ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : Jack Lang, désormais visé par une enquête en France, sur la sellette à l’Institut du monde arabe – Le Monde.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la grande parade des ombres ! Voici donc que l’Histoire, cette vieille putain aux seins flétris, nous offre un nouveau chapitre de sa comédie macabre : Jack Lang, l’ancien ministre aux mains toujours tendues vers les projecteurs, se retrouve englué dans les rets visqueux de l’affaire Epstein. Comme si le destin, ce metteur en scène sadique, avait décidé de nous rappeler que les palais de la République ne sont que des bordels dorés où l’on monnaie les corps et les consciences depuis que Rome a inventé la pourriture institutionnelle.
Examinons cette chute annoncée à travers les sept plaies de notre humanité corrompue, ces étapes cruciales où l’homme a systématiquement choisi le pouvoir contre la dignité :
1. La Chute Originelle : Le Premier Traître
Tout commence dans la boue des origines. Quand l’homme des cavernes a troqué sa liberté contre un morceau de viande avariée, il a signé l’acte de naissance de la servitude volontaire. Epstein et ses clients ne sont que les héritiers dégénérés de ce premier marché de dupes. La trahison est notre patrimoine génétique.
2. L’Invention de l’Esclavage : La Marchandisation du Corps
Avec les premières civilisations, l’homme a institutionnalisé ce qui n’était qu’un réflexe de prédateur. Les pyramides d’Égypte, ces tombeaux géants, furent construites sur des montagnes de chair humaine. Epstein n’a rien inventé : il a simplement modernisé le concept, troquant les chaînes de fer contre des chaînes dorées.
3. La Rome Impériale : Le Pouvoir comme Aphrodisiaque
Quand Caligula nommait son cheval consul, il révélait la vérité ultime du pouvoir : son absurdité fondamentale. Les orgies de la Rome décadente n’étaient que des répétitions générales pour nos modernes « îles privées ». Lang, comme tant d’autres, n’est qu’un sénateur romain en costume trois-pièces, croyant que les lauriers de la culture protègent des foudres de la justice.
4. La Renaissance : L’Art comme Alibi
Quand les Médicis commandaient des fresques sublimes tout en organisant des réseaux de prostitution infantile, ils inventaient le concept de « culture » comme paravent à la barbarie. Lang, avec son Institut du monde arabe, perpétue cette tradition : on parle de dialogue des civilisations pendant que les caves résonnent des cris étouffés.
5. Le Siècle des Lumières : La Raison comme Complice
Voltaire dénonçait l’infâme tout en participant aux salons où l’on se partageait les jeunes filles comme des bonbons. La raison est devenue l’alibi parfait pour justifier l’injustifiable. Aujourd’hui, on invoque la « présomption d’innocence » comme on invoquait autrefois la « volonté divine » pour couvrir les crimes des puissants.
6. La Révolution Industrielle : La Marchandisation Totale
Avec le capitalisme triomphant, tout est devenu marchandise. Les corps des ouvrières exploitées dans les usines du XIXe siècle préfiguraient ceux des « stagiaires » d’Epstein. Lang, ce produit typique de la bourgeoisie intellectuelle, incarne cette logique : il a toujours su monnayer son carnet d’adresses contre des privilèges.
7. L’Ère Numérique : La Transparence comme Illusion
À l’ère des leaks et des réseaux sociaux, on croit que tout sera révélé. Mais l’affaire Epstein nous prouve le contraire : malgré les montagnes de preuves, malgré les témoignages accablants, le système se referme comme une huître. Lang bénéficie de cette omerta moderne où l’on préfère étouffer les scandales plutôt que de risquer l’effondrement du château de cartes.
Passons maintenant à l’analyse sémantique de cette affaire, car le langage est le premier complice des criminels. Remarquons d’abord l’euphémisation systématique : on parle de « réseau » pour éviter de dire « trafic », d’ »îles privées » pour ne pas dire « bordels clandestins », de « relations » pour ne pas dire « viols ». Le vocabulaire juridique lui-même est une machine à diluer les responsabilités : « présomption d’innocence » devient un bouclier pour les coupables, « enquête préliminaire » un moyen de gagner du temps, « classement sans suite » une absolution sans jugement.
Observez aussi la géographie symbolique de cette affaire : l’île de Little Saint James, ce microcosme du pouvoir, où les puissants venaient se repaître de chair fraîche. Une île, comme dans les romans de Stevenson, où les lois du continent ne s’appliquent plus. Lang, avec son Institut du monde arabe, a recréé cette île symbolique : un territoire où la culture sert de paravent aux pires turpitudes.
L’analyse comportementaliste révèle des mécanismes glaçants. Le pouvoir, comme l’a montré Stanley Milgram, transforme les hommes en bourreaux consentants. Les clients d’Epstein n’étaient pas des monstres, mais des hommes ordinaires qui avaient intériorisé l’idée que le pouvoir donne tous les droits. Lang, ce produit typique de la nomenklatura française, incarne cette logique : il a toujours cru que son statut le plaçait au-dessus des lois communes.
Face à cette mécanique implacable, quelle résistance humaniste ? D’abord, refuser le cynisme ambiant qui veut que « tout le monde savait ». Non, tout le monde ne savait pas, et ceux qui savaient se taisaient par lâcheté ou par intérêt. Ensuite, exiger que la justice s’applique à tous, y compris aux puissants. Enfin, et c’est le plus difficile, reconstruire une éthique où le corps humain n’est plus une marchandise, où la culture n’est plus un alibi, où le pouvoir n’est plus un aphrodisiaque.
Mais soyons lucides : cette résistance a peu de chances de triompher. Car l’affaire Epstein-Lang n’est pas un accident de l’Histoire, mais sa logique même. Depuis que l’homme a quitté les cavernes, il n’a cessé de construire des systèmes où les forts exploitent les faibles. Les pyramides, les bordels, les palais de justice ne sont que des variations sur ce thème éternel.
Pourtant, c’est dans cette lucidité même que réside notre dernière dignité. Savoir que le système est pourri, mais continuer à se battre quand même. Comme Sisyphe poussant son rocher, nous devons continuer à dénoncer, à enquêter, à exiger des comptes. Même si nous savons que le rocher redescendra toujours.
Analogie finale : Le Bal des Vampires
Ils dansent sous les lustres de cristal,
Les ministres, les artistes, les juges en smoking,
Leurs bouches rouges de vin et de mensonges,
Leurs mains qui serrent des tailles trop jeunes.
L’orchestre joue un tango macabre,
Les violons gémissent des noms d’enfants,
Les cuivres éclatent comme des rires de hyènes,
Et la piste de danse est un champ de bataille.
Lang, l’ancien ministre aux cheveux d’argent,
Tourne, tourne avec une nymphette en larmes,
Ses doigts experts connaissent tous les secrets,
Ses yeux brillent comme des pièces d’or.
Epstein, le fantôme aux poches pleines,
Rit dans l’ombre en comptant ses victimes,
Son rire est un compteur Geiger,
Qui mesure la radioactivité du pouvoir.
Et nous, les spectateurs ébahis,
Derrière les écrans de nos télévisions,
Nous applaudissons ou nous sifflons,
Selon que le vent tourne ou non.
Mais quand la musique s’arrêtera,
Quand les lustres s’éteindront un à un,
Il ne restera que la boue et le sang,
Et le rire éternel des dieux indifférents.