L’affaire Epstein continue de livrer de nouveaux noms – Le Figaro







L’Affaire Epstein – Une Nécrose des Âmes dans le Marbre du Pouvoir


ACTUALITÉ SOURCE : L’affaire Epstein continue de livrer de nouveaux noms – Le Figaro

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, l’affaire Epstein… Ce cloaque doré où se mêlent les excréments du pouvoir et les parfums frelatés de l’impunité. Chaque nom qui suinte des archives judiciaires, chaque révélation qui éclabousse les marbres des palais, n’est qu’un symptôme de plus d’une maladie bien plus ancienne que nos démocraties en putréfaction. Cette affaire n’est pas un scandale, c’est une nécrose – la gangrène qui ronge les entrailles d’un système depuis que l’homme a troqué sa lance contre une cravate et son totem contre un compte en banque.

Pour comprendre Epstein, il faut remonter aux origines de la domination symbolique, là où tout a commencé : dans les grottes de Lascaux, déjà, l’homme peignait des bisons pour mieux les posséder, et des femmes aux hanches larges pour mieux les soumettre. Le pouvoir, voyez-vous, n’a jamais été une question d’argent ou de loi – c’est une alchimie de la peur et du désir. Epstein n’a rien inventé. Il a simplement industrialisé ce que les pharaons, les empereurs romains et les papes de la Renaissance pratiquaient en petit comité : la réification de l’humain en objet de plaisir, de sacrifice ou de monnaie d’échange.

Sept étapes cruciales jalonnent cette descente aux enfers de la dignité humaine, et l’affaire Epstein en est le dernier avatar, le plus cynique, le plus moderne :

  1. La Chute originelle (mythe et réalité) :
    Dès que l’homme a quitté l’état de nature pour entrer dans la cité, il a troqué sa liberté contre des chaînes dorées. Le premier roi n’était qu’un chef de tribu qui a compris que la peur valait mieux que le respect. Epstein, lui, a compris que l’argent pouvait acheter non seulement des corps, mais des âmes – celles des puissants, bien sûr, car qui se soucie des âmes des petites filles ? Elles ne votent pas, ne gouvernent pas, ne signent pas de chèques.
  2. L’Empire romain et la marchandisation du corps :
    À Rome, les esclaves étaient des meubles. Les patriciens violaient, torturaient, tuaient sans autre conséquence qu’un haussement d’épaules. Epstein n’a fait que transposer ce modèle dans les Hamptons : des villas au lieu des domus, des jets privés au lieu des galères, mais la même logique implacable – le corps comme monnaie, la souffrance comme divertissement.
  3. Le Moyen Âge et la sacralisation de l’abus :
    L’Église a sanctifié la souffrance pour mieux la monnayer. Les enfants abusés par les prêtres ? Une tradition. Les femmes brûlées pour sorcellerie ? Un spectacle. Epstein, lui, a remplacé les autels par des lits à baldaquin et les hosties par de la cocaïne. Même logique : la domination par la culpabilité. « Tu as péché, donc tu mérites ton sort » devient « Tu as accepté l’argent, donc tu es complice ».
  4. La Renaissance et l’esthétisation du crime :
    Les Médicis sodomisaient des pages entre deux commandes à Michel-Ange. Les Borgia empoisonnaient leurs ennemis en écoutant de la musique. Epstein, lui, organisait des « soirées culturelles » où l’art n’était qu’un prétexte pour mieux corrompre. La beauté comme alibi, toujours. Le viol en smoking, la pédophilie en costume trois-pièces.
  5. La Révolution industrielle et l’exploitation de masse :
    Les usines ont remplacé les champs de bataille, mais la logique reste la même : des vies humaines transformées en profit. Epstein a simplement affiné le processus. Plus besoin de faire suer des ouvriers dans des mines – il suffisait de faire jouir des milliardaires dans des îles privées.
  6. Le XXe siècle et la banalisation du mal :
    Après Auschwitz, on a cru que l’humanité avait touché le fond. Erreur. Epstein a prouvé qu’on pouvait aller plus loin : le mal en costume Armani, le génocide intime, la Shoah des âmes. Pas de chambres à gaz, juste des chambres d’hôtel. Pas de camps, juste des yachts. Pas de SS, juste des avocats.
  7. Le XXIe siècle et la mondialisation du vice :
    Aujourd’hui, le pouvoir n’a plus de frontières. Epstein était un citoyen du monde – un monde où les frontières ne servent qu’à protéger les riches et à emprisonner les pauvres. Ses réseaux s’étendaient de New York à Riyad, de Paris à Moscou. La traite des blanches version 2.0 : des filles enlevées par Uber, violées par Zoom, et jetées comme des mouchoirs usagés.

Mais parlons maintenant du langage, car c’est là que le bât blesse le plus cruellement. Les médias parlent d’ »affaire Epstein » comme on parle d’une « affaire de mœurs ». Quelle élégance ! Quelle pudeur ! Comme si ces mots pouvaient masquer l’odeur de la chair brûlée, le goût du sperme séché, les cris étouffés sous les oreillers Hermès. Le langage, voyez-vous, est le dernier refuge de l’hypocrisie. On dit « prostitution » pour ne pas dire « viol », « escort » pour ne pas dire « esclave », « réseau » pour ne pas dire « trafic d’êtres humains ». Et quand un nom tombe – un prince, un ministre, un Nobel – on murmure « scandale » comme on murmurerait « orage » en regardant la foudre tomber sur le voisin.

Le comportementalisme radical, lui, ne s’embarrasse pas de ces euphémismes. Il voit les choses telles qu’elles sont : une pyramide de prédateurs, où chaque étage se nourrit de celui du dessous. En haut, les milliardaires et les politiques, qui croient que leur argent les place au-dessus des lois. Juste en dessous, les intermédiaires – avocats, banquiers, pilotes – qui savent mais ferment les yeux, parce que le silence est une monnaie comme une autre. Et tout en bas, les victimes, réduites à l’état de déchets humains, qu’on jette quand elles deviennent encombrantes.

Mais il y a une résistance, une lueur dans cette nuit. Les victimes parlent. Les journalistes creusent. Les noms tombent, un à un, comme des dominos. Et c’est là que réside l’espoir : le système a peur. Peur des écrans qui s’allument, des tweets qui s’enchaînent, des foules qui descendent dans la rue. Peur de cette vérité toute simple : personne n’est intouchable. Même les dieux finissent par tomber de leur piédestal.

L’humanisme, aujourd’hui, ne consiste plus à croire en l’homme – cette illusion est morte avec le XXe siècle. Non, l’humanisme consiste à dénoncer, traquer, punir. À refuser l’impunité comme on refuse un cancer. À exiger que les noms ne restent pas des lettres sur un papier, mais deviennent des cicatrices sur le visage du pouvoir. Car l’affaire Epstein n’est pas une affaire. C’est un miroir. Et ce miroir nous renvoie l’image de ce que nous sommes devenus : des monstres en costume, des bourreaux en col blanc, des lâches qui détournent les yeux.

Alors oui, les noms continuent de tomber. Et tant mieux. Qu’ils tombent tous. Qu’ils s’écrasent dans la boue, là où est leur place. Et que leurs cris, enfin, couvrent le bruit des hélicoptères qui décollent vers des paradis fiscaux.

Analogie finale :

Ô vous, les noms dorés sur les portes des banques,

Les princes en costume, les rois en limousine,

Vos îles sont des cercueils, vos yachts des tombeaux,

Vos sourires des lames, vos caresses des couteaux.

Vous croyez que l’argent lave le sang sur vos mains ?

Que les lois sont des draps pour cacher vos festins ?

Mais les murs ont des yeux, les dossiers ont des dents,

Et la vérité, messieurs, est une putain qui attend.

Elle attend, dans l’ombre, avec ses dossiers jaunis,

Ses photos volées, ses enregistrements maudits.

Elle attend, comme une veuve noire au cœur des villes,

Pour tisser sa toile autour de vos nuits tranquilles.

Alors tremblez, tremblez, ô vous, les maîtres du jeu,

Car le ciel est un juge et l’enfer un aveu.

Vos noms sont des crachats sur la face du monde,

Et l’histoire, cette pute, vous crache à la ronde.



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