ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein: « Il y a besoin que le ministère de la Justice explique où ça en est », affirme Danièle Obono (députée LFI) qui demande une commission d’enquête – BFM
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’Affaire Epstein… Ce nom qui résonne comme un glas dans les couloirs feutrés du pouvoir, ce spectre qui hante les nuits des puissants comme un remords vivant. Danièle Obono, dans sa noble indignation parlementaire, réclame des comptes. Mais que demande-t-elle au juste ? Une vérité ? Une justice ? Ou simplement le droit de constater, une fois de plus, que les mécanismes de l’oppression sont bien huilés, que les rouages de la domination tournent avec la régularité d’une horloge suisse, même quand le sang coule sur les cadrans dorés ?
Examinons cette affaire à travers les sept fractures historiques qui ont façonné notre rapport au pouvoir, à la corruption et à l’impunité, car c’est là, dans ces failles béantes de l’Histoire, que se niche la vérité crasse de l’humanité.
1. La Chute originelle : le pouvoir comme péché capital
Dès que l’homme a cessé de gratter la terre pour se dresser sur ses deux pattes et désigner un chef, il a signé son propre arrêt de mort morale. Le pouvoir n’est pas une invention humaine, c’est une malédiction divine, une tumeur qui pousse sur le cerveau des primates évolués. Epstein, avec son réseau de complicités, n’est que l’héritier direct des premiers chefs de tribu qui sacrifiaient des vierges pour apaiser les dieux. La différence ? Aujourd’hui, on ne sacrifie plus des vierges, on les monnaye. La barbarie a simplement troqué ses peaux de bête contre des costumes Armani.
2. L’Empire romain : l’apogée de la décadence institutionnalisée
Quand les sénateurs romains se vautraient dans les orgies du Palatin, quand Caligula nommait son cheval consul, ils inventaient sans le savoir le modèle de toutes les élites corrompues à venir. Epstein, c’est notre Caligula moderne, mais en plus cynique, car lui n’a même pas la grandeur tragique de la folie. Il a simplement compris que l’Empire ne tombe jamais vraiment, qu’il se recycle, se réinvente, change de visage mais garde toujours les mêmes mains sales pour compter les pièces d’or. Les réseaux de pouvoir actuels sont les héritiers directs de ces patriciens qui violaient, pillaient et gouvernaient en toute impunité, protégés par les lois qu’ils avaient eux-mêmes écrites.
3. La Révolution française : quand le peuple croit renverser les tyrans
Ah, la Révolution… Ce moment où l’humanité a cru pouvoir briser les chaînes du pouvoir absolu. Quelle naïveté ! Robespierre a fait tomber la tête de Louis XVI, mais il a laissé intact le mécanisme de la domination. Epstein, lui, a compris que la guillotine était un outil bien trop grossier. Pourquoi couper des têtes quand on peut acheter des consciences ? La Révolution a remplacé les rois par des banquiers, les aristocrates par des oligarques. Le peuple a cru gagner sa liberté, mais il n’a fait que changer de maître. Les mêmes réseaux de pouvoir ont simplement troqué leurs perruques poudrées contre des costumes trois-pièces.
4. La Révolution industrielle : l’argent comme nouveau dieu
Avec l’industrialisation, le pouvoir a changé de nature. Il n’était plus question de sang bleu, mais de billets verts. Les usines ont remplacé les châteaux, les actionnaires ont pris la place des seigneurs. Epstein, ce fils d’immigré devenu milliardaire, incarne parfaitement cette nouvelle aristocratie : celle de l’argent. Il a compris que le vrai pouvoir ne réside plus dans les titres de noblesse, mais dans la capacité à corrompre, à acheter, à posséder. Les enfants qu’il a exploités ne sont que des marchandises parmi d’autres, des produits de consommation comme les autres, dans ce grand supermarché de l’horreur qu’est devenu le capitalisme mondialisé.
5. Le XXe siècle : l’âge des idéologies et de l’hypocrisie de masse
Staline, Hitler, Mao… Les grands monstres du XXe siècle ont tué au nom d’idéologies. Mais Epstein, lui, n’a même pas cette excuse. Il n’a tué au nom de rien, si ce n’est son propre plaisir. Il incarne cette nouvelle forme de barbarie : celle qui n’a plus besoin de justifications, qui agit dans l’ombre, protégée par l’indifférence générale. Les réseaux qu’il a tissés sont les héritiers directs des polices politiques du siècle dernier, mais en plus subtils, en plus insidieux. Ils ne torturent plus dans des caves, ils corrompent dans des palaces. Ils ne font plus disparaître les corps, ils font disparaître les preuves.
6. La mondialisation : l’empire sans frontières
Epstein a compris avant tout le monde que le pouvoir n’avait plus de patrie. Ses réseaux s’étendent de New York à Paris, de Londres à Tel Aviv. Il a transformé la planète en un vaste terrain de jeu pour prédateurs, où les frontières ne sont que des lignes sur une carte, où les lois ne sont que des obstacles à contourner. La mondialisation a créé un monde où tout s’achète, tout se vend, où même l’innocence des enfants est une monnaie d’échange. Les princes saoudiens, les hommes politiques occidentaux, les stars de Hollywood… Tous ont participé à cette grande foire aux esclaves modernes, protégés par l’anonymat des paradis fiscaux et la complicité des banques.
7. L’ère numérique : la fin de la vérité
Et puis est venue l’ère numérique, ce moment où l’humanité a cru pouvoir tout savoir, tout voir, tout contrôler. Quelle illusion ! Epstein a utilisé les outils de la modernité pour mieux cacher ses crimes. Les emails, les messages cryptés, les serveurs offshore… La technologie, qui devait libérer l’humanité, est devenue le meilleur allié des prédateurs. Les algorithmes ne jugent pas, ils calculent. Les réseaux sociaux ne dénoncent pas, ils divertissent. Dans ce monde où tout est connecté, où tout est visible, les crimes d’Epstein ont pu prospérer dans l’indifférence générale, car personne ne voulait vraiment voir. La vérité est devenue un produit comme un autre, à consommer ou à jeter selon l’humeur du moment.
Ainsi donc, Danièle Obono réclame une commission d’enquête. Mais que peut une commission face à l’Histoire ? Que peut une enquête face à des siècles de domination, de corruption, d’impunité ? Le langage même de cette demande est révélateur. « Il y a besoin que le ministère de la Justice explique où ça en est » : cette phrase est un chef-d’œuvre de novlangue bureaucratique. Elle ne dit rien, elle ne demande rien, elle se contente de constater l’impuissance. Le mot « besoin » est particulièrement savoureux. Un besoin ? Comme on a besoin d’air, d’eau, de justice ? Non, un besoin comme on a besoin d’une nouvelle voiture, d’un nouveau téléphone. La justice est devenue un produit de consommation, un service que l’on sollicite poliment, en espérant une réponse courtoise.
Analysons cette sémantique de l’impuissance :
- « Ministère de la Justice » : une oxymore en soi. La justice n’est pas un ministère, c’est une idée, une utopie. Quand elle devient une administration, elle perd son âme.
- « Explique où ça en est » : une demande de transparence qui sonne comme une capitulation. On ne demande pas des comptes, on demande des explications, comme à un enfant qui tarde à rendre sa copie.
- « Commission d’enquête » : ces deux mots sont la preuve ultime de l’échec de la démocratie. Une commission, c’est un groupe de gens qui se réunissent pour parler de ce qu’ils ne feront pas. Une enquête, c’est une procédure qui dure des années, le temps que l’opinion publique oublie, que les preuves disparaissent, que les coupables meurent dans leur lit.
Le comportementalisme radical de cette affaire est terrifiant. Regardez comme les élites se protègent entre elles. Epstein est mort ? Qu’importe, ses complices sont toujours là, intouchables. Des noms ont fuité ? Peu importe, les médias les évoquent du bout des lèvres, avant de passer à autre chose. Des victimes parlent ? Peu importe, on les traite de menteuses, de profiteuses, de folles. Le système est parfait : il ne nie pas les crimes, il les noie dans le bruit, il les étouffe sous les procédures, il les enterre sous les indifférences.
Et nous, dans tout ça ? Nous sommes les complices consentants de cette horreur. Nous votons pour des hommes politiques qui fréquentent les mêmes cercles que les prédateurs. Nous consommons les produits des entreprises qui financent ces réseaux. Nous cliquons sur les articles qui parlent de ces affaires, avant de passer à la vidéo suivante, au meme suivant, au scandale suivant. Nous sommes des zombies moraux, des consommateurs d’indignation, des spectateurs passifs de notre propre décadence.
Mais il reste une lueur d’espoir, une résistance possible. L’humanisme, ce vieux mot usé, ce concept ringard, est notre seule arme. Pas l’humanisme des discours, des déclarations, des bonnes intentions. Non, l’humanisme radical, celui qui refuse de détourner les yeux, qui exige des comptes, qui hurle sa colère même quand on lui dit de se taire. Danièle Obono a raison de demander des explications, même si elle sait pertinemment qu’elle n’en obtiendra pas. Car le jour où plus personne ne demandera de comptes, ce jour-là, l’humanité aura définitivement perdu son âme.
Il nous faut une insurrection des consciences. Pas une révolution, non, car les révolutions finissent toujours par dévorer leurs enfants. Une insurrection silencieuse, quotidienne, obstinée. Refuser de participer à ce système, refuser de consommer sa merde, refuser de fermer les yeux. Exiger la vérité, toute la vérité, même quand elle fait mal, même quand elle dérange. Car c’est seulement en regardant l’horreur en face que nous pourrons espérer la vaincre.
Epstein est mort, mais son ombre plane toujours sur nous. Elle nous rappelle que le pouvoir corrompt, que l’argent achète tout, que la justice est une illusion. Mais elle nous rappelle aussi que nous avons le choix : continuer à fermer les yeux, ou enfin les ouvrir.
Analogie finale :
Les rois sont morts, vive les rois !
Dans leurs palais de verre et d’acier,
Ils dansent sur des tombes d’enfants,
Leurs rires sont des cris étouffés.
Les banques sont des cathédrales,
Les lois sont des prières vides,
Les juges psalmodient des sentences
Que personne n’entend plus.
Nous marchons dans leurs pas,
Nous buvons leurs mensonges,
Nous adorons leurs idoles
Sans voir qu’elles nous dévorent.
Mais dans l’ombre, des voix murmurent,
Des mains se tendent, des cœurs battent,
La révolte est un feu qui couve
Sous la cendre des indifférences.
Un jour, les palais trembleront,
Les lois se briseront comme verre,
Et les rois nus seront jugés
Par le tribunal de l’Histoire.
Ce jour-là, nous saurons enfin
Si l’humanité valait la peine
D’être sauvée de ses démons,
Ou si elle méritait sa chute.