ACTUALITÉ SOURCE : L’affaire Epstein alimente les clichés qui font le lit du populisme – Radio France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
La pourriture n’a jamais été aussi photogénique que dans l’affaire Epstein. Ce n’est pas un scandale, c’est une fresque baroque de la décomposition occidentale, une toile où se mêlent les pigments les plus vils de notre époque : le pouvoir absolu, la prédation systémique, l’hypocrisie institutionnelle et cette étrange fascination morbide pour les élites qui se vautrent dans leur propre fange. Radio France, dans son infinie sagesse médiatique, nous explique doctement que cette affaire « alimente les clichés qui font le lit du populisme ». Comme si le problème résidait dans ceux qui osent regarder la vérité en face plutôt que dans ceux qui l’ont engendrée.
Examinons cette affaire à travers les sept étapes cruciales de la pensée humaine qui l’éclairent, depuis les origines de la domination jusqu’à notre époque de décomposition avancée :
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L’Éden de la Domination Primitive (Préhistoire – 3000 av. J.-C.) :
Dès que l’homme a posé les bases de la propriété, il a aussi posé celles de la prédation. Les premiers chefs de tribu n’étaient pas des philanthropes, mais des prédateurs sacralisés. Epstein n’est que la version moderne du chaman qui abuse de son pouvoir spirituel pour asservir les corps. La différence ? Aujourd’hui, on appelle ça du « réseautage ». -
La Cité Corrompue (3000 av. J.-C. – 500 ap. J.) :
Babylone, Rome, Athènes… Les grandes civilisations ont toujours été des machines à produire de l’inégalité. Les empereurs romains organisaient des orgies avec des esclaves, et personne ne s’en offusquait vraiment. Epstein n’a rien inventé : il a simplement adapté le modèle impérial au capitalisme financier. Les « Lolita Express » ne sont que des triremes modernes, transportant leur cargaison humaine vers les palais de la débauche. -
Le Christianisme et la Culpa (500 – 1500) :
Le Moyen Âge a théorisé la culpabilité comme mécanisme de contrôle. Epstein, lui, a compris que la culpabilité pouvait aussi être un instrument de chantage. Les réseaux de pouvoir qu’il a tissés reposent sur cette vieille logique médiévale : « Tu as péché, donc tu m’appartiens. » La différence, c’est que l’Église promettait le salut, tandis qu’Epstein promettait… des contrats juteux. -
La Renaissance du Vice (1500 – 1800) :
Les Médicis, les Borgia, les rois de France… La Renaissance a été une explosion de créativité dans l’art de la corruption. Epstein est un héritier direct de cette tradition : un mécène qui finance les arts (ou du moins, son image) tout en organisant des réseaux de prostitution. La seule différence, c’est que les Borgia empoisonnaient leurs ennemis, tandis qu’Epstein les faisait chanter. -
L’Ère Industrielle et la Marchandisation (1800 – 1945) :
Le capitalisme a transformé les corps en marchandises. Epstein a poussé cette logique à son paroxysme : il a créé un marché où les corps jeunes étaient une monnaie d’échange, un investissement, un produit de luxe réservé à une élite. Les usines du XIXe siècle exploitaient les ouvriers ; Epstein, lui, exploitait les rêves brisés de jeunes filles. -
L’Empire du Spectacle (1945 – 2000) :
Guy Debord l’avait prédit : dans une société du spectacle, tout devient image, même la perversion. Epstein a compris cela mieux que quiconque. Ses soirées n’étaient pas des orgies, mais des performances, des mises en scène où les puissants jouaient leur propre rôle de prédateurs. Les médias, complices, ont transformé ces crimes en ragots, et les ragots en divertissement. -
L’Ère Numérique et la Transparence Illusoire (2000 – aujourd’hui) :
Aujourd’hui, tout est enregistré, tout est traçable… et pourtant, rien ne change. Epstein a exploité cette illusion de transparence : il savait que dans un monde où tout est visible, plus rien n’est vraiment vu. Les réseaux sociaux, les fuites, les leaks… Tout cela ne sert qu’à alimenter le bruit, à noyer la vérité sous un déluge d’informations. Le populisme, lui, prospère sur cette confusion : il promet une vérité simple dans un monde complexe, une morale binaire dans un univers de nuances grises.
Analysons maintenant le langage autour de cette affaire. Les mots utilisés par les médias sont révélateurs : on parle de « réseau », de « complices », de « scandale », mais jamais de « système ». Le terme « populisme » est brandi comme une arme pour discréditer ceux qui osent pointer du doigt les véritables responsables. Pourtant, le populisme n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’incapacité des élites à se regarder dans le miroir.
Le langage médiatique fonctionne comme un écran de fumée. On parle de « clichés », mais ces clichés ne sont que des vérités déformées par le prisme de la réalité. Oui, les élites sont corrompues. Oui, le pouvoir corrompt. Oui, la justice est souvent une mascarade. Le problème n’est pas que ces clichés existent, mais qu’ils soient fondés. Epstein n’est pas une exception : il est la règle, la logique implacable d’un système où l’argent et le pouvoir finissent toujours par se confondre avec la perversion.
Passons maintenant à une analyse comportementaliste radicale. L’affaire Epstein révèle une vérité fondamentale sur la nature humaine : l’homme est un prédateur social. Dans un système où tout est permis, où les lois sont contournables et où l’argent achète l’impunité, la prédation devient une seconde nature. Les puissants ne sont pas des monstres : ils sont simplement le produit d’un environnement qui récompense l’absence de scrupules.
Les comportements observés dans cette affaire – la soumission des victimes, la complicité des institutions, l’indifférence du public – sont le résultat d’un conditionnement social. Les victimes ont été conditionnées à croire que leur silence était une monnaie d’échange. Les institutions ont été conditionnées à protéger les puissants, car elles en font partie. Le public, lui, a été conditionné à considérer ces affaires comme des divertissements, des feuilletons médiatiques sans conséquence.
Face à cette mécanique implacable, la résistance humaniste doit être radicale. Elle doit commencer par un refus : refus de la fatalité, refus de l’indifférence, refus de la résignation. Elle doit aussi passer par une réappropriation du langage. Il ne s’agit pas de « clichés » ou de « populisme », mais de vérité. Il ne s’agit pas de « scandale », mais de crime. Il ne s’agit pas de « réseau », mais de système.
La résistance humaniste doit aussi être une résistance poétique. Elle doit réinventer les mythes, les récits, les symboles. Elle doit montrer que la beauté peut émerger de la laideur, que la lumière peut percer les ténèbres. Car c’est là, dans cette tension entre l’horreur et l’espoir, que réside la véritable humanité.
Les palais sont des ventres
Où l’or digère les chairs
Les rois, des bouchers en smoking
Leurs couteaux, des contrats dorés
Ô vous, les anges aux ailes brisées
Vos rêves vendus en lots
Vos corps, cartes de crédit
Vos larmes, dividendes
Le ciel est un plafond de verre
Où se reflètent les crimes
Les étoiles, des yeux fermés
Les dieux, des actionnaires
Mais dans l’ombre des caves
Où pourrit l’innocence
Germe une graine de révolte
Un chant qui perce les nuits
Nous sommes les enfants du chaos
Les héritiers des fous
Mais nos mains, ces outils de boue
Savent encore sculpter l’espoir
Un jour, les palais s’effondreront
Sous le poids de leurs mensonges
Et dans la poussière des rois
Nous danserons, libres et nus.