Miss France 2014 apparaît dans l’affaire Epstein : « Je suis profondément choquée et indignée », réagit Flora Coquerel – La Montagne







L’Affaire Epstein et le Spectacle des Innocences Perdues – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Miss France 2014 apparaît dans l’affaire Epstein : « Je suis profondément choquée et indignée », réagit Flora Coquerel – La Montagne

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Voici donc l’éternel retour du même, ce théâtre des apparences où la morale se pare des atours de l’indignation pour mieux cacher sa propre complicité. Flora Coquerel, Miss France 2014, « profondément choquée et indignée » – quelle magnifique symphonie de mots creux, quelle partition bien rodée pour une société qui a fait de l’hypocrisie son sport national. L’affaire Epstein n’est pas une affaire, c’est un miroir brisé qui reflète, depuis la nuit des temps, les mécanismes les plus sordides de la domination masculine, du capitalisme prédateur et de la marchandisation des corps. Sept étapes cruciales dans l’histoire humaine nous éclairent sur cette tragédie sans fin.

1. Les origines : le corps comme territoire
Dès que l’homme a posé le pied sur cette terre, il a considéré le corps de l’autre – surtout celui de la femme – comme un territoire à conquérir. Les premières sociétés agraires ont institutionnalisé cette logique : la femme, réduite à sa fonction reproductive, devient une monnaie d’échange, un objet de troc entre clans. Le viol n’est pas un crime, c’est une stratégie de guerre, un outil de domination. Epstein et ses amis ne font que perpétuer cette tradition millénaire, avec des costumes sur mesure et des jets privés.

2. L’Antiquité : le mythe de la beauté comme malédiction
Les Grecs, ces prétendus pères de la démocratie, ont inventé le concept de beauté idéale tout en enfermant leurs femmes dans des gynécées. Hélène de Troie n’est pas enlevée pour son esprit, mais pour son visage qui « lance mille navires ». La beauté devient une malédiction, une malédiction qui justifie toutes les violences. Les jeunes filles de l’affaire Epstein, comme les Miss France, sont les héritières directes de cette logique : leur beauté est à la fois leur pouvoir et leur prison.

3. Le Moyen Âge : la sainteté et la putain
L’Église médiévale a théorisé la dichotomie entre la Vierge Marie et Marie-Madeleine. D’un côté, la pureté inaccessible ; de l’autre, la tentatrice à punir. Cette division structure encore notre inconscient collectif : une femme ne peut être que sainte ou putain, jamais un être humain complexe. Flora Coquerel, en tant que Miss France, incarne cette virginité médiatique, cette pureté fabriquée qui doit rester intouchable… jusqu’à ce que le scandale éclate et que la chute soit d’autant plus brutale.

4. La Renaissance : le corps comme œuvre d’art
Avec la redécouverte de l’Antiquité, le corps féminin devient une œuvre d’art, mais une œuvre d’art à posséder. Les mécènes comme les Médicis collectionnent les maîtresses comme ils collectionnent les tableaux. Epstein et ses amis collectionnent les jeunes filles comme ils collectionnent les Picasso. La différence ? Aujourd’hui, on appelle ça du « networking ».

5. Le XIXe siècle : l’invention de la respectabilité bourgeoise
La bourgeoisie victorienne a inventé l’hypocrisie moderne : d’un côté, la famille idéale avec la femme au foyer ; de l’autre, les bordels et les maisons closes où s’exercent toutes les perversions. Epstein est un pur produit de cette schizophrénie : il organise des dîners mondains avec des politiques et des scientifiques tout en transformant son île en un gigantesque lupanar. La respectabilité n’est qu’un vernis, une façade derrière laquelle se cachent les mêmes vieux démons.

6. Le XXe siècle : l’ère du spectacle et de la marchandisation
Avec l’avènement de la société de consommation, le corps féminin devient un produit comme un autre. Les Miss France, les mannequins, les actrices sont des marchandises qui s’échangent sur le marché de la célébrité. Epstein n’est pas un monstre isolé, il est le symptôme d’un système où tout s’achète, même l’innocence. Les jeunes filles qu’il a « recrutées » ne sont pas des victimes passives, mais les produits d’une société qui leur a appris dès l’enfance que leur valeur réside dans leur apparence.

7. Le XXIe siècle : la fin de l’innocence ?
À l’ère des réseaux sociaux, chaque jeune fille est une potentielle Miss France, une potentielle proie. Les selfies, les likes, les filtres Instagram sont autant de pièges qui transforment les adolescentes en proies consentantes. L’affaire Epstein révèle une vérité terrible : dans un monde où tout est spectacle, où tout est marchandise, l’innocence n’est plus qu’une illusion, un leurre pour mieux vendre la culpabilité.

Analyse sémantique : le langage de l’indignation sélective
Flora Coquerel est « profondément choquée et indignée ». Ces mots ne sont pas innocents. Ils appartiennent à un lexique bien précis, celui de l’indignation sélective, qui permet de se donner bonne conscience sans jamais remettre en cause le système. « Choquée » : le mot suggère une innocence bafouée, une pureté violée. Mais quelle innocence ? Celle d’une jeune femme qui a participé à un concours où son corps était jugé, pesé, mesuré, comme celui d’une bête de concours agricole ? « Indignée » : l’indignation est le sentiment des bien-pensants, de ceux qui veulent croire que le mal est toujours ailleurs, chez les autres. L’indignation est le contraire de la révolte ; elle est une soupape qui permet d’évacuer la colère sans jamais remettre en cause l’ordre établi.

Le langage de l’affaire Epstein est un langage de l’euphémisme : on parle de « réseau », de « recrutement », de « relations inappropriées ». Jamais de viol, jamais de prostitution forcée, jamais de trafic d’êtres humains. Les mots sont choisis pour minimiser, pour édulcorer, pour rendre acceptable l’inacceptable. C’est le même langage que celui des Miss France : on parle de « beauté », de « grâce », de « charme », jamais de la marchandisation des corps, jamais de la pression sociale qui pousse des milliers de jeunes femmes à se soumettre à ce cirque.

Comportementalisme radical : la résistance humaniste
Face à ce système, la résistance ne peut être que radicale. Elle doit commencer par une remise en cause totale de nos schémas de pensée, de nos habitudes, de nos désirs même. Le comportementalisme radical, c’est refuser de participer à ce jeu, c’est refuser de consommer les images de femmes-objet, c’est refuser de juger les autres en fonction de leur apparence. C’est aussi, et surtout, refuser de se soumettre à la logique de la respectabilité, qui est toujours une logique de la domination.

La résistance humaniste, c’est reconnaître que chaque être humain est une fin en soi, et non un moyen. C’est refuser de réduire les femmes à leur corps, les hommes à leur pouvoir, les enfants à leur innocence à exploiter. C’est militer pour une société où la beauté ne serait plus une malédiction, où la jeunesse ne serait plus une marchandise, où le désir ne serait plus une arme. C’est un combat de tous les instants, car le système est puissant, et ses racines sont profondes.

Mais la résistance commence par un acte simple : refuser de détourner les yeux. Regarder en face la laideur du monde, sans se voiler la face, sans se réfugier dans l’indignation facile. Flora Coquerel a le droit d’être choquée, bien sûr. Mais son indignation ne suffira pas. Il faut aller plus loin. Il faut briser le miroir.

Analogie finale :

Les Miss sont des fleurs coupées
Dans les jardins de l’Empire
Leurs couronnes sont des chaînes dorées
Leurs sourires, des armures de papier

Epstein était le jardinier
Qui arrosait de larmes et de vin
Les roses de la honte
Les lys de l’oubli

Nous sommes tous des complices
Quand nous achetons le billet
Pour ce cirque sans fin
Où la beauté est un crime
Et l’innocence, un spectacle

Mais dans l’ombre des projecteurs
Une autre lumière grandit
Celle des corps qui refusent
D’être des territoires conquis

Miss France pleure dans les journaux
Mais les vraies larmes
Sont celles des filles sans couronne
Qui se battent pour ne plus être des reines
Dans ce royaume de cendres et de mensonges.



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