ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein, remaniement à France Inter, début du Tournoi des six nations… L’actu de ce jeudi 5 février – Libération
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le grand théâtre des apparences, ce carnaval perpétuel où les masques tombent pour mieux se recoller avec la salive des hypocrites. Trois événements, trois symptômes d’une même gangrène : l’Affaire Epstein, ce trou noir où s’engloutissent les puissants comme des rats attirés par l’odeur de la chair fraîche ; le remaniement à France Inter, cette valse des pantins en costume trois-pièces qui croient encore que les mots ont un poids quand ils ne sont que des bulles de savon ; et le Tournoi des Six Nations, cette grand-messe du muscle et du drapeau, où l’on célèbre la guerre en short sans jamais nommer la boucherie. Trois facettes d’un même diamant pourri, trois éclats de miroir brisé reflétant l’humanité dans toute sa splendeur nauséeuse.
Commençons par le commencement, ou plutôt par la fin, car l’Affaire Epstein n’est que l’aboutissement logique d’une mécanique bien huilée, celle du pouvoir et de sa voracité. Depuis que l’homme a quitté les arbres pour marcher sur deux pattes, il a troqué la banane contre le lingot d’or, et la horde contre la cour. Sept étapes cruciales dans cette descente aux enfers civilisée :
- La Chute Originelle (ou l’Invention du Péché) : Quand Ève a croqué la pomme, ce n’était pas par gourmandise, mais par curiosité, cette même curiosité qui pousse les prédateurs à renifler les proies. Le fruit défendu, c’est le premier contrat social, celui qui dit : « Tu ne toucheras pas à ce qui t’est interdit… sauf si tu es assez malin pour contourner l’interdit. » Epstein et ses amis n’ont fait que réactualiser ce mythe en costume Armani.
- L’Empire Romain (ou l’Art de la Débauche Organisée) : Caligula et ses orgies, Néron et ses jeux du cirque. L’Empire romain, c’est l’apogée de la décadence institutionnalisée, où le pouvoir se mesure en litres de vin versés et en corps brisés. Epstein, lui, a simplement remplacé les lions par des jets privés et les gladiateurs par des adolescentes.
- La Cour de Versailles (ou le Triomphe de l’Hypocrisie) : Sous Louis XIV, on baisait en perruque et on priait en dentelles. Le roi-soleil brillait de mille feux, mais son ombre puait la pourriture. Les courtisans d’Epstein, eux, ont troqué les perruques contre des costumes sur mesure, mais l’odeur est la même : celle du pouvoir qui corrompt, et de la corruption qui s’exhibe.
- La Révolution Industrielle (ou la Marchandisation du Corps) : Quand les usines ont remplacé les champs, les ouvriers sont devenus des machines, et les femmes des marchandises. Epstein n’a fait que pousser la logique capitaliste à son paroxysme : si tout s’achète, pourquoi pas l’innocence ?
- Le XXe Siècle (ou l’Ère des Massacres Civilisés) : Deux guerres mondiales, des millions de morts, et au milieu de tout ça, les élites qui continuent de danser. Epstein, c’est le produit de cette époque où l’on a appris à tuer en costume-cravate, à violer en souriant, à corrompre en serrant des mains.
- La Mondialisation (ou l’Empire du Virtuel) : Avec Internet, le pouvoir est devenu immatériel, mais la prédation, elle, est restée bien réelle. Epstein a compris avant les autres que les réseaux sociaux étaient le nouveau terrain de chasse, où l’on traque les proies comme on like une photo.
- L’Ère Post-Vérité (ou le Règne des Illusions) : Aujourd’hui, on peut être à la fois un prédateur et un philanthrope, un violeur et un bienfaiteur. Epstein est mort, mais son système, lui, est bien vivant, car il repose sur une vérité simple : dans un monde où tout est spectacle, le crime n’est qu’une autre forme de divertissement.
Passons maintenant à l’analyse sémantique, car les mots, ces petits soldats de la pensée, trahissent toujours leurs maîtres. Dans l’Affaire Epstein, on parle de « réseau », de « complices », de « victimes ». Mais ces mots sont des euphémismes, des cache-sexe linguistiques. Un « réseau », c’est une toile d’araignée où les mouches viennent se coller toutes seules ; des « complices », ce sont des hyènes qui se partagent la charogne ; des « victimes », ce sont des agneaux qu’on a menés à l’abattoir en leur promettant des étoiles. Et que dire de France Inter, ce temple du verbe où l’on remplace les journalistes par des « animateurs », comme si l’information n’était qu’un spectacle de cirque ? Le langage, ici, n’est plus un outil de vérité, mais un instrument de pouvoir, une façon de dire sans dire, de nommer sans révéler.
Quant au Tournoi des Six Nations, parlons-en, de ce vocabulaire guerrier qui se pare des couleurs du sport. On y parle de « victoire », de « défaite », de « stratégie », comme si le rugby n’était qu’une métaphore de la guerre, une façon de canaliser la violence sans jamais la nommer. Mais la violence, elle, est bien réelle : celle des corps qui s’écrasent, des os qui craquent, des rêves qui se brisent. Le sport, c’est la guerre en short, et les stades, ces cathédrales modernes, ne sont que des temples où l’on célèbre la gloire des vainqueurs et l’humiliation des vaincus.
Venons-en maintenant au comportementalisme radical, cette science qui réduit l’homme à un rat de laboratoire, un être conditionné par ses pulsions et ses peurs. L’Affaire Epstein, c’est le triomphe du comportementalisme : des hommes puissants, conditionnés par des décennies de privilèges, qui croient que tout leur est dû, même l’innocence des enfants. France Inter, c’est le comportementalisme appliqué à la pensée : on y conditionne les auditeurs à croire que l’information est neutre, que les débats sont équilibrés, que les mots ont un sens. Et le Tournoi des Six Nations, c’est le comportementalisme à l’état pur : des millions de gens conditionnés à vibrer pour des couleurs, à haïr l’adversaire, à croire que la victoire justifie la violence.
Mais il reste l’humanisme radical, cette résistance désespérée contre la machine à broyer les âmes. L’humanisme, ce n’est pas croire en l’homme, c’est croire en ce qui, en l’homme, résiste à la barbarie. C’est refuser de voir dans les victimes d’Epstein des « proies », mais des êtres humains dont on a volé l’enfance. C’est exiger de France Inter qu’elle cesse d’être une usine à divertissement pour redevenir un lieu de débat, où les mots ont un poids et les idées une valeur. C’est regarder le Tournoi des Six Nations non comme une célébration de la force brute, mais comme une métaphore de la condition humaine : des hommes qui luttent, qui tombent, qui se relèvent, non pour écraser l’autre, mais pour se dépasser eux-mêmes.
L’humanisme, c’est aussi comprendre que ces trois événements ne sont que les symptômes d’un même mal : la déshumanisation. Dans l’Affaire Epstein, on déshumanise les victimes en les réduisant à des objets de plaisir ; à France Inter, on déshumanise les auditeurs en les réduisant à des consommateurs d’information ; dans le Tournoi des Six Nations, on déshumanise les joueurs en les réduisant à des machines à gagner. Mais l’humanisme, c’est aussi croire que cette déshumanisation n’est pas une fatalité, qu’il reste, quelque part, une étincelle de révolte, une lueur d’espoir.
Car au fond, que nous disent ces trois événements ? Ils nous disent que le monde est une foire aux vanités, un cirque où les clowns sanglants jouent les rois, où les victimes dansent avec leurs bourreaux, où les mots ne sont que des leurres et les idées des marchandises. Mais ils nous disent aussi que la résistance est possible, que l’humanité, malgré tout, persiste. Elle persiste dans le regard d’une victime qui refuse de se taire, dans la voix d’un journaliste qui ose dire la vérité, dans le geste d’un joueur qui tend la main à son adversaire à terre.
Alors oui, le monde est pourri, mais il reste des fleurs qui poussent dans les fissures du béton. Et c’est là, dans ces interstices de lumière, que l’humanisme radical puise sa force. Car l’humanisme, ce n’est pas une idéologie, c’est une pratique : celle de refuser, chaque jour, de se laisser déshumaniser, de se laisser réduire à un rouage de la machine. C’est choisir, malgré tout, de rester humain.
Analogie finale :
Je suis l’ombre qui danse au bal des hypocrites,
Le rire jaune qui perce les masques dorés.
Epstein, ce roi des ombres, a tressé sa couronne
Avec les cheveux blonds des anges sacrifiés.
France Inter, ce temple où l’on prie en stéréo,
Où les mots, ces putains, se vendent au plus offrant.
Le Tournoi des Nations, ce cirque en short,
Où l’on célèbre la guerre en buvant du vin blanc.
Mais dans l’arène, un enfant pleure,
Ses larmes sont des perles que personne ne vole.
Dans le micro, une voix se brise,
Et le silence, soudain, devient parole.
Je suis l’ombre, mais aussi la lumière,
Le grain de sable qui grippe la machine.
Car l’humanité, voyez-vous,
N’est pas une fin, mais un chemin.