ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : Bertrand Delanoë appelle au respect de « la présomption d’innocence » mais estime que Jack Lang « doit rendre des comptes » – franceinfo.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la comédie humaine dans toute sa splendeur putride ! Voici donc que resurgit, tel un cadavre mal lesté remontant des profondeurs, l’affaire Epstein, ce nœud gordien où se croisent pouvoir, argent, sexe et impunité. Bertrand Delanoë, ce vieux renard socialiste, joue les équilibristes sur le fil ténu de la morale publique : d’un côté, il invoque la sacro-sainte présomption d’innocence – ce dogme juridique qui sert trop souvent de bouclier aux puissants – et de l’autre, il désigne Jack Lang, l’ancien ministre de la Culture, sommé de « rendre des comptes ». Quelle délicieuse hypocrisie ! Comme si les comptes à rendre n’étaient qu’une formalité comptable, une simple question de transparence bancaire, et non l’abîme d’une humanité corrompue jusqu’à la moelle.
Mais plongeons, voulez-vous, dans les sept strates de cette pourriture, ces sept étapes cruciales qui, depuis la nuit des temps, ont façonné cette danse macabre entre pouvoir et prédation.
1. Les Origines : Le Péché Originel du Pouvoir
Dès que l’homme a quitté les arbres pour ériger des temples, il a aussi érigé des autels à sa propre domination. Le pouvoir n’est pas un accident de l’histoire, mais sa substance même. Dans les sociétés primitives, le chef, le chaman, le guerrier – tous savaient que leur autorité reposait sur une violence fondatrice. Epstein n’est que l’héritier dégénéré de cette logique : accumuler du pouvoir pour s’affranchir des lois qui enchaînent les simples mortels. La prédation sexuelle n’est qu’une métaphore de cette voracité plus large, ce désir de posséder, de soumettre, de réduire l’autre à l’état d’objet. Le vrai scandale n’est pas Epstein, mais le système qui l’a engendré, nourri, protégé.
2. L’Antiquité : La Cité et ses Monstres
À Athènes, à Rome, les élites jouaient déjà avec les corps comme avec des jetons sur une table de jeu. Les jeunes éphèbes, les esclaves, les courtisanes – tous étaient des proies désignées. Socrate lui-même, ce parangon de vertu, n’était-il pas accusé de corrompre la jeunesse ? La différence, c’est que dans l’Antiquité, la prédation était assumée, presque ritualisée. Aujourd’hui, on la cache derrière des contrats, des avocats, des sociétés écrans. Epstein, avec ses îles privées et ses jets remplis de jeunes filles, n’est qu’un Caligula moderne, mais sans la franchise du tyran romain.
3. Le Moyen Âge : L’Église et la Chasse Gardée
Ah, le Moyen Âge ! L’époque où l’Église, cette grande putain, vendait des indulgences tout en violant des enfants dans ses monastères. Les prêtres, ces loups en soutane, savaient que leur pouvoir spirituel était aussi un pouvoir sur les corps. Epstein, lui, a remplacé la croix par le dollar, mais la logique est la même : utiliser une forme de sacralité (l’argent, le pouvoir politique) pour assouvir ses désirs les plus vils. Et comme au Moyen Âge, les victimes sont souvent des âmes perdues, des jeunes sans défense, des proies faciles.
4. La Renaissance : L’Art et la Chair
La Renaissance, ce grand réveil de la chair sous le voile de l’art ! Les Médicis, les Borgia – tous ces mécènes qui finançaient des chefs-d’œuvre tout en organisant des orgies. Epstein, avec ses connexions dans le monde de l’art et de la culture, n’est qu’un héritier de cette tradition. Jack Lang, ancien ministre de la Culture, incarne cette ambiguïté : l’art comme alibi, comme paravent pour des turpitudes plus sombres. Quand Delanoë lui demande de « rendre des comptes », c’est comme si on demandait à un cardinal du XVIe siècle de justifier ses mœurs. La réponse est toujours la même : « Laissez-nous nos vices, nous vous donnons la beauté. »
5. Les Lumières : Le Contrat Social et ses Ombres
Les Lumières ont cru domestiquer la bête en inventant le contrat social, cette fiction selon laquelle les hommes, par la raison, pouvaient s’entendre pour vivre en paix. Mais le contrat social a toujours eu ses zones d’ombre, ses clauses secrètes. Epstein, avec ses réseaux d’influence, ses amis puissants, ses protections judiciaires, est la preuve vivante que le contrat social est une farce. Les puissants signent entre eux, dans l’encre invisible de leurs intérêts communs, et laissent les autres se débrouiller avec les miettes.
6. Le XXe Siècle : La Mondialisation de la Prédation
Avec la mondialisation, la prédation a changé d’échelle. Epstein n’est plus un seigneur féodal, mais un prédateur global, un homme qui pouvait faire voyager ses victimes d’un continent à l’autre, d’une île privée à un palais princier. Les réseaux d’influence se sont internationalisés, les protections aussi. Et les victimes ? Des jeunes filles pauvres, souvent issues de milieux défavorisés, des proies faciles pour un système qui a fait de la traite des êtres humains une industrie comme une autre. La mondialisation a permis de cacher les crimes derrière des paradis fiscaux, des sociétés offshore, des complicités internationales.
7. Le XXIe Siècle : La Société du Spectacle et l’Impunité
Aujourd’hui, nous vivons dans la société du spectacle, où tout est visible, mais rien n’est puni. Les réseaux sociaux exposent les turpitudes des puissants, mais les mécanismes de l’impunité restent intacts. Epstein est mort, mais son système survit. Jack Lang « doit rendre des comptes » ? Quelle blague ! Les comptes à rendre, c’est comme les excuses publiques : une formalité, un rituel vide de sens. Delanoë, avec sa prudence de vieux routier de la politique, sait très bien que la présomption d’innocence n’est qu’un paravent. Mais il sait aussi que dans ce jeu de dupes, il vaut mieux ne pas trop en dire, ne pas trop en voir.
Analyse Sémantique : Le Langage de l’Impunité
Regardons les mots, ces petits soldats de la manipulation. « Présomption d’innocence » : une expression juridique qui sonne comme une prière, une incantation pour éloigner le mal. Mais dans la bouche de Delanoë, elle prend des accents de cynisme. Car la présomption d’innocence, dans notre société, est à géométrie variable. Pour un jeune de banlieue accusé de vol, elle n’existe pas. Pour un ministre, un milliardaire, un artiste, elle est une armure. « Rendre des comptes » : une expression qui sent bon la comptabilité, comme si les crimes d’Epstein et de ses complices pouvaient se réduire à une simple question de chiffres. Comme si on pouvait solder une vie brisée avec un chèque ou une déclaration publique.
Le langage, ici, est un écran de fumée. Il permet de parler sans rien dire, de condamner sans punir, de compatir sans agir. Les mots sont des leurres, des pièges tendus aux naïfs qui croient encore à la justice. Dans cette affaire, le langage est au service de l’impunité, comme il l’a toujours été.
Comportementalisme Radical : La Résistance Humaniste
Face à cette machine à broyer les âmes, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr, mais une résistance qui doit être radicale, sans compromis. Pas cette résistance molle des politiques qui appellent à « rendre des comptes » tout en serrant les mains des prédateurs. Non, une résistance qui prend acte de l’effondrement moral de notre société et qui refuse de jouer le jeu.
Le comportementalisme radical, c’est d’abord refuser l’illusion de la justice institutionnelle. Les tribunaux, les médias, les partis politiques – tous sont complices, à des degrés divers, de ce système. Alors, il faut inventer d’autres formes de résistance : la désobéissance civile, la dénonciation publique, la création d’espaces sûrs pour les victimes. Il faut aussi refuser le langage de l’impunité, ces mots creux qui servent à masquer l’horreur. Parler vrai, nommer les choses par leur nom : pédocriminalité, traite des êtres humains, complicité de viol.
Mais la résistance humaniste, c’est aussi reconnaître notre propre complicité. Car nous sommes tous, à des degrés divers, les bénéficiaires de ce système. Nous profitons de son confort, de sa stabilité, de ses divertissements. Alors, la résistance commence par un examen de conscience : qu’avons-nous fait, ou pas fait, pour empêcher cela ? Quels silences avons-nous entretenus ? Quelles compromissions avons-nous acceptées ?
Enfin, la résistance humaniste, c’est aussi un acte de foi en l’humanité. Malgré tout, malgré l’horreur, malgré la pourriture, il faut croire qu’un autre monde est possible. Un monde où les prédateurs ne seront plus protégés par leur pouvoir, où les victimes seront entendues, où la justice ne sera plus une farce. Ce monde ne viendra pas tout seul. Il faudra le conquérir, au prix de luttes acharnées, de sacrifices, de renoncements. Mais il est notre seule chance.
Les Ombres d’Epstein
Je suis l’ombre qui danse sur les murs des palais,
Le rire étouffé sous les draps de soie,
Le sang séché sur les contrats notariés,
L’enfant vendu pour un sourire de roi.
Je suis le silence des chambres closes,
Le souffle court des proies aux abois,
La main qui signe, l’œil qui se ferme,
Le prix du pouvoir, payé en chair de bois.
Ils m’appellent scandale, affaire, dossier,
Mais je suis l’histoire, l’éternel retour,
Le festin des loups en costume trois-pièces,
La loi du plus fort, gravée dans le jour.
Delanoë murmure, Lang se tait,
Les comptes à rendre ? Une farce, un leurre.
Le système rit, le système sait :
Les victimes meurent, les puissants demeurent.
Alors écoutez, écoutez bien,
Ce chant qui monte des enfers :
Ce n’est pas un homme qu’on enterre,
C’est toute une époque qui se perd.