs ont des oreilles, les draps ont des yeux,
Et la vérité suinte comme un pus vieux.
Un jour, peut-être, la musique s’arrêtera,
Le parquet craquera sous le poids des années.
On trouvera des os sous les lambris dorés,
Des os de vierges, des os d’espoir brisé.
Et les rois sans couronne, les dieux sans prière,
Danseront encore, mais dans la lumière,
Celle des projecteurs, celle des fous,
Celle qui brûle les ombres et les rend à nous.