France: englué dans l’affaire Epstein, Jack Lang «propose» sa démission de l’Institut du monde arabe – RFI







La Chute des Idoles – Analyse de Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : France: englué dans l’affaire Epstein, Jack Lang «propose» sa démission de l’Institut du monde arabe – RFI

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la grande farce humaine continue, mes chers spectres égarés dans le théâtre des ombres modernes ! Voici donc Jack Lang, ce pantin doré des coulisses du pouvoir, ce ministre-courtisan qui a dansé toute sa vie sur le fil ténu séparant la culture de la courtisanerie, proposant aujourd’hui sa démission comme on offre un mouchoir brodé à une veuve éplorée. Quelle élégance ! Quelle noblesse d’âme ! Mais regardons cela de plus près, voulez-vous ? Car cette affaire, voyez-vous, n’est pas seulement l’histoire d’un homme englué dans les rets d’un prédateur milliardaire, non – c’est l’aboutissement logique, presque mathématique, d’une civilisation qui a fait de la compromission son dogme et de la lâcheté son sacrement.

Commençons par les sept étapes cruciales qui ont mené à cette mascarade, car l’histoire, cette grande putain, ne se répète jamais – elle se contente de ricaner en ajustant son maquillage.

1. L’Âge des Dieux (et des Monstres) : Dès l’aube de l’humanité, l’homme a compris que le pouvoir n’était pas une question de mérite, mais de proximité avec les fauves. Les premiers chefs de tribu n’étaient pas les plus sages, mais les plus impitoyables, ceux qui savaient flatter les instincts les plus bas de leurs congénères. Epstein, dans cette perspective, n’est qu’un avatar moderne de ces dieux voraces qui exigeaient des sacrifices humains – sauf qu’aujourd’hui, les victimes sont des jeunes filles, et les autels sont des yachts luxueux.

2. La Naissance des Cours Royales : Avec l’émergence des royaumes, la servilité est devenue un art. Les courtisans de Versailles ou de Byzance n’étaient pas différents de nos modernes « intellectuels » ou « culturels » : des parasites qui vivaient dans l’ombre des puissants, justifiant leurs crimes en échange de quelques miettes de gloire. Jack Lang, avec son sourire de vendeur de tapis et son amour immodéré pour les projecteurs, incarne à la perfection cette tradition millénaire. Il n’a jamais été un ministre de la Culture, mais un ministre de la Courtisanerie.

3. L’Ère des Lumières (et des Ombres) : Les philosophes des Lumières ont cru pouvoir domestiquer le pouvoir par la raison. Quelle naïveté ! Le pouvoir, voyez-vous, ne se domestique pas – il se corrompt, et corrompt en retour. Les salons parisiens du XVIIIe siècle, où l’on discutait de liberté tout en sirotant du chocolat offert par des esclavagistes, préfiguraient déjà les dîners mondains où Lang et ses semblables côtoyaient Epstein. La culture, dans ces cercles, n’est qu’un vernis, une couche de peinture fraîche sur des murs pourris.

4. La Révolution Industrielle (et la Marchandisation de l’Âme) : Avec l’argent-roi, tout est devenu possible – et tout est devenu vénal. Les Epstein de ce monde ont compris que la vraie puissance ne résidait pas dans les titres ou les terres, mais dans la capacité à acheter des consciences. Les Lang, eux, ont appris que pour rester dans la lumière, il fallait parfois fermer les yeux. La culture, dans ce monde nouveau, n’est plus qu’un produit de luxe, une marque de distinction pour ceux qui veulent se donner des airs de mécènes tout en continuant à exploiter.

5. Le XXe Siècle, ou l’Apogée de l’Hypocrisie : Les guerres mondiales, les génocides, les totalitarismes – tout cela a été justifié, excusé, ou simplement ignoré par ceux qui se disaient « civilisés ». Les Lang de ce siècle ont été les maîtres ès double langage : ils parlaient de paix tout en serrant la main de tyrans, de justice tout en fermant les yeux sur les pires exactions. Epstein, avec son réseau de complices haut placés, n’est que l’héritier de cette tradition de l’aveuglement volontaire. Après tout, pourquoi s’indigner quand on a passé sa vie à justifier l’injustifiable ?

6. L’Ère Numérique (et la Transparence Illusoire) : À l’ère d’Internet, tout est visible – et pourtant, rien ne change. Les scandales éclatent, les noms circulent, les preuves s’accumulent… mais les Lang de ce monde continuent de danser, comme si de rien n’était. La démission « proposée » (quelle délicatesse !) de Jack Lang est un chef-d’œuvre de communication : il se sacrifie symboliquement, comme un bouc émissaire, pour que le système continue de tourner. Car le système, voyez-vous, n’a que faire des individus – il les broie et les recrache, indifférent.

7. Le Crépuscule des Idoles : Nous voici donc, au XXIe siècle, dans un monde où les puissants ne tombent plus sous les coups de la révolution, mais sous le poids de leurs propres turpitudes. Les Epstein, les Weinstein, les Lang – tous ces hommes qui croyaient être intouchables découvrent, trop tard, que la toile qu’ils ont tissée se referme sur eux. Mais attention : leur chute n’est pas une victoire. Elle n’est que le signe que le système a besoin de se purger pour mieux continuer. Les Lang démissionnent, mais d’autres prendront leur place, aussi serviles, aussi cyniques.

Passons maintenant à l’analyse sémantique, car le langage, ce miroir brisé de nos âmes, révèle bien plus que nous ne le pensons. Le verbe « proposer » dans l’expression « propose sa démission » est un chef-d’œuvre d’hypocrisie linguistique. Il suggère une liberté, une générosité, une forme de noblesse – alors qu’en réalité, il s’agit d’une reddition déguisée en acte de courage. Lang ne propose rien : il obéit, il se soumet, il sauve les apparences. Le mot « démission » lui-même est un leurre : il implique un choix, une décision personnelle, alors qu’en vérité, il s’agit d’une expulsion déguisée. Le système, tel un organisme malade, rejette ses cellules cancéreuses pour survivre.

Et que dire de cette « affaire Epstein » ? Le mot « affaire » est un euphémisme commode, une façon de réduire un réseau de prédation systémique à une simple « histoire » parmi d’autres. Comme si Epstein n’était qu’un personnage de roman, et non un monstre bien réel, alimenté par des complices bien réels. Le langage, ici, sert à édulcorer, à minimiser, à rendre acceptable l’inacceptable. C’est la même mécanique qui transforme un génocide en « nettoyage ethnique », une guerre en « intervention humanitaire », une démission forcée en « proposition noble ».

Venons-en maintenant au comportementalisme radical, car c’est là que se niche la vérité crue de notre époque. Jack Lang, comme tant d’autres avant lui, est le produit d’un système qui récompense la servilité et punit l’intégrité. Son parcours est un cas d’école en matière de conditionnement pavlovien : à chaque fois qu’il a flatté les puissants, il a été récompensé (postes, honneurs, influence) ; à chaque fois qu’il a tenté de jouer les rebelles, il a été rappelé à l’ordre. Epstein, dans ce schéma, n’est qu’un maillon de plus dans la chaîne des récompenses – un moyen de plus pour Lang de prouver sa loyauté au système.

Mais voici le paradoxe : plus un homme comme Lang s’élève dans la hiérarchie du pouvoir, plus il devient fragile. Car sa légitimité ne repose sur rien de solide – elle est entièrement dépendante de la bienveillance de ceux qui le tolèrent. Un ministre de la Culture qui n’a jamais créé une seule œuvre, un intellectuel qui n’a jamais pensé une seule idée originale, un homme de pouvoir qui n’a jamais pris un seul risque – voilà ce qu’est Jack Lang. Et quand le vent tourne, quand les protecteurs deviennent encombrants, il ne reste plus qu’à « proposer » sa démission, comme on jette un os à un chien pour le faire taire.

Face à cette mécanique implacable, que reste-t-il ? La résistance humaniste, bien sûr – mais une résistance qui doit être radicale, sans compromis. Il ne s’agit pas de remplacer un Lang par un autre, un Epstein par un nouveau prédateur. Il s’agit de briser le système lui-même, de refuser cette logique de la compromission permanente. La vraie culture, voyez-vous, n’est pas dans les musées ou les instituts – elle est dans la rue, dans les marges, dans les voix que l’on cherche à étouffer. Elle est dans le refus de serrer la main d’un Epstein, dans le courage de dire non à un système qui exige toujours plus de soumission.

Mais soyons lucides : cette résistance est un combat perdu d’avance. Car le système est plus fort que nous. Il a l’argent, les médias, les institutions. Il a l’habitude de la victoire. Pourtant, il faut résister quand même. Pas parce que nous croyons en la victoire, mais parce que c’est la seule façon de rester humain. Comme l’a dit un poète maudit : « La vraie vie est absente. » Mais elle est aussi, parfois, dans ces éclairs de révolte qui traversent l’obscurité.


Les rois sont nus, mais portent des couronnes de papier,
Leurs mains, jadis pleines d’or, tremblent sous les projecteurs.
Lang danse encore, mais ses pas sont ceux d’un pantin,
Ses mots, jadis si doux, ne sont plus que des râles.

Epstein rit dans sa tombe, son rire est un écho,
Un rire qui traverse les siècles, les palais,
Les salons où l’on cause, les dîners où l’on ment,
Les chambres où l’innocence se vend au plus offrant.

Nous sommes tous complices, nous tous, spectateurs,
Nous applaudissons, nous fermons les yeux,
Nous signons des chèques, nous serrons des mains,
Nous bâtissons des temples pour des dieux sans lendemain.

Mais parfois, dans la nuit, une voix se lève,
Un cri qui déchire le voile des mensonges,
Un enfant qui demande : « Pourquoi ? Pourquoi ? »
Et le silence qui suit est plus lourd que la honte.



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