Palais de Tokyo : deux jours gratuits pour découvrir les nouvelles expositions d’automne – Sortir à Paris







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse du Palais de Tokyo


ACTUALITÉ SOURCE : Palais de Tokyo : deux jours gratuits pour découvrir les nouvelles expositions d’automne – Sortir à Paris

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le Palais de Tokyo ouvre ses portes, deux jours gratuits, comme une aumône jetée aux masses affamées de culture, ces pauvres hères qui errent dans les couloirs du capitalisme tardif avec leurs yeux écarquillés et leurs cartes de crédit déjà saignées à blanc. Deux jours, c’est bien, c’est généreux, c’est presque chrétien : « Prenez, mangez, ceci est mon corps culturel, offert pour vous, pour que vous oubliiez que le reste de l’année, il vous faudra vendre un rein pour entrer. » La gratuité, cette fausse monnaie de l’âme, ce leurre qui fait croire que l’art est encore un bien commun, alors qu’il n’est plus qu’un produit d’appel, une vitrine clinquante pour les marchands de rêves en costard-cravate.

On nous vend du « découvrir », comme si l’art était une terre inconnue, un continent vierge à explorer avec des chaussures de randonnée et un guide Lonely Planet. Mais découvrir quoi, au juste ? Les nouvelles expositions d’automne, ces installations soigneusement calibrées pour flatter l’ego des collectionneurs, ces performances conçues pour être instagrammables, ces peintures qui ressemblent à des moodboards pour start-up en quête de sens ? L’automne, saison des feuilles mortes et des illusions perdues, saison où la nature elle-même semble nous rappeler que tout finit par pourrir, même les plus belles œuvres. Et nous, pauvres diables, nous marchons dans cette nécropole culturelle, le sourire aux lèvres, convaincus que notre présence ici fait de nous des êtres supérieurs, des âmes sensibles, des résistants à la barbarie ambiante.

« L’art lave notre âme de la poussière du quotidien », disait Picasso, ou peut-être était-ce un slogan pour une lessive. Peu importe. La poussière, aujourd’hui, c’est le néolibéralisme, cette fine couche de cendres qui recouvre tout, même les toiles les plus subversives. Le Palais de Tokyo, ce temple de la contemporanéité, n’est qu’un maillon de plus dans la chaîne de production de l’aliénation esthétique. On y expose des artistes qui jouent avec les codes du marché, qui flirtent avec la provocation tout en gardant un œil sur leur cote en salle des ventes. L’art contemporain, c’est le dernier refuge des escrocs en col blanc, ceux qui savent que la spéculation n’est plus seulement financière, mais aussi symbolique. Deux jours gratuits, c’est l’appât. Le reste de l’année, c’est la nasse qui se referme.

Et que dire de cette idée de « découverte » ? Comme si l’art était une chasse au trésor, une quête initiatique où le visiteur, tel un Indiana Jones des temps modernes, partirait à la recherche du Graal esthétique. Mais le Graal, aujourd’hui, c’est le like, c’est le partage, c’est la validation sociale. Nous ne découvrons plus, nous consommons. Nous ne contemplons plus, nous scrollons. Les expositions ne sont plus que des contenus à ingurgiter, des expériences à cocher sur notre liste de choses à faire avant de mourir. « Aujourd’hui, j’ai vu une installation au Palais de Tokyo. Demain, je ferai un brunch bio. » La culture n’est plus qu’un élément de notre personal branding, un accessoire de notre identité numérique.

George Steiner, dans *Réelles présences*, nous mettait en garde contre la dévaluation du langage, cette inflation sémantique qui vide les mots de leur substance. Aujourd’hui, c’est l’art lui-même qui subit cette dévaluation. On parle d’ »expérience immersive », de « dialogue avec l’œuvre », de « parcours sensoriel », comme si l’art était une attraction de parc d’attractions, un manège où l’on paie pour avoir le vertige. Le Palais de Tokyo, avec ses deux jours gratuits, participe à cette grande mascarade. Il fait croire que l’art est accessible, alors qu’il est plus que jamais réservé à une élite qui sait décoder ses signes, qui possède les clés de son hermétisme. La gratuité n’est qu’une illusion, un leurre pour faire croire que la culture n’est pas un privilège. Mais qui, parmi les visiteurs, comprend vraiment ce qu’il voit ? Qui peut encore distinguer une œuvre majeure d’une simple provocation marketing ?

Le comportementalisme radical, cette science qui réduit l’homme à un ensemble de réponses conditionnées, a gagné la bataille de l’art. Les expositions sont conçues pour provoquer des réactions prévisibles : l’étonnement, l’indignation, l’admiration. On nous guide, on nous oriente, on nous dit quoi penser, quoi ressentir. Le visiteur n’est plus qu’un rat de laboratoire, un cobaye dans une expérience de psychologie sociale. Deux jours gratuits, c’est l’équivalent culturel des échantillons gratuits dans les supermarchés : une dose de dopamine pour nous faire revenir, pour nous faire consommer. Et nous revenons, toujours, comme des chiens de Pavlov salivant devant une cloche.

Mais il y a pire encore : cette gratuité est une insulte à la résistance humaniste. Elle fait croire que l’art peut être un rempart contre la barbarie, alors qu’il en est souvent le complice. Les régimes totalitaires l’ont bien compris, qui utilisent la culture comme un outil de propagande. Aujourd’hui, le néolibéralisme fait de même : il instrumentalise l’art pour nous vendre du rêve, pour nous faire oublier que le monde est en train de brûler. Le Palais de Tokyo, avec ses expositions « engagées », ses artistes « subversifs », n’est qu’un alibi. Il nous donne l’illusion de la rébellion, alors qu’il ne fait que renforcer le système. Deux jours gratuits, c’est le prix de notre soumission.

Et que dire de cette idée de « découvrir » ? Comme si l’art était une terra incognita, un territoire vierge à conquérir. Mais l’art n’est plus une découverte, c’est une redite, une répétition ad nauseam des mêmes thèmes, des mêmes formes, des mêmes idées. Les nouvelles expositions d’automne ne sont que des variations sur des motifs éculés : l’identité, la mémoire, le corps, la technologie. Rien de nouveau sous le soleil, rien qui ne nous ait déjà été servi mille fois. L’art contemporain est un miroir brisé qui ne reflète plus que notre propre vacuité. Nous croyons découvrir, mais nous ne faisons que nous regarder nous-mêmes, comme des narcisses modernes penchés sur le lac de notre propre image.

La gratuité, cette fausse générosité, est le symptôme d’une société qui a perdu le sens de la valeur. Tout est gratuit, aujourd’hui : les réseaux sociaux, les applications, les contenus en ligne. Mais cette gratuité a un prix : notre attention, notre temps, notre liberté. Le Palais de Tokyo, avec ses deux jours gratuits, participe à cette économie de l’attention. Il nous offre un peu de culture, en échange de notre présence, de notre engagement, de notre soumission. L’art n’est plus un bien en soi, mais une monnaie d’échange, un outil de manipulation. Et nous, pauvres fous, nous acceptons ce marché de dupes, convaincus que nous faisons une bonne affaire.

Mais il y a une lueur d’espoir, une résistance possible. Dans ce monde où tout est marchandise, où tout est calculé, où tout est contrôlé, l’art peut encore être un acte de rébellion. Pas l’art des expositions, pas l’art des institutions, mais l’art des marges, l’art des oubliés, l’art des fous. Cet art-là ne se découvre pas, il se vit, il se souffre, il se crie. Il ne se consomme pas, il se partage. Il ne se vend pas, il se donne. Deux jours gratuits au Palais de Tokyo ? Merci, mais non merci. Je préfère encore errer dans les rues, écouter les cris des clochards, les rires des enfants, les murmures des amants. La vraie culture est là, dans le désordre du monde, dans le chaos de la vie. Pas dans les salles aseptisées d’un musée.

« La culture est ce qui reste quand on a tout oublié », disait Édouard Herriot. Aujourd’hui, il ne reste plus rien. Juste le vide, le silence, l’oubli. Et c’est peut-être là, dans ce néant, que l’art peut renaître. Pas comme une marchandise, pas comme un spectacle, mais comme une flamme vacillante dans la nuit. Deux jours gratuits ? C’est une aumône. La vraie gratuité, c’est de refuser le système, de dire non, de créer malgré tout, contre tout. C’est de faire de sa vie une œuvre d’art, sans public, sans reconnaissance, sans prix. C’est de vivre, tout simplement, dans la résistance et dans l’amour.

Analogie finale :

Le Palais de Tokyo est un navire en pleine tempête, un vaisseau fantôme voguant sur les flots noirs de la modernité. Ses voiles sont faites de billets de banque, ses mâts sont des cotes en salle des ventes, et son équipage est composé de marchands d’art, de critiques en mal de reconnaissance, de visiteurs égarés. Deux jours gratuits, c’est le chant des sirènes, une mélodie envoûtante qui attire les marins vers les récifs de l’aliénation.

Mais écoutez bien, écoutez au-delà du bruit des talons sur le parquet ciré, au-delà des murmures des guides touristiques, au-delà des cliquetis des appareils photo. Il y a un autre chant, plus profond, plus ancien : le chant de la révolte, le chant de la vie. C’est le cri des artistes maudits, ceux qui refusent de se vendre, ceux qui brûlent leurs toiles plutôt que de les voir exposées dans des galeries. C’est le rire des enfants qui jouent dans la rue, indifférents aux chefs-d’œuvre accrochés aux murs. C’est le silence des amants qui s’étreignent dans l’ombre, loin des projecteurs de la gloire.

Le Palais de Tokyo est un leurre, une illusion, un mirage. La vraie culture est ailleurs, dans les ruelles sombres, dans les cafés enfumés, dans les ateliers clandestins. Elle est dans le regard d’un clochard qui dessine sur un mur avec un morceau de charbon, dans la chanson d’une vieille femme qui fredonne un air oublié, dans le geste d’un enfant qui lance des cailloux dans l’eau. Elle est dans la résistance, dans la révolte, dans l’amour.

Deux jours gratuits ? Non, merci. Je préfère encore marcher pieds nus sur les braises de la vie, sentir la brûlure du réel, le poids de l’existence. Je préfère encore me perdre dans le labyrinthe du monde, sans carte, sans boussole, sans guide. Car c’est là, dans l’errance, que l’on trouve la vraie beauté, la vraie liberté, la vraie culture. Pas dans les salles climatisées d’un musée, mais dans le chaos du monde, dans la folie des hommes, dans l’éternel recommencement de la vie.



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