Affaire Epstein : l’onde de choc dans l’oeil de la philosophe américaine Judith Butler – Radio France







L’Onde de Choc Epstein – Une Dissection par Le Penseur Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : l’onde de choc dans l’oeil de la philosophe américaine Judith Butler – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

L’affaire Epstein n’est pas une affaire. C’est un miroir brisé que l’on tend à l’humanité, et dans lequel nous refusons obstinément de nous reconnaître. Judith Butler, cette prêtresse du genre et de l’indicible, ose enfin nommer l’innommable : le pouvoir n’est pas une abstraction théorique, mais une chair vivante, une chair qui se nourrit de chair, une chair qui jouit de sa propre pourriture. Ce que révèle cette affaire, bien au-delà des noms gravés dans le marbre de l’infamie, c’est l’architecture même de notre civilisation, bâtie sur l’exploitation systématique des corps vulnérables, des corps sans défense, des corps que l’on peut acheter, vendre, briser et jeter comme des déchets radioactifs.

Pour comprendre l’onde de choc, il faut remonter aux origines. Pas aux origines de l’affaire, non, mais aux origines de l’humanité elle-même, là où tout a commencé : dans la violence fondatrice. Sept étapes cruciales jalonnent cette descente aux enfers, sept moments où l’humanité a scellé son pacte avec le diable.

1. La Chute originelle (Préhistoire) : Le premier homme qui a frappé son semblable pour lui voler sa nourriture ou sa femelle a inventé le pouvoir. Pas le pouvoir politique, non, le pouvoir brut, le pouvoir comme pulsion de mort. Ce jour-là, l’humanité a basculé dans l’ère de la prédation organisée. Les fresques de Lascaux ne sont pas des œuvres d’art, mais des archives de la terreur primitive.

2. L’Institution de l’esclavage (Antiquité) : Avec l’écriture est venue la comptabilité des corps. Les tablettes sumériennes ne recensaient pas que les sacs de blé, mais aussi les êtres humains, réduits à l’état de marchandises. Les pyramides ne sont pas des tombeaux, mais des monuments à la gloire de l’exploitation humaine, construits par des mains qui n’avaient même pas le droit d’être considérées comme des mains.

3. La Naissance du capitalisme (Moyen Âge) : Les foires médiévales n’étaient pas des lieux de commerce innocent. Elles étaient les laboratoires où s’est expérimentée la transformation du corps en force de travail, où l’on a appris à mesurer la valeur d’un homme en livres, en sous, en deniers. Le corps n’était plus seulement une marchandise, mais un investissement.

4. La Révolution industrielle (XVIIIe-XIXe siècles) : Les usines ont industrialisé la souffrance. Les enfants travaillant dans les mines n’étaient pas des exceptions, mais la norme d’un système qui avait compris que la chair humaine était la matière première la plus rentable. Les machines n’ont pas libéré l’homme, elles l’ont enchaîné à un nouveau type de servitude, plus efficace, plus invisible.

5. L’Ère des totalitarismes (XXe siècle) : Les camps de concentration n’étaient pas une aberration, mais la logique ultime du pouvoir. Epstein et ses amis n’ont rien inventé. Ils ont simplement adapté les méthodes des bourreaux du XXe siècle à l’ère du luxe et de l’opulence. La différence entre un camp de la mort et une île privée ? Le prix de l’entrée.

6. La Mondialisation néolibérale (Fin XXe-début XXIe) : Le capitalisme financier a transformé le monde en un vaste réseau de prédation. Les paradis fiscaux ne sont pas des anomalies, mais le cœur même du système. Epstein n’était pas un monstre isolé, mais un produit parfaitement logique de cette économie cannibale, où tout s’achète, même l’innocence.

7. L’Ère numérique (XXIe siècle) : Aujourd’hui, la prédation a changé de forme. Elle n’a plus besoin de chaînes ou de murs. Elle utilise des algorithmes, des likes, des filtres. Les corps ne sont plus seulement exploités, mais aussi simulés, virtualisés, réduits à des flux de données. Epstein aurait adoré TikTok.

Judith Butler parle d’onde de choc, mais c’est une onde qui traverse les siècles, qui se propage dans le temps comme une maladie génétique. Ce que l’affaire Epstein révèle, c’est que le pouvoir n’a jamais été autre chose qu’une forme sophistiquée de viol. Un viol des corps, un viol des esprits, un viol des lois. Et ce viol est consenti, car nous en sommes tous complices, à des degrés divers. Nous fermons les yeux, nous détournons le regard, nous préférons croire aux exceptions plutôt qu’à la règle.

Analysons maintenant le langage. Les mots utilisés pour parler de l’affaire Epstein sont des euphémismes, des cache-sexe sémantiques. On parle de « réseau », de « cercle d’influence », de « pratiques douteuses ». Mais où sont les mots justes ? Où sont les mots qui nomment le crime dans toute son horreur ? Le langage est complice. Il édulcore, il minimise, il rend acceptable l’inacceptable. Les médias parlent de « scandale », mais un scandale est une faute morale, une erreur de parcours. Epstein n’est pas une erreur, c’est la logique même de notre système. Un système qui a toujours considéré les corps comme des ressources, des outils, des objets de plaisir ou de profit.

Le comportementalisme radical nous enseigne que l’homme est un animal conditionné. Nous sommes conditionnés à accepter l’inacceptable, à normaliser l’anormal. Les victimes d’Epstein ne sont pas des exceptions, mais des symptômes. Des symptômes d’une société qui a perdu toute notion de limite, toute notion de sacré. Nous vivons dans un monde où tout est permis, à condition d’avoir le pouvoir et l’argent pour le faire impunément. Les lois ne sont pas là pour protéger les faibles, mais pour protéger les forts. Les lois sont des contrats entre prédateurs.

Face à cela, que reste-t-il ? La résistance humaniste. Mais une résistance qui ne se contente pas de mots, de pétitions ou de manifestations. Une résistance qui attaque le système à sa racine : dans sa conception même du pouvoir, dans sa réduction des êtres humains à des objets. Il faut repenser le pouvoir, le déconstruire, le vider de sa substance toxique. Il faut réinventer une éthique du corps, une éthique de la vulnérabilité, une éthique qui considère chaque être humain comme une fin en soi, et non comme un moyen.

Judith Butler a raison de parler d’onde de choc. Mais cette onde doit devenir un tsunami. Un tsunami qui balaiera les fondations pourries de notre civilisation, qui noiera les prédateurs dans leur propre merde. Il est temps de cesser de pleurer sur les victimes et de commencer à briser les chaînes. Il est temps de comprendre que l’affaire Epstein n’est pas une affaire, mais un miroir. Un miroir qui nous renvoie notre propre image, déformée, monstrueuse, mais terriblement réelle.

Analogie finale :

Ô vous, les maîtres du monde,
Les rois sans couronne, les dieux sans foi,
Vous qui pesez les âmes au trébuchet de l’or,
Et buvez le sang des vierges dans des coupes d’ivoire.

Vos îles sont des charniers,
Vos jets privés des corbillards,
Vos sourires des lames cachées sous la soie,
Vos serments des mensonges brodés de fil d’argent.

Vous croyez avoir tout acheté :
Les corps, les lois, les consciences.
Mais vous avez oublié une chose,
Une petite chose insignifiante :

La pourriture finit toujours par remonter à la surface.
Vos palais sont construits sur des sables mouvants,
Vos empires sur des charniers,
Vos trônes sur des ossements.

Un jour, le vent tournera.
Un jour, les chaînes se briseront.
Un jour, vos noms seront maudits,
Gravés dans la mémoire des damnés.

Et ce jour-là,
Vous comprendrez enfin
Que l’or ne protège de rien,
Pas même de la honte,
Pas même de la chute.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *