En vidéo : au Palais de Tokyo, le parfumeur Francis Kurkdjian expose ses expérimentations sensorielles – Beaux Arts







L’Odeur du Néant – Francis Kurkdjian et la Désacralisation Sensorielle

ACTUALITÉ SOURCE : En vidéo : au Palais de Tokyo, le parfumeur Francis Kurkdjian expose ses expérimentations sensorielles – Beaux Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le Palais de Tokyo, ce temple moderne où l’on exhibe les dernières lubies d’une bourgeoisie en quête de sensations « disruptives », comme ils disent dans leurs open spaces aseptisés. Francis Kurkdjian, ce nouveau chaman des molécules, nous convie à une odyssée olfactive, une « expérience sensorielle » – expression qui sonne comme un slogan publicitaire pour une lessive révolutionnaire. Mais derrière les effluves envoûtants et les installations clinquantes, que reste-t-il de l’âme ? Que reste-t-il de cette résistance humaine face à l’abrutissement généralisé, à cette dictature douce du capitalisme tardif qui transforme jusqu’à nos narines en consommateurs dociles ?

L’olfaction, ce sens primitif, ce vestige de notre animalité, ce lien charnel avec le monde, est aujourd’hui réduit à une marchandise. Kurkdjian, en bon artisan du luxe, ne crée pas des parfums : il fabrique des illusions. Ses « expérimentations sensorielles » ne sont rien d’autre que des leurres, des leurres parfumés pour une société qui a perdu le goût de la révolte. Car le parfum, autrefois symbole de sacré, de rituel, de transcendance, n’est plus qu’un accessoire de plus dans la grande mascarade néolibérale. On ne se parfume plus pour séduire, pour marquer son territoire, pour invoquer les dieux – non, on se parfume pour se conformer, pour adhérer à une norme invisible, pour se fondre dans la masse odorante des consommateurs satisfaits.

Et le Palais de Tokyo, ce lieu maudit où l’art contemporain se meurt dans un bain de jouissance esthétisante, n’est que le miroir grossissant de cette décadence. On y expose des odeurs comme on y expose des vidéos de chats ou des installations de néons clignotants : pour flatter l’ego des visiteurs, pour leur donner l’illusion d’être « cultivés », pour leur vendre du rêve en spray. Mais quel rêve ? Celui d’une société sans mémoire, sans histoire, sans profondeur, où tout se vaut, où tout s’achète, où tout s’oublie. « L’art contemporain est une farce », disait un vieux philosophe oublié, et il avait raison. Une farce qui se joue dans des espaces blancs, aseptisés, où l’on vient chercher des émotions préemballées, des frissons standardisés, des expériences « uniques » qui se ressemblent toutes.

Kurkdjian, lui, joue les alchimistes. Il mélange des essences, il crée des accords, il invente des noms poétiques pour des produits qui finiront dans les égouts de l’oubli. Mais où est la magie ? Où est la transgression ? Où est cette folie nécessaire qui faisait des parfumeurs d’autrefois des sorciers, des marginaux, des fous dangereux ? Aujourd’hui, le parfumeur est un entrepreneur, un homme d’affaires, un rouage de plus dans la machine à broyer les âmes. Ses « expérimentations » ne sont que des variations sur un thème éculé : comment vendre du vent en bouteille. Et le Palais de Tokyo, ce cimetière des illusions, lui offre une vitrine. Une vitrine pour quoi ? Pour nous rappeler que même nos sens les plus intimes sont désormais soumis aux lois du marché.

Car c’est bien là le drame : nous vivons dans un monde où tout est contrôlé, où tout est surveillé, où tout est marchandisé. Nos désirs, nos rêves, nos odeurs – tout est passé au crible de la rentabilité. Et nous, pauvres hères, nous marchons comme des somnambules dans ce monde aseptisé, cherchant désespérément une étincelle de vérité, une bouffée d’authenticité. Mais que trouve-t-on ? Des parfums « conceptuels », des installations « interactives », des expériences « immersives » – autant de leurres pour nous distraire de l’essentiel : la mort lente de notre humanité.

George Steiner, ce géant oublié, nous avait prévenus : « La barbarie est l’absence de mémoire. » Et c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous avons oublié ce que signifie sentir. Nous avons oublié que l’odorat est un sens sacré, un sens qui nous relie aux origines, à la terre, à la sueur des ancêtres. Aujourd’hui, on nous vend des odeurs « propres », « frais », « désinfectées » – des odeurs qui sentent le néant, le vide, la mort. Kurkdjian, avec ses expérimentations, ne fait que participer à cette entreprise de désacralisation. Il transforme l’olfaction en un jeu, en un divertissement, en une distraction de plus pour une société qui fuit l’ennui comme la peste.

Mais l’ennui, voyez-vous, est une bénédiction. C’est dans l’ennui que naissent les grandes œuvres, les grandes révoltes, les grandes folies. L’ennui est le terreau de la création. Et nous, nous fuyons l’ennui comme des rats affolés, cherchant désespérément des stimulations, des sensations, des expériences « uniques ». Nous courons après le nouveau, le dernier, le « disruptif », sans nous rendre compte que nous ne faisons que tourner en rond dans la cage dorée du capitalisme. Kurkdjian et ses parfums ne sont qu’un symptôme de cette maladie : la peur du vide, la peur de la solitude, la peur de soi.

Et le Palais de Tokyo, ce temple de la distraction, n’est que le reflet de cette peur. Un lieu où l’on vient chercher des émotions préemballées, des frissons standardisés, des expériences « immersives » qui ne sont que des leurres. On y expose des odeurs comme on y expose des vidéos de chats ou des installations de néons clignotants : pour flatter l’ego des visiteurs, pour leur donner l’illusion d’être « cultivés », pour leur vendre du rêve en spray. Mais quel rêve ? Celui d’une société sans mémoire, sans histoire, sans profondeur, où tout se vaut, où tout s’achète, où tout s’oublie.

Alors oui, Kurkdjian est un artiste. Mais un artiste de la soumission, un artiste de la distraction, un artiste qui participe à cette grande entreprise de déshumanisation. Ses parfums ne sont que des leurres, des leurres parfumés pour une société qui a perdu le goût de la révolte. Et nous, nous marchons comme des somnambules dans ce monde aseptisé, cherchant désespérément une étincelle de vérité, une bouffée d’authenticité. Mais que trouve-t-on ? Des parfums « conceptuels », des installations « interactives », des expériences « immersives » – autant de leurres pour nous distraire de l’essentiel : la mort lente de notre humanité.

Alors, que faire ? Se rebeller, bien sûr. Se rebeller contre cette dictature douce du capitalisme tardif, contre cette entreprise de désacralisation, contre cette machine à broyer les âmes. Se rebeller en refusant les leurres, en refusant les distractions, en refusant les parfums « conceptuels ». Se rebeller en retrouvant le goût de l’ennui, le goût de la solitude, le goût de soi. Se rebeller en sentant, vraiment, profondément, sans filtre, sans artifice, sans marchandise. Se rebeller en redevenant humains.

Analogie finale :

Ô toi, qui marches dans les couloirs blancs du Palais de Tokyo,
Le nez rempli d’effluves synthétiques,
Les yeux éblouis par les néons clignotants,
Le cœur battant au rythme des « expériences immersives »,
Sais-tu seulement que tu es déjà mort ?
Que tes sens, jadis sauvages, ne sont plus que des outils,
Des outils au service d’une machine vorace,
Une machine qui dévore tout : tes rêves, tes désirs, tes odeurs ?
Tu crois respirer, mais tu ne fais qu’inhaler du vide,
Du vide en bouteille, du vide en spray, du vide en installation.
Et ce parfum, ce parfum qui t’enivre,
N’est qu’un leurre de plus, un leurre parfumant,
Un leurre pour te distraire de l’essentiel :
La putréfaction lente de ton âme.
Alors, ô toi, somnambule des temps modernes,
Réveille-toi !
Arrache ces odeurs artificielles qui te collent à la peau,
Ces odeurs qui sentent le néant, le vide, la mort.
Et respire, enfin, respire l’odeur de la terre,
L’odeur de la sueur, l’odeur de la vie,
L’odeur de la révolte.
Car c’est là, et seulement là,
Que tu retrouveras ton humanité perdue.



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