Le cinéma indépendant célébré à Genève : retour sur Black Movie 2026 – Afrik







Black Movie 2026 – Afrik : La Nausée des Images Libres


ACTUALITÉ SOURCE : Le cinéma indépendant célébré à Genève : retour sur Black Movie 2026 – Afrik

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Genève, ce ventre mou de l’Europe, ce coffre-fort à ciel ouvert où l’on célèbre le cinéma indépendant comme on célèbre un saint dans une cathédrale vide – avec des cierges en francs suisses et des prières en anglais de conférence. Black Movie 2026, Afrik, le mot sonne comme une promesse, une terre lointaine, un ailleurs qui sent la sueur et la poudre, mais qui, une fois passé au tamis genevois, ne devient qu’une vitrine aseptisée, un échantillon de « diversité culturelle » pour bobos en quête d’exotisme moral. Le cinéma indépendant, dites-vous ? Mais indépendant de quoi, grands dieux ? De Hollywood ? De Netflix ? Des algorithmes qui décident ce que le monde doit voir ? Ou indépendant de cette réalité crasseuse qui colle aux semelles, celle que les festivals préfèrent ignorer quand elle ne se laisse pas emballer dans du papier cadeau avec un joli ruban « engagé » ?

Commençons par le commencement, ce commencement qui n’en est jamais un, car l’histoire se répète comme une mauvaise farce, un éternel retour du même, mais en plus cher. Le cinéma indépendant, ce concept né dans les années 50, 60, quand des types comme Cassavetes ou Godard avaient encore la rage au ventre et la pellicule dans les tripes, quand le cinéma était une arme, un cri, une insulte lancée à la face du monde. Aujourd’hui, l’indépendance, c’est une case à cocher sur un formulaire de subvention, une étiquette que l’on colle sur un film comme on colle un label bio sur une bouteille de vin qui coûte trois fois plus cher. Black Movie, Afrik, c’est la preuve que l’indépendance est devenue un genre en soi, un créneau marketing, une niche où l’on parque les films qui ne rentrent pas dans les cases des grands studios, mais qui, miraculeusement, rentrent dans les cases des festivals branchés.

Et Genève, dans tout ça ? Genève, cette ville où l’on parle de paix en sirotant des cocktails à 20 balles, où l’on célèbre la culture tout en serrant les fesses à l’idée qu’un pauvre puisse s’asseoir sur les mêmes fauteuils que les riches. Genève, ce Disneyland pour humanistes en costard, où l’on organise des rétrospectives sur le cinéma africain comme on organise des dîners de gala pour les enfants défavorisés – avec bonne conscience et petits fours. Afrik, le mot est lâché, et avec lui, tout un imaginaire colonial qui resurgit, non pas comme un fantôme honteux, mais comme une opportunité de se donner bonne figure. Parce que, soyons clairs, célébrer le cinéma africain à Genève, c’est un peu comme célébrer la gastronomie syrienne dans un restaurant trois étoiles : ça fait joli sur le menu, ça donne l’illusion de l’ouverture, mais au fond, ça ne change rien à l’ordre des choses.

Le cinéma indépendant, aujourd’hui, c’est une industrie comme une autre, avec ses stars, ses réseaux, ses combines. Les réalisateurs africains invités à Black Movie ? Des produits d’appel, des figures de proue pour un navire qui, au fond, ne quitte jamais le port. On les exhibe, on les encense, on les gave de compliments et de verres de vin blanc, mais une fois le festival terminé, une fois les projecteurs éteints, que reste-t-il ? Un film qui tournera dans trois salles en Europe avant de disparaître dans les limbes de l’oubli, un réalisateur qui retournera dans son pays avec une poignée de contacts et une montagne de dettes, et Genève qui pourra se congratuler d’avoir « soutenu la culture africaine » – comme si la culture était une œuvre de charité, un chèque à signer pour soulager sa conscience.

Et puis, il y a cette question, cette putain de question qui me hante : qu’est-ce qu’un film africain, au juste ? Est-ce un film tourné en Afrique ? Un film réalisé par un Africain ? Un film qui parle de l’Afrique ? Ou est-ce simplement un film qui, parce qu’il ne vient pas de Hollywood ou de Paris, se voit coller une étiquette exotique, comme un fruit étrange que l’on goûte du bout des lèvres avant de le recracher en disant « intéressant, mais un peu trop fort pour mon palais » ? Le cinéma africain, dans l’imaginaire occidental, c’est toujours un peu la même chose : de la misère, de la guerre, des enfants aux yeux grands comme des soucoupes, des femmes qui portent des jarres sur la tête, des hommes qui luttent contre des moulins à vent. On veut du réel, mais un réel propre, un réel qui ne dérange pas trop, un réel qui peut tenir dans une salle de cinéma climatisée, entre un apéritif et un débat sur « l’avenir du 7e art ».

Black Movie, Afrik, c’est le symptôme d’une maladie plus large, une maladie qui ronge l’art depuis qu’il est devenu une marchandise comme une autre : la maladie de la récupération. Tout est récupéré, tout est digéré, tout est recraché sous forme de produit culturel. Le cinéma indépendant ? Récupéré par les festivals. Le cinéma africain ? Récupéré par les ONG et les institutions. La rébellion ? Récupérée par la pub. L’authenticité ? Récupérée par le tourisme. Et Genève, dans tout ça, joue le rôle du bon samaritain, celui qui tend la main tout en gardant l’autre bien serrée sur son portefeuille. Parce que, ne nous y trompons pas, un festival comme Black Movie, c’est d’abord une opération de communication, une façon de dire au monde : « Regardez comme nous sommes ouverts, regardez comme nous sommes progressistes, regardez comme nous aimons la culture – surtout quand elle ne coûte pas trop cher. »

Mais il y a pire, bien pire. Il y a cette idée, cette illusion, que le cinéma peut changer le monde. Que montrer des films africains à Genève, c’est faire avancer les choses. Que projeter des images de résistance, c’est résister. Que parler de l’Afrique, c’est aider l’Afrique. Quelle blague ! Le cinéma, aujourd’hui, est un miroir brisé, un miroir qui ne reflète plus que des fragments de réalité, des morceaux choisis, des images lissées, polies, aseptisées. On nous vend de l’engagement, de la radicalité, de l’indépendance, mais au fond, tout ça n’est que du vent, du bruit, de la fumée. Les films passent, les débats s’enchaînent, les verres se vident, et le monde continue de tourner, indifférent, cruel, implacable.

Alors oui, Black Movie 2026, Afrik, c’est une belle initiative. C’est même, sans doute, une initiative nécessaire. Mais nécessaire pour qui ? Pour les Africains ? Pour les réalisateurs qui se battent pour faire entendre leur voix ? Ou pour les Genevois qui ont besoin de se rassurer, de se dire qu’ils font partie des « gentils », de ceux qui « soutiennent la culture » ? Le cinéma indépendant, aujourd’hui, est une farce tragique, un théâtre de marionnettes où les fils sont tirés par des mains invisibles – celles des subventions, des sponsors, des institutions. Et Genève, avec ses festivals, ses débats, ses cocktails, n’est qu’un décor de plus dans cette mascarade.

Alors célébrons Black Movie, célébrons Afrik, célébrons le cinéma indépendant. Mais célébrons-le avec lucidité, avec cynisme, avec cette rage au ventre qui nous rappelle que l’art, le vrai, celui qui dérange, qui bouscule, qui insulte, n’a pas sa place dans les festivals. Il est ailleurs, dans les rues, dans les bidonvilles, dans les salles de montage crasseuses, dans les yeux de ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un billet pour Genève. Le cinéma indépendant, aujourd’hui, c’est une blague. Une blague qui coûte cher, qui fait rire jaune, et qui, au fond, ne change rien.

Analogie finale :

Genève, ville-lumière aux vitrines froides,
Où l’on vend l’Afrique en petits morceaux,
Comme on vend des rêves en boîtes dorées,
Comme on vend l’espoir en billets de banque.

Black Movie, Afrik, mots magiques,
Mots qui dansent sur les écrans blancs,
Mots qui sentent le café et la politique,
Mots qui mentent comme des marchands.

On y parle de résistance, de liberté,
De ces films qui brûlent comme des soleils,
Mais au fond, ce ne sont que des ombres,
Des ombres qui dansent pour les appareils.

Genève, ville-lumière aux nuits sans étoiles,
Où l’on célèbre l’art comme on célèbre un dieu,
Avec des discours creux et des mains molles,
Et des sourires qui cachent des cieux.

Afrik, Afrik, terre de poussière et de sang,
On t’exhibe, on te montre, on te donne en spectacle,
Mais qui écoute, qui entend, qui comprend ?
Qui voit au-delà des images, au-delà du miracle ?

Le cinéma indépendant, ce n’est pas ça,
Ce n’est pas ces salles, ces débats, ces prix,
C’est la rage au ventre, c’est la sueur qui coule,
C’est la vie qui crie, et qui ne veut pas de compromis.



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