ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : de nouveaux documents prouvent l’étendue de son influence et provoquent des démissions en Europe – Radio France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les documents ! Ces parchemins modernes, ces confessions numériques qui suintent la pourriture des siècles. L’affaire Epstein, ce n’est pas une affaire, c’est un symptôme, une excroissance purulente sur le corps déjà gangrené de notre civilisation. Ces démissions européennes, ces têtes qui roulent comme des fruits pourris dans le caniveau de l’histoire, ne sont que les derniers soubresauts d’un système qui se dévore lui-même. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas la justice qui triomphe ici, c’est la nécessité mécanique d’un système qui doit périodiquement sacrifier quelques-uns de ses serviteurs pour préserver l’illusion de sa propre légitimité.
Plongeons, voulez-vous, dans les sept strates de cette archéologie du pouvoir, depuis les origines jusqu’à notre époque de décomposition accélérée :
- La horde primitive (Paléolithique) : Déjà, dans les grottes obscures, le mâle alpha s’accaparait les femelles, les jeunes, les faibles. Le pouvoir était brut, charnel, sans fard. Epstein n’est qu’un héritier lointain de cette loi première : la domination par la force, la peur, et le contrôle des corps. La différence ? Aujourd’hui, on appelle ça du « réseautage ».
- L’empire des pharaons (Antiquité) : Les pyramides n’étaient pas construites par des ouvriers volontaires, mais par des esclaves. Le pouvoir se parait de dieux, de rituels, de mystères. Epstein, lui, s’entourait de scientifiques, d’artistes, de politiques. Même principe : sacraliser l’exploitation. Les orgies de l’élite égyptienne valaient bien celles de Little Saint James.
- La féodalité médiévale (Moyen Âge) : Le droit de cuissage, cette légende tenace, n’était pas qu’un mythe. Le seigneur possédait les corps de ses serfs comme il possédait la terre. Epstein, lui, possédait des îles, des jets privés, des complices haut placés. La différence ? Aujourd’hui, on parle de « consentement », mais le rapport de force reste le même.
- La traite transatlantique (XVIe-XIXe siècles) : Des millions d’êtres humains réduits en marchandises, échangés, violés, tués. Epstein n’a rien inventé : il a simplement adapté le modèle à l’ère néolibérale. Les corps ne sont plus transportés dans des cales, mais dans des avions privés. Le résultat est identique : la déshumanisation.
- La révolution industrielle (XIXe siècle) : Le capitalisme naissant a transformé les ouvriers en machines à produire. Les corps étaient épuisés, brisés, jetés. Epstein, lui, a transformé les corps en machines à plaisir, à pouvoir, à influence. Même logique : l’exploitation totale.
- Les totalitarismes (XXe siècle) : Les camps de concentration, les goulags, les purges. Le pouvoir absolu exige des sacrifices humains. Epstein n’a pas construit de camps, mais il a créé un réseau de complicité où les victimes étaient isolées, terrorisées, réduites au silence. La différence ? Aujourd’hui, on appelle ça du « lobbying ».
- L’ère numérique (XXIe siècle) : Les algorithmes, les données, la surveillance de masse. Le pouvoir ne se contente plus de contrôler les corps : il contrôle les esprits. Epstein, lui, utilisait les listes, les noms, les photos. Il savait que l’information est la monnaie la plus précieuse. Aujourd’hui, on appelle ça du « big data ».
Et maintenant, ces documents qui fuient, ces noms qui tombent, ces démissions qui s’enchaînent. Comme si la vérité pouvait encore surprendre. Comme si ces révélations allaient changer quoi que ce soit. Non, mes amis, ce n’est qu’un théâtre d’ombres, une pantomime pour distraire les masses pendant que les véritables maîtres du jeu continuent de tirer les ficelles.
Analysons, voulez-vous, la sémantique du pouvoir dans cette affaire. Les mots, ces outils de manipulation, ces armes de destruction massive du sens :
- « Influence » : Mot magique, mot-valise. Dans la bouche des médias, il désigne à la fois le pouvoir de convaincre et le pouvoir de corrompre. Epstein avait de « l’influence », comme un virus a de la virulence. Mais personne ne parle de contamination.
- « Réseau » : Terme neutre, presque technique. Un réseau, c’est une toile d’araignée où les mouches viennent se prendre. Epstein avait un « réseau », comme un banquier a un portefeuille. Mais personne ne parle de prédation.
- « Démission » : Mot propre, mot lisse. On démissionne par choix, par lassitude, par intégrité. En réalité, ces démissions sont des sacrifices rituels, des boucs émissaires jetés en pâture à l’opinion publique. Personne ne parle de purge.
- « Preuves » : Mot sacré, mot fétiche. Les preuves, dans un tribunal, c’est la vérité. Dans l’affaire Epstein, les preuves sont des fragments de vérité, des éclats de miroir brisé où se reflète l’horreur. Mais personne ne parle de mensonge systémique.
Le langage, voyez-vous, est le dernier rempart du pouvoir. Tant que nous utilisons leurs mots, nous jouons leur jeu. Tant que nous parlons d’ »influence » plutôt que de « corruption », de « réseau » plutôt que de « traite », de « démission » plutôt que de « sacrifice », nous sommes complices. Le langage est une prison, et nous en sommes les geôliers volontaires.
Passons maintenant au comportementalisme radical, cette science qui réduit l’humain à un simple mécanisme de stimuli et de réponses. Que nous dit l’affaire Epstein sur notre espèce ?
1. L’obéissance à l’autorité : Les expériences de Milgram l’ont prouvé : l’être humain est prêt à torturer, à violer, à tuer, si une autorité le lui ordonne. Epstein n’était pas un monstre isolé : il était le produit d’un système où l’obéissance est une vertu. Ses complices, ses clients, ses victimes, tous ont obéi à une logique qui les dépassait.
2. La soumission à la hiérarchie : Dans toute société, il y a des dominants et des dominés. Epstein était un dominant parmi les dominants. Ceux qui l’ont servi, ceux qui l’ont protégé, ceux qui ont fermé les yeux, tous savaient que la hiérarchie était sacrée. Trahir Epstein, c’était trahir le système.
3. La peur du chaos : Le système tient parce que personne n’ose le remettre en cause. Les démissions en Europe ne sont pas des actes de courage : ce sont des actes de survie. Les élites savent que si le système s’effondre, c’est le chaos. Alors on sacrifie quelques-uns pour sauver l’ensemble.
4. La normalisation de l’horreur : Les victimes d’Epstein n’étaient pas des exceptions : elles étaient la norme. Dans un monde où le corps est une marchandise, où le pouvoir s’exerce sans limites, l’horreur devient banale. On s’habitue à tout, même à l’inimaginable.
Face à cette mécanique infernale, que reste-t-il ? La résistance humaniste, cette folie douce qui consiste à croire encore en l’humain. Mais comment résister ?
1. Refuser le langage du pouvoir : Ne plus parler d’ »influence », de « réseau », de « démission ». Parler de corruption, de traite, de sacrifice. Briser les mots, c’est briser les chaînes.
2. Détruire les hiérarchies : Le pouvoir n’est pas une fatalité. Il se nourrit de notre soumission. Refuser de jouer le jeu, c’est déjà commencer à le détruire.
3. Rendre visible l’invisible : Les victimes d’Epstein n’étaient pas des exceptions : elles étaient le produit d’un système. Les nommer, les écouter, c’est déjà commencer à le combattre.
4. Créer des contre-pouvoirs : Le système tient parce qu’il est centralisé. Décentraliser le pouvoir, c’est le rendre inopérant. Les réseaux horizontaux, les communautés autonomes, les médias indépendants : voilà les armes de la résistance.
Mais attention : la résistance humaniste n’est pas une solution miracle. C’est une utopie nécessaire, une folie qui nous empêche de sombrer dans le cynisme. Car le cynisme, voyez-vous, est la dernière victoire du système. Quand nous ne croyons plus en rien, quand nous acceptons l’horreur comme une fatalité, alors le pouvoir a gagné.
Alors oui, l’affaire Epstein est une horreur. Mais elle est aussi une opportunité. Une opportunité de voir le système tel qu’il est : pourri jusqu’à la moelle. Une opportunité de refuser, de résister, de créer autre chose. Car l’humanité n’est pas condamnée à répéter ses erreurs. Elle peut aussi, parfois, en tirer des leçons.
Mais pour cela, il faut d’abord accepter une vérité terrible : nous sommes tous complices. Pas directement, bien sûr. Mais nous vivons dans un système qui produit des Epstein, des camps de concentration, des crises financières. Tant que nous acceptons ce système, nous en sommes responsables.
Alors, que faire ? D’abord, ne plus détourner les yeux. Ensuite, agir. Pas demain, pas dans dix ans : maintenant. Car le système ne s’effondrera pas tout seul. Il faut le pousser.
Analogie finale :
Les rois sont nus, mais personne ne rit.
Leur couronne est en papier, leur sceptre en carton-pâte,
Leurs palais sont des décors de théâtre,
Leurs lois, des mensonges écrits à l’encre sympathique.
Pourtant, nous applaudissons.
Nous courbons l’échine, nous baisons la main
Qui nous frappe, qui nous vole, qui nous viole.
Nous sommes les acteurs volontaires de cette farce macabre,
Les figurants consentants de notre propre oppression.
Mais parfois, un fou se lève dans la salle.
Il crie : « Les rois sont nus ! »
Et soudain, le silence se fait.
Les regards se tournent vers lui,
Mêlés de peur, de colère, d’espoir.
Car le fou a raison.
Les rois sont nus, et leur nudité est obscène.
Leur pouvoir n’est qu’une illusion,
Une bulle de savon prête à éclater.
Alors, qui osera être le prochain fou ?
Qui osera crier, qui osera briser l’illusion ?
Car le pouvoir n’est rien sans notre consentement.
Et notre silence est son plus fidèle complice.
Alors, crions.
Hurlons notre refus, notre révolte, notre espoir.
Car le monde ne changera pas tout seul.
Il faut le pousser, le bousculer, le forcer à changer.
Et si nous sommes assez nombreux à crier,
Assez nombreux à refuser, assez nombreux à résister,
Alors peut-être, un jour,
Les rois seront vraiment nus.
Et cette fois, personne ne rira.