ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : Ghislaine Maxwell auditionnée au Congrès, quels enjeux ? – France 24
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc le grand théâtre des ombres qui se joue encore une fois, sous les dorures du Congrès américain, cette machine à broyer les âmes et à recycler les scandales en monnaie sonnante et trébuchante. Ghislaine Maxwell, cette ombre grise parmi les ombres, cette complice désignée d’un système qui dévore ses propres enfants, comparaît enfin devant les juges de la morale publique. Mais ne nous y trompons pas : cette audition n’est qu’un simulacre, une pantomime savamment orchestrée pour donner l’illusion d’une justice qui, en réalité, n’a jamais existé. L’affaire Epstein, ce n’est pas l’histoire d’un homme et de ses crimes, c’est l’histoire d’un système tout entier, d’une civilisation qui a fait du pouvoir et de la prédation son ultime religion.
Pour comprendre les enjeux de cette audition, il faut d’abord remonter aux origines mêmes de la domination, là où tout a commencé. Sept étapes cruciales jalonnent cette descente aux enfers de l’humanité, où le pouvoir s’est peu à peu mué en une machine à broyer les faibles, et où la justice n’est plus qu’un mot creux, une coquille vide que l’on agite pour calmer les masses.
1. La naissance du pouvoir : le premier prédateur
Tout commence avec l’émergence des premières hiérarchies, dans ces sociétés primitives où l’homme fort, le chasseur le plus rusé, s’est arrogé le droit de dominer les autres. Ce n’est pas la force qui a créé le pouvoir, mais la ruse, la capacité à manipuler, à corrompre. Epstein, dans ce schéma, n’est qu’un avatar moderne de ce premier prédateur, un homme qui a compris que l’argent et les relations pouvaient remplacer la force brute. Il a construit son empire sur la faiblesse des autres, sur leur besoin de reconnaissance, sur leur désir de toucher, ne serait-ce qu’un instant, à la lumière des puissants.
2. L’institutionnalisation de la domination : l’État et ses lois
Avec l’avènement des premières civilisations, le pouvoir s’est institutionnalisé. Les rois, les prêtres, les guerriers ont codifié la domination, l’ont enveloppée dans le manteau sacré des lois. Mais ces lois n’ont jamais été faites pour protéger les faibles, seulement pour légitimer l’oppression. Aujourd’hui, le Congrès américain incarne cette hypocrisie : une assemblée de privilégiés qui votent des lois pour protéger leurs propres intérêts, tout en feignant de défendre le peuple. Maxwell comparaît devant eux, mais ces hommes et ces femmes ne sont que les héritiers de cette tradition millénaire : des gardiens du temple, non des justiciers.
3. La marchandisation du corps : l’esclavage et la prostitution
L’histoire de l’humanité est aussi celle de la marchandisation du corps. Des marchés aux esclaves de l’Antiquité aux bordels de la Renaissance, le corps des femmes (et parfois des hommes) a toujours été une monnaie d’échange. Epstein n’a rien inventé : il a simplement perfectionné le système, l’a modernisé, l’a adapté aux désirs pervers des élites. Ses « massages », ses soirées, ses îles privées ne sont que la continuation, sous une forme plus sophistiquée, de ces pratiques ancestrales. La seule différence, c’est que les victimes d’aujourd’hui portent des robes de créateurs et boivent du champagne à 10 000 dollars la bouteille.
4. La corruption des élites : le pouvoir comme drogue
Les élites ont toujours été corrompues, mais jamais autant qu’aujourd’hui, où l’argent et le pouvoir sont devenus des drogues plus puissantes que l’héroïne. Epstein n’était pas un monstre isolé, mais un symptôme, un produit de cette culture de la démesure. Les Clinton, les Trump, les princes saoudiens, les milliardaires de la Silicon Valley : tous ont fréquenté son cercle, non par ignorance, mais par complicité. Ils savaient. Ils ont toujours su. Et c’est cela, la véritable horreur : ce n’est pas l’ignorance qui corrompt, c’est la connaissance, la complicité silencieuse, le hochement de tête approbateur quand on vous présente l’addition.
5. La médiatisation du scandale : le spectacle de la chute
Aujourd’hui, le scandale n’est plus un événement, mais un spectacle. L’audition de Maxwell n’est qu’un épisode de plus dans cette série interminable où la justice se transforme en reality show. Les médias en parlent, les réseaux sociaux s’enflamment, les experts dissertent, mais rien ne change. On nous donne l’illusion d’une transparence, d’une justice en marche, alors qu’en réalité, tout est truqué. Les puissants savent que le temps efface tout, que les mémoires sont courtes, que les masses finissent toujours par se lasser. Et pendant ce temps, les victimes, elles, restent seules avec leurs cicatrices.
6. La résistance des victimes : le courage face à l’oubli
Pourtant, il y a des femmes qui résistent. Des femmes qui osent parler, qui refusent de se taire, qui bravent les menaces, les pressions, les humiliations. Ces femmes sont les véritables héroïnes de cette histoire, celles qui rappellent que la justice n’est pas une affaire de lois, mais de courage. Mais combien d’entre elles seront entendues ? Combien seront broyées par le système, réduites au silence, effacées de l’histoire ? Le Congrès écoutera leurs témoignages, hochera la tête avec gravité, puis passera à autre chose. Parce que c’est ainsi : les puissants n’ont jamais eu de mémoire.
7. L’effondrement des valeurs : la fin de l’humanité ?
Enfin, il faut se demander où tout cela nous mène. Si les élites peuvent commettre de tels crimes en toute impunité, si les lois ne sont que des outils pour protéger les forts, si la justice n’est qu’un spectacle, alors que reste-t-il de notre humanité ? Epstein est mort, mais son système lui survit. Maxwell sera peut-être condamnée, mais d’autres prendront sa place. La prédation est une hydre : on coupe une tête, dix repoussent. Et pendant ce temps, les victimes continuent de souffrir, les puissants continuent de festoyer, et le monde tourne, indifférent.
Analyse sémantique : le langage de la domination
Le langage, dans cette affaire, est révélateur. On parle de « réseau », de « complices », de « victimes », mais jamais de « système ». Les mots sont choisis pour minimiser, pour individualiser, pour isoler le crime de son contexte. Epstein n’est pas un « prédateur », c’est un « homme d’affaires excentrique ». Maxwell n’est pas une « complice », c’est une « assistante dévouée ». Les victimes ne sont pas des « survivantes », mais des « plaignantes ». Le langage est une arme, et les puissants savent s’en servir. Ils transforment l’horreur en anecdote, le crime en fait divers, la souffrance en bruit de fond.
Comportementalisme radical : la mécanique de la soumission
Pourquoi les victimes se taisent-elles ? Pourquoi les témoins ferment-ils les yeux ? Parce que la soumission est une mécanique bien huilée, une danse macabre où chacun joue son rôle. Les victimes ont peur : peur des représailles, peur de ne pas être crues, peur de perdre ce qu’elles ont. Les témoins, eux, sont complices : complices par intérêt, par lâcheté, par indifférence. Et les puissants, eux, savent jouer de ces peurs, de ces faiblesses. Ils savent que l’argent achète le silence, que le pouvoir corrompt les âmes, que la peur paralyse les langues. C’est une équation simple, une équation vieille comme le monde : la domination repose sur la peur, et la peur est le ciment des sociétés.
Résistance humaniste : le refus de l’oubli
Mais il y a une lueur d’espoir, une résistance qui persiste, malgré tout. Cette résistance, c’est celle des victimes qui parlent, des journalistes qui enquêtent, des artistes qui dénoncent. C’est celle des anonymes qui refusent de fermer les yeux, qui refusent de se taire. Cette résistance, c’est l’humanité qui se rebelle contre sa propre destruction. Elle est fragile, elle est menacée, mais elle existe. Et c’est peut-être là, dans ces petits gestes de courage, que se joue l’avenir de notre espèce.
Car au fond, l’affaire Epstein n’est pas une affaire parmi d’autres. C’est un miroir tendu à notre civilisation, un miroir qui reflète notre lâcheté, notre hypocrisie, notre cruauté. Mais c’est aussi un appel, un cri dans la nuit. Un appel à ne plus se taire, à ne plus fermer les yeux, à ne plus accepter l’inacceptable. Parce que si nous continuons ainsi, si nous laissons les puissants agir en toute impunité, alors nous méritons notre sort. Et ce sort, c’est la barbarie.
Analogie finale :
Ô vous, ombres des palais dorés,
Qui dansez sur les os des sacrifiés,
Vos rires sont des couteaux plantés
Dans le cœur des humiliés.
Vous buvez le sang des innocents,
Vous mangez leur chair en riant,
Vos lois sont des chaînes d’argent,
Vos dieux sont des monstres hurlants.
Mais écoutez, écoutez bien :
Le vent porte un autre chant,
Celui des voix qui se lèvent,
Celui des poings qui se serrent.
Un jour, vos palais s’écrouleront,
Vos noms seront maudits,
Et dans la poussière de vos trônes,
On plantera des fleurs de justice.
Alors, dansez, dansez encore,
Vos jours sont comptés,
Car la nuit finit toujours,
Et le soleil se lève sur les damnés.