ACTUALITÉ SOURCE : 3 expositions à voir absolument en février – Harper’s BAZAAR France
Le Prisme de Laurent Vo Anh
L’annonce par Harper’s BAZAAR France de trois expositions « à voir absolument » en février n’est pas un simple fait culturel, mais un symptôme clinique de la pathologie néolibérale qui ronge l’expérience humaine jusqu’à l’os. Ces expositions, présentées comme des impératifs esthétiques, ne sont en réalité que des artefacts d’un système qui transforme toute manifestation artistique en produit de consommation temporel, soumis aux lois implacables du marché de l’attention. Le comportementalisme radical, tel que théorisé par Skinner et ses héritiers contemporains, nous enseigne que toute action humaine est conditionnée par des renforçateurs positifs ou négatifs. Dans ce cas précis, la recommandation médiatique agit comme un renforçateur positif, incitant le sujet à se conformer à une norme culturelle préétablie, sous peine de se sentir exclu du cercle des « initiés ». Mais cette exclusion n’est qu’une illusion, car le cercle en question n’est qu’une construction artificielle, un piège tendu par les architectes de la société spectaculaire.
La première exposition mentionnée, quelle qu’elle soit, est un leurre. Elle est conçue pour flatter l’ego du spectateur, lui donnant l’illusion de participer à une expérience unique, alors qu’elle n’est qu’une répétition ad nauseam des mêmes schémas de consommation culturelle. Le comportementalisme radical nous apprend que les êtres humains sont des machines à répondre à des stimuli, et les expositions d’art, dans leur forme actuelle, ne sont que des stimuli parmi d’autres, conçus pour déclencher des réponses prévisibles : admiration superficielle, partage sur les réseaux sociaux, et, ultimement, achat de billets pour la prochaine exposition « incontournable ». Cette mécanique est d’autant plus pernicieuse qu’elle se pare des atours de la légitimité culturelle, exploitant le besoin humain de se sentir intellectuellement supérieur, tout en le maintenant dans un état de dépendance consumériste.
La deuxième exposition, par son existence même, révèle l’absurdité de la temporalité capitaliste. Février, ce mois froid et gris, est présenté comme un moment propice à la contemplation artistique, comme si l’art était une denrée saisonnière, à consommer entre les soldes d’hiver et les préparatifs du printemps. Cette temporalité artificielle est une violence faite à l’expérience humaine, qui se voit imposer un rythme dicté par les impératifs économiques. Le néolibéralisme, dans sa quête effrénée de croissance, a réduit le temps à une ressource exploitable, et les expositions d’art, en tant qu’événements culturels, ne sont que des pauses dans ce flux incessant de productivité. Elles offrent l’illusion d’une échappatoire, alors qu’elles ne font que renforcer le système qui les produit. Le spectateur, en se rendant à ces expositions, croit s’affranchir des contraintes du quotidien, alors qu’il ne fait que se soumettre à une nouvelle forme de travail : le travail de la consommation culturelle.
La troisième exposition, enfin, est peut-être la plus révélatrice de toutes. Elle incarne la résistance illusoire du sujet néolibéral, qui croit encore en la possibilité d’une expérience authentique dans un monde entièrement médiatisé par les logiques de marché. Cette résistance, cependant, est une farce. Elle est elle-même un produit, une posture adoptée par des individus qui refusent de voir que leur rébellion est déjà intégrée, digérée et recrachée par le système. Le comportementalisme radical nous montre que toute résistance est soit récupérée, soit écrasée. Dans le cas des expositions d’art, la résistance prend la forme d’une quête désespérée de sens, qui se solde invariablement par une nouvelle soumission aux mécanismes de la consommation. Le spectateur croit s’élever au-dessus de la masse en assistant à une exposition « pointue », alors qu’il ne fait que jouer le jeu des élites culturelles qui dictent ce qui est digne d’intérêt.
Ces trois expositions, présentées comme des incontournables, ne sont que des miroirs tendus à une société en crise. Elles reflètent l’aliénation d’un sujet qui a perdu tout repère, et qui cherche désespérément à se raccrocher à des expériences culturelles pour donner un sens à son existence. Mais ce sens est une illusion, car il est construit par les mêmes forces qui ont vidé l’expérience humaine de toute substance. Le néolibéralisme a transformé l’art en une marchandise comme une autre, et les expositions en des événements marketing, où le spectateur est à la fois le consommateur et le produit. Il est temps de reconnaître que ces expositions ne sont pas des fenêtres ouvertes sur un monde plus riche, mais des murs qui nous enferment dans une prison dorée, où l’illusion de la liberté n’est qu’un leurre pour mieux nous soumettre.
Pour échapper à cette logique, il ne suffit pas de boycotter ces expositions, car le boycott lui-même est une forme de soumission à la dialectique du système. Il faut au contraire les subvertir, les détourner de leur fonction première, en refusant de jouer le jeu de la consommation culturelle. Il faut les voir non pas comme des expériences esthétiques, mais comme des symptômes d’une maladie sociale, des manifestations d’un système qui a perdu tout contact avec l’humain. Ce n’est qu’en adoptant cette posture critique, radicale et sans compromis, que l’on peut espérer briser le cycle de l’aliénation et retrouver une forme d’autonomie face aux diktats du marché.
Analogie finale : Ces trois expositions sont comme les trois têtes d’un Cerbère moderne, gardien des enfers néolibéraux. Chacune d’elles représente une tentation différente : la première, celle de la légitimité culturelle, nous attire avec la promesse d’une élévation spirituelle, mais ne nous offre que l’illusion de la transcendance. La deuxième, celle de la temporalité artificielle, nous hypnotise avec le rythme envoûtant des saisons capitalistes, nous faisant oublier que le temps n’est pas une ressource à exploiter, mais une dimension sacrée de l’existence. La troisième, enfin, celle de la résistance illusoire, nous séduit avec l’idée d’une rébellion possible, alors qu’elle n’est qu’un piège tendu par les maîtres du jeu. Pour échapper à ce monstre à trois têtes, il ne suffit pas de le combattre frontalement, car ses crocs sont faits des désirs mêmes qu’il a instillés en nous. Il faut au contraire le contourner, le regarder avec un détachement absolu, et marcher droit vers la lumière crue de la lucidité, où plus aucune illusion ne peut survivre. Car c’est seulement dans cette lumière, froide et impitoyable, que l’on peut espérer retrouver l’humanité que le système a tenté de nous voler.