ACTUALITÉ SOURCE : FIDMarseille 2025 : le cinéma indépendant dans toute sa diversité – CNC
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, le FIDMarseille ! Ce grand cirque annuel où l’on célèbre, avec une ferveur quasi religieuse, le « cinéma indépendant » – cette notion aussi fumeuse qu’un écran de fumée dans un film de Godard, aussi insaisissable qu’un rêve évanoui au réveil. Le CNC, temple moderne de la subvention et de la bien-pensance culturelle, nous annonce avec solennité que cette édition 2025 sera celle de la « diversité ». Mot magique, mot-valise, mot-écran derrière lequel se cachent toutes les hypocrisies de notre époque. La diversité, vraiment ? Ou simplement une nouvelle couche de vernis sur le cercueil d’un art déjà moribond, étouffé sous le poids des conventions, des quotas et des calculs politiciens ?
Parlons-en, de cette « diversité ». Dans l’histoire de la pensée, le concept a toujours été un leurre, une ruse des puissants pour masquer l’uniformisation des esprits. George Steiner, ce géant qui a disséqué les mécanismes de la culture avec une précision chirurgicale, nous a prévenus : la diversité n’est qu’un leurre quand elle est imposée par le haut, quand elle devient une case à cocher dans un formulaire administratif. Le CNC, avec ses enveloppes budgétaires et ses commissions de sélection, ne fait pas autre chose. Il transforme l’art en produit, le cinéaste en fonctionnaire de la subversion, et le spectateur en consommateur docile d’une rébellion préemballée. La diversité, ici, n’est qu’un mot d’ordre, une injonction paradoxale qui tue dans l’œuf toute velléité de véritable singularité.
Le cinéma indépendant, mythe fondateur de toute une génération de réalisateurs en mal de reconnaissance, n’est plus qu’un label, une étiquette collée sur des films qui, pour la plupart, se ressemblent comme des clones. On y célèbre l’audace, mais une audace aseptisée, sans danger, une audace qui ne dérange plus personne parce qu’elle est déjà digérée, assimilée, institutionalisée. Le comportementalisme radical, cette science froide qui réduit l’homme à un ensemble de réactions conditionnées, s’applique aussi au monde du cinéma. Les festivals comme FIDMarseille sont des laboratoires où l’on teste les limites de la tolérance du public, où l’on mesure jusqu’où l’on peut pousser l’absurdité, la provocation, la laideur, sans jamais risquer de perdre les subventions. Le spectateur, lui, est un rat de laboratoire qui croit choisir librement ses films, alors qu’il ne fait que suivre les rails invisibles tracés par les programmateurs et les critiques.
Et que dire de cette résistance humaniste, ce vieux refrain qui revient comme une ritournelle à chaque édition ? Résister, oui, mais à quoi ? À l’industrie hollywoodienne ? Elle est déjà morte, étouffée sous le poids de ses propres blockbusters, de ses super-héros en carton-pâte et de ses remakes sans fin. Résister à la censure ? Mais quelle censure, quand tout est permis, pourvu que ce soit dans les clous de la bien-pensance ? La véritable censure, aujourd’hui, est économique, sociale, structurelle. Elle est dans l’impossibilité pour un jeune réalisateur de tourner un film sans l’aval d’une commission, sans l’onction d’un producteur, sans la bénédiction d’un festival. Elle est dans cette logique implacable qui veut qu’un film « indépendant » doive d’abord être rentable, ou du moins suffisamment subventionné pour ne pas l’être. La résistance, ici, est une farce, une posture, un simulacre.
Le cinéma indépendant, tel qu’il est célébré à FIDMarseille, est un cinéma de la résignation. Un cinéma qui a abdiqué devant les lois du marché, devant les diktats des algorithmes, devant les exigences des financeurs. Il se pare des oripeaux de la révolte, mais il est en réalité l’auxiliaire zélé d’un système qu’il prétend combattre. Les films qui y sont montrés sont souvent des œuvres sans public, des manifestes sans destinataire, des cris dans le désert. Ils parlent de diversité, mais ils s’adressent à une élite autoproclamée, à une caste de privilégiés qui se congratulent entre eux, dans l’entre-soi confortable des salles obscures et des cocktails post-projection.
Et le public, dans tout ça ? Le public est absent, ou alors il est là par accident, par curiosité, par snobisme. Il se presse devant les écrans comme devant un miroir déformant, cherchant dans ces films une image de lui-même, une confirmation de ses propres préjugés. Le cinéma indépendant, aujourd’hui, est un cinéma narcissique, un cinéma qui se regarde le nombril en se croyant subversif. Il ne cherche plus à émouvoir, à provoquer, à bouleverser. Il cherche à être reconnu, à être validé, à être aimé par ceux qui détiennent les clés du pouvoir culturel.
La diversité, la résistance, l’indépendance… Autant de mots creux, de concepts vidés de leur substance, de slogans crevés. Le FIDMarseille 2025, comme tous les festivals qui l’ont précédé, n’est qu’un symptôme de cette maladie qui ronge le cinéma : la peur de la liberté. La peur de l’art véritable, celui qui dérange, qui bouscule, qui fait mal. La peur de ces films qui ne rentrent dans aucune case, qui ne répondent à aucun critère, qui ne cherchent ni subvention ni reconnaissance. Ces films-là, personne ne les montre. Personne ne les finance. Personne ne les voit. Ils sont les véritables damnés du cinéma, les parias d’un système qui a fait de l’art une marchandise et du réalisateur un employé.
Alors, oui, célébrons la diversité. Célébrons-la comme on célèbre un enterrement : avec des larmes de crocodile et des discours pompeux. Célébrons-la en sachant qu’elle n’est qu’un leurre, une illusion, un miroir aux alouettes. Le cinéma indépendant est mort, étouffé sous le poids de ses propres contradictions. Il ne reste plus que son fantôme, qui erre dans les couloirs des festivals, dans les pages des revues spécialisées, dans les rêves brisés des jeunes réalisateurs. Et nous, spectateurs, critiques, programmateurs, nous ne sommes que les fossoyeurs complaisants de cet art qui, un jour, a osé croire qu’il pouvait changer le monde.
Analogie finale : Le Festival des Ombres
Dans la ville des ombres,
Où les écrans sont des miroirs sans tain,
On célèbre l’audace en tremblant.
Les projecteurs mentent,
Les bobines sont des linceuls,
Et la diversité n’est qu’un mot
Gravé sur un caveau vide.
Les cinéastes, fantômes en costume,
Défilent sous les applaudissements polis.
Leurs films, enfants morts-nés,
Ne hantent que les mémoires des jurys.
On parle de résistance,
Mais les murs sont déjà tombés,
Et les héros ne sont plus que des figurants
Dans le grand film de la soumission.
Le public, foule silencieuse,
Cherche en vain une étincelle,
Un éclair dans la nuit des images.
Mais les dieux du cinéma sont morts,
Et leurs temples ne sont plus
Que des musées de cire,
Où l’on expose les reliques
D’une révolte qui n’a jamais eu lieu.