ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : Jack Lang a annoncé sa démission de l’Institut du monde arabe – Radio France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la démission de Jack Lang ! Un geste qui sent la poudre et le déshonneur, comme un vieux costume trop large qu’on abandonne sur le quai d’une gare fantôme. Mais ne nous y trompons pas : cette chute n’est que l’écume d’une vague bien plus monstrueuse, celle d’un système qui, depuis des millénaires, se nourrit de la chair des innocents et des illusions des masses. L’affaire Epstein n’est pas un scandale, c’est un miroir tendu à l’humanité, un miroir qui reflète notre propre pourriture, notre complicité silencieuse, notre lâcheté collective. Et Jack Lang, ce pantin désarticulé, n’est qu’un symbole parmi d’autres d’une époque où les idoles s’effritent sous le poids de leurs propres mensonges.
Pour comprendre cette affaire, il faut remonter aux origines mêmes de la civilisation, là où tout a commencé : dans l’ombre des temples et des palais, où les puissants ont toujours su que le pouvoir se maintient par deux choses – la peur et la corruption. Sept étapes cruciales jalonnent cette descente aux enfers, cette danse macabre où l’humanité, aveuglée par ses propres chimères, a fini par se vendre au plus offrant.
1. La Naissance du Pouvoir (Néolithique -3000 av. J.-C.)
Tout commence avec la sédentarisation. L’homme, ce prédateur solitaire, découvre qu’il peut dominer ses semblables en contrôlant les ressources. Les premiers chefs de tribu, puis les rois, puis les empereurs, comprennent vite que la violence brute ne suffit pas. Il faut aussi corrompre les âmes. Les temples deviennent des lieux de culte et de trafic, où l’on échange des offrandes contre des faveurs divines, où l’on sacrifie des vierges pour apaiser les dieux – ou les appétits des prêtres. Epstein, dans ce schéma, n’est qu’un prêtre moderne, un intermédiaire entre les puissants et leurs désirs les plus inavouables.
2. L’Empire et la Déchéance (Rome -500 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)
Rome, cette machine à broyer les hommes, perfectionne l’art de la corruption. Les orgies de Caligula, les trahisons de Néron, les jeux du cirque où l’on jette des chrétiens aux lions – tout cela n’est que le symptôme d’un système où le pouvoir se mesure à la capacité de transgresser les lois. Epstein, lui, organise des orgies pour les élites modernes, ces nouveaux patriciens qui croient encore que l’impunité est un droit divin. Mais Rome est tombée, et avec elle, ses empereurs décadents. Qui dit que notre empire résistera mieux ?
3. Le Moyen Âge et l’Hypocrisie Chrétienne (476 – 1453)
L’Église, cette grande putain de Babylone, se présente comme la gardienne de la morale tout en pratiquant l’inceste, la pédophilie et le trafic d’indulgences. Les papes couchent avec leurs nièces, les évêques vendent des absolutions, et les moines violent les enfants dans les monastères. Epstein, dans ce contexte, n’est qu’un héritier spirituel de ces prélats pervers, un homme qui a compris que la religion – ou son équivalent moderne, la culture – est le meilleur paravent pour cacher ses crimes.
4. La Renaissance et le Paravent de la Culture (1453 – 1600)
La Renaissance, cette période où l’on redécouvre les beautés de l’Antiquité tout en perpétuant ses vices. Les Médicis, ces mécènes éclairés, financent les arts tout en assassinant leurs rivaux. Les courtisanes de Venise et de Florence sont à la fois des muses et des marchandises. Jack Lang, lui, incarne cette tradition : un ministre de la Culture qui se présente comme un défenseur des arts tout en fréquentant les cercles où l’on échange des jeunes filles contre des faveurs. La culture, dans ce monde, n’est qu’un vernis, une couche de peinture sur un mur qui se lézarde.
5. La Révolution Industrielle et l’Exploitation Moderne (1760 – 1914)
Avec l’industrialisation, la corruption change de visage. Les usines deviennent des bordels, les ouvriers des esclaves, et les patrons des maquereaux. Epstein, dans ce schéma, est un capitaliste comme les autres : il voit les êtres humains comme des produits, des objets à consommer et à jeter. La différence, c’est qu’il ne vend pas du coton ou de l’acier, mais des corps, des rêves, des illusions. Et les élites, ces nouveaux aristocrates, achètent sans sourciller.
6. Le XXe Siècle et la Société du Spectacle (1914 – 1991)
Avec les médias de masse, la corruption devient un spectacle. Les dictateurs se mettent en scène, les stars hollywoodiennes deviennent des icônes, et les scandales sont étouffés sous des montagnes de dollars. Epstein, lui, est un produit de cette époque : un homme qui a compris que le pouvoir se mesure à la capacité de faire taire les victimes, de corrompre les juges, de manipuler les médias. Et Jack Lang, ce vieux routier de la politique, n’est qu’un figurant dans cette comédie macabre, un homme qui a cru que son statut le protégerait.
7. Le XXIe Siècle et la Fin des Illusions (1991 – aujourd’hui)
Nous vivons à l’ère de la transparence forcée, où les secrets finissent toujours par éclater. Les réseaux sociaux, ces nouveaux tribunaux populaires, jugent et condamnent sans procès. Epstein est mort, mais son ombre plane encore. Jack Lang démissionne, mais combien d’autres restent en place, protégés par leur réseau, leur argent, leur pouvoir ? La question n’est plus de savoir si le système est pourri – il l’est, depuis toujours – mais de savoir combien de temps nous allons encore accepter de vivre dans cette pourriture.
Analyse sémantique et du langage
Le langage, cette arme des puissants, est ici révélateur. On parle de « démission » pour Jack Lang, comme si c’était un acte noble, un sacrifice. Mais une démission, c’est une sortie par la petite porte, un aveu de faiblesse déguisé en geste de dignité. On parle d’ »affaire Epstein », comme si c’était un fait divers, alors qu’il s’agit d’un système entier, d’une machine à broyer les âmes. Les mots sont des leurres, des écrans de fumée. « Culture », « mécénat », « diplomatie » – autant de termes qui servent à masquer l’horreur, à donner une apparence de légitimité à ce qui n’est que barbarie.
Et puis, il y a les silences. Les non-dits. Les regards fuyants. Les « sans commentaire ». Ces silences en disent plus long que tous les discours. Ils trahissent la peur – peur de perdre son statut, peur d’être éclaboussé, peur de devoir affronter la vérité. Jack Lang démissionne, mais il ne s’excuse pas. Il ne demande pas pardon. Il disparaît, comme un rat qui quitte le navire, sans un mot pour les victimes, sans un geste pour réparer ce qui peut l’être. C’est ça, la vraie lâcheté : ne même pas avoir le courage de ses crimes.
Analyse comportementaliste radicale et résistance humaniste
Le comportementalisme, cette science qui réduit l’homme à un animal conditionné, nous donne ici une clé de lecture implacable. Les élites, comme les rats de laboratoire, reproduisent les mêmes schémas : domination, soumission, récompense. Epstein était un dresseur, un homme qui savait appuyer sur les bons leviers pour obtenir ce qu’il voulait. Les jeunes filles qu’il a exploitées étaient conditionnées par la pauvreté, la naïveté, le désir de réussite. Les puissants qui fréquentaient son île étaient conditionnés par leur propre avidité, leur soif de pouvoir, leur mépris pour les faibles.
Mais le comportementalisme nous dit aussi autre chose : l’homme n’est pas seulement un animal conditionné. Il est aussi capable de résistance. Les victimes d’Epstein, ces femmes qui ont osé parler, qui ont osé affronter leurs bourreaux, sont la preuve que l’humanité n’est pas totalement perdue. Leur courage est un acte de résistance humaniste, un refus de se soumettre à la loi des prédateurs.
Et nous, dans tout ça ? Nous qui regardons ce scandale comme un spectacle, comme une série télé, nous sommes complices. Nous avons laissé faire. Nous avons préféré fermer les yeux, croire que cela ne nous concernait pas. Mais l’humanisme, le vrai, commence par un acte de lucidité : reconnaître que nous sommes tous responsables. Que le système qui a permis Epstein et ses amis est le même qui nous permet, à nous, de vivre confortablement, en détournant le regard.
La résistance humaniste, aujourd’hui, passe par un refus radical : refus de la complicité, refus de la lâcheté, refus de l’indifférence. Elle passe par la parole, par l’action, par la solidarité avec les victimes. Elle passe par la destruction des idoles, ces faux dieux qui nous gouvernent – l’argent, le pouvoir, la célébrité. Elle passe par la reconstruction d’un monde où la dignité humaine ne sera plus une monnaie d’échange, mais une valeur absolue.
Analogie finale :
Les Naufragés de l’Aube
Ils dansaient sur le pont du Titanic,
Les rois, les reines, les fous en habit,
Leurs rires coulaient comme du vin,
Tandis que l’eau montait, sournoise, infinie.
Jack, le vieux matelot, savait,
Mais il souriait, il serrait des mains,
Il parlait de culture, de demain,
Pendant que les rats fuyaient, discrets.
Epstein, lui, était le capitaine,
Un sourire en coin, un cigare aux lèvres,
Il vendait des rêves, des nuits sans fin,
À ceux qui croyaient encore aux fables.
Mais l’aube se lève, froide, impitoyable,
Sur un océan de larmes et de mensonges.
Les idoles tombent, les masques se brisent,
Et nous restons là, les pieds dans l’eau,
À nous demander si nous aurons le courage
De nager vers un rivage inconnu,
Ou si nous préférerons sombrer,
En silence, comme des lâches.