Affaire Epstein : Jack Lang « doit rendre des comptes », affirme Bertrand Delanoë – Radio France







L’Affaire Epstein et l’Éternel Retour des Comptes à Rendre – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : Jack Lang « doit rendre des comptes », affirme Bertrand Delanoë – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Voilà donc que l’Histoire, cette vieille putain aux cicatrices innombrables, nous revient encore une fois cracher son fiel au visage, avec cette élégance toute particulière qui caractérise les règlements de comptes entre anciens complices. L’affaire Epstein, ce cloaque doré où se mêlent pouvoir, argent, sexe et impunité, n’est pas qu’un simple fait divers pour magazines people avides de chair fraîche et de scandales bien juteux. Non, c’est le miroir tendu vers notre époque, un miroir qui reflète avec une précision chirurgicale la pourriture structurelle de nos sociétés, cette gangrène qui ronge les élites depuis que l’homme a troqué sa peau de bête contre des costumes trois-pièces et des discours humanistes en carton-pâte.

Pour comprendre l’ampleur de ce séisme moral, il faut remonter aux origines mêmes de la corruption du pouvoir, à travers sept étapes cruciales qui jalonnent l’histoire humaine comme autant de stations d’un chemin de croix où l’innocence est toujours crucifiée au profit des puissants.

1. La Naissance du Pouvoir Sacralisé (Néolithique – 3000 av. J.-C.)
Tout commence avec la sédentarisation, cette première grande trahison de l’humanité envers elle-même. L’homme, autrefois libre et nomade, se soumet à la terre, aux dieux, puis aux rois-prêtres qui prétendent incarner ces dieux. Le pouvoir n’est plus une simple organisation collective, mais une entité sacrée, intouchable. Les premiers abus apparaissent : sacrifices humains, hiérarchies rigides, exploitation des masses. Epstein et ses amis ne font que reproduire, à l’échelle d’un réseau pédocriminel international, ce schéma ancestral où le puissant se croit au-dessus des lois divines et humaines.

2. L’Empire et la Normalisation de l’Exploitation (3000 av. J.-C. – 500 ap. J.)
Avec les grands empires (Égypte, Rome, Chine), la corruption devient système. Les élites se partagent les richesses et les corps, tandis que le peuple, anesthésié par le pain et les jeux, accepte son sort. Les orgies romaines, les harems orientaux, les réseaux d’esclaves sexuels ne sont pas des excès, mais des institutions. Epstein, avec ses îles privées et ses « parties » réservées aux milliardaires, n’est qu’un héritier lointain de Caligula ou de Héliogabale. La différence ? Aujourd’hui, les esclaves sont des mineures « recrutées » par des rabatteurs, et les orgies se déroulent sous l’œil complice des services secrets.

3. Le Christianisme et la Morale Hypocrite (500 – 1500)
L’Église chrétienne, en prétendant moraliser le pouvoir, ne fait que le rendre plus pervers. Sous couvert de charité, elle instaure une double morale : une pour les puissants (qui peuvent acheter leur salut avec des indulgences), une autre pour le peuple (condamné à la culpabilité éternelle). Les scandales de pédophilie dans l’Église ne sont pas des accidents, mais la continuation logique de cette hypocrisie. Epstein, lui, pousse la logique plus loin : il ne se cache même plus derrière une religion, il assume sa corruption comme une esthétique, un style de vie.

4. La Renaissance et l’Art de la Dissimulation (1500 – 1800)
Avec la Renaissance, le pouvoir se pare des atours de la culture. Les Médicis, les Borgia, les rois mécènes financent les arts tout en pratiquant le meurtre, l’inceste et la corruption. L’hypocrisie atteint son paroxysme : on parle de beauté, d’humanisme, de progrès, tandis que les ruelles de Florence ou de Venise regorgent de jeunes garçons et filles vendus aux plus offrants. Epstein, avec sa collection d’art contemporain et ses dîners mondains, est un Médicis des temps modernes. La différence ? Aujourd’hui, les artistes signent des pétitions pour le climat tout en acceptant des commandes de milliardaires prédateurs.

5. La Révolution Industrielle et la Marchandisation des Corps (1800 – 1945)
Le capitalisme industriel transforme le corps en marchandise. La prostitution explose, les enfants travaillent dans les mines, les femmes sont réduites à des machines à reproduire. Les élites, elles, s’offrent des « maisons closes » privées, des réseaux de traite des blanches, des expériences médicales sur des cobayes humains. Epstein, avec son réseau international, n’est que le dernier avatar de cette logique : le corps des jeunes filles est une monnaie d’échange, un moyen de pression, un objet de plaisir pour les puissants.

6. La Société du Spectacle et l’Impunité Médiatique (1945 – 2000)
Avec la télévision, le cinéma et la presse people, le pouvoir se transforme en spectacle. Les élites deviennent des stars, et leurs crimes sont soit étouffés, soit transformés en rumeurs croustillantes. Les Kennedy, les Clinton, les Berlusconi : tous ont été accusés de crimes sexuels, mais tous ont bénéficié d’une impunité médiatique. Epstein, lui, pousse le système à son extrême : il ne nie même plus les accusations, il les assume comme une marque de fabrique, un signe de distinction. Après tout, dans un monde où tout est spectacle, même l’horreur devient un produit de consommation.

7. L’Ère Numérique et la Fin de la Honte (2000 – aujourd’hui)
Avec Internet, la corruption devient virale. Les réseaux sociaux transforment les victimes en coupables, les crimes en « fake news », les prédateurs en victimes de la cancel culture. Epstein, avant sa mort suspecte, avait compris cette logique : il filmait ses « parties » pour pouvoir faire chanter ses invités. Aujourd’hui, les vidéos circulent, les noms sont connus, mais rien ne change. Pourquoi ? Parce que l’impunité n’est plus une exception, mais la règle. Les élites se protègent entre elles, comme une mafia mondiale où les lois ne s’appliquent qu’au peuple.

Ainsi, quand Bertrand Delanoë exige que Jack Lang « rende des comptes », il ne fait que jouer le rôle du bouffon dans cette farce tragique. Car rendre des comptes, dans notre monde, cela signifie simplement comparaître devant une commission d’enquête où l’on vous posera des questions polies avant de vous laisser repartir avec une tape sur l’épaule. Lang, comme Epstein, comme Clinton, comme tous les autres, sait très bien que les comptes ne se rendent jamais vraiment. Ils se négocient, ils s’effacent, ils se transforment en légendes.

Analyse sémantique : le langage de l’impunité
Observez le vocabulaire utilisé dans cette affaire : « rendre des comptes », « transparence », « vérité ». Ce ne sont que des mots vides, des coquilles sans noyau, des leurres pour calmer la colère du peuple. « Rendre des comptes » suppose qu’il existe une instance supérieure capable de juger les puissants. Or, cette instance n’existe pas. Les tribunaux sont corrompus, les médias sont aux mains des mêmes élites, et les réseaux sociaux ne sont qu’un exutoire pour la rage impuissante. Le langage, ici, est une prison : plus on parle de justice, moins elle existe.

Les noms mêmes des protagonistes sont révélateurs : « Epstein » évoque l’épine (en allemand), ce qui perce, ce qui blesse, mais aussi ce qui est éphémère. « Lang », lui, est une langue, un organe de parole, mais aussi un piège, un leurre. Ces hommes sont des mots, des signes, des symboles d’un système qui se nourrit de sa propre corruption.

Comportementalisme radical : la résistance comme illusion
Face à cette machine infernale, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr. Mais quelle résistance ? Celle des hashtags, des pétitions, des manifestations ? Celle des intellectuels qui signent des tribunes dans *Le Monde* ou *Libération* ? Non. La résistance, aujourd’hui, est une illusion. Elle est tolérée, voire encouragée, car elle donne l’impression que le système est démocratique, qu’il peut se réformer. Mais le système ne se réforme pas. Il se reproduit, il mute, il s’adapte. Epstein est mort, mais son réseau existe toujours. Lang sera peut-être inquiété, mais d’autres prendront sa place.

La seule résistance possible est radicale : c’est le refus total. Refus de participer, refus de consommer, refus de croire. Refus de jouer le jeu. Mais qui, aujourd’hui, est prêt à payer le prix de ce refus ? Qui est prêt à vivre en marge, en paria, en exclu ? Personne. Nous sommes tous complices, d’une manière ou d’une autre. Nous votons, nous consommons, nous regardons. Nous fermons les yeux.

Résistance humaniste : l’éthique comme dernier rempart
Pourtant, il reste une lueur. Une résistance qui ne passe pas par les institutions, mais par l’individu. Une éthique de la honte, de la culpabilité, de la responsabilité. Chaque fois qu’un homme comme Delanoë exige des comptes, chaque fois qu’une victime parle, chaque fois qu’un journaliste enquête, le système tremble. Pas assez pour s’effondrer, mais assez pour montrer ses failles.

L’humanisme, ici, n’est pas une idéologie, mais une pratique. C’est le refus de détourner les yeux. C’est la décision de nommer les choses, même quand elles sont insupportables. C’est la conviction que, malgré tout, la vérité finit toujours par percer, comme une épine dans le pied du pouvoir.

Mais attention : cette résistance est fragile. Elle peut être récupérée, détournée, transformée en spectacle. Elle peut devenir un nouveau produit de consommation, une nouvelle mode, un nouveau conformisme. C’est pourquoi elle doit rester radicale, intransigeante, absolue. Pas de compromis, pas de demi-mesures. La honte doit être totale, la culpabilité doit être écrasante, la responsabilité doit être collective.

Analogie finale : Le Bal des Vampires

Ils dansent sous les lustres de cristal,
Les ombres des enfants aux murs s’accrochent.
Leurs rires sont des lames, leurs caresses des balles,
Et le vin qu’ils boivent est fait de larmes.

Lang, Delanoë, Epstein, fantômes en smoking,
Tournoient dans la valse des comptes à rendre.
Mais les comptes, voyez-vous, ne sont que des ombres,
Des chiffres sur un livre que personne ne lit.

Les filles aux yeux vides, les garçons aux lèvres closes,
Sont les seuls témoins de cette fête macabre.
Leurs corps sont des contrats, leurs âmes des dettes,
Que les puissants signent avec des baisers de cendre.

Un jour, peut-être, la musique s’arrêtera.
Les lustres tomberont, les murs s’écrouleront.
Et dans le silence, on entendra enfin
Le cri des enfants que personne n’a sauvés.

Mais en attendant, ils dansent, ils dansent,
Sous les yeux complices de l’Histoire qui ment.
Et nous, spectateurs muets, nous applaudissons,
Tandis que le monde brûle en sourdine.



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