16 expositions pour s’émerveiller devant les créations d’artisans d’art cet été – Connaissance des Arts







L’Artisanat d’Art : Une Résistance Silencieuse dans le Chaos du Monde – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : 16 expositions pour s’émerveiller devant les créations d’artisans d’art cet été – Connaissance des Arts

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Seize expositions pour s’émerveiller devant les créations d’artisans d’art cet été… Seize temples éphémères où l’on célèbre le geste, la sueur, la patience, cette alchimie lente et obstinée qui transforme la matière brute en objet de désir. Seize occasions, donc, de se voiler la face devant l’apocalypse douce qui nous engloutit, de se réfugier dans l’illusion d’une beauté préservée, d’un savoir-faire qui résiste encore et toujours à l’envahisseur numérique, à la standardisation des désirs, à la dictature du jetable. Seize mirages, peut-être, mais seize aussi qui nous rappellent que l’homme, ce singe savant, ce destructeur compulsif, porte encore en lui la capacité de créer, non par nécessité vitale, mais par pure folie sacrée. Seize raisons, en somme, de se demander si l’artisanat d’art n’est pas le dernier bastion d’une humanité qui refuse de se laisser réduire à l’état de rouage dans la grande machine à broyer les âmes.

L’artisanat d’art, voyez-vous, n’est pas qu’une survivance folklorique, un reliquat pittoresque pour touristes en mal d’authenticité. Non. C’est une insulte vivante à l’époque, une provocation silencieuse, une forme de résistance passive-agressive contre le monde tel qu’il va – ou plutôt tel qu’il dévale la pente, tête la première, vers le néant. Pour comprendre cela, il faut remonter le fil de l’histoire humaine, non pas comme on feuillette un livre d’images, mais comme on dissèque un cadavre : avec méthode, avec dégoût, avec une fascination morbide pour les organes qui palpitent encore.

I. Les Sept Étapes Cruciales de la Main et de l’Esprit

1. La Main Primitives : L’Ère des Dieux et des Outils (Paléolithique – Néolithique)

Au commencement était le geste. L’homme des cavernes, ce premier artisan, ce premier artiste, grattait la paroi rocheuse avec un silex taillé, non pour survivre, mais pour dire. Les peintures de Lascaux, les Vénus paléolithiques, ces objets inutiles et magnifiques, témoignent d’une vérité première : l’homme est un animal qui crée par excès, par démesure, par une pulsion quasi pathologique. Comme l’écrivait Mircea Eliade, « l’homme devient homme en devenant créateur ». Mais attention : cette création n’est pas innocente. Elle est déjà un acte de rébellion contre l’ordre naturel. En sculptant une statuette, en dessinant un bison, l’homme affirme sa singularité, son refus d’être un simple maillon dans la chaîne alimentaire. Il se place hors du temps, hors de la nature. Il devient, en un mot, dangereux.

Anecdote : On raconte que les premiers outils, ces bifaces taillés avec une précision quasi maniaque, étaient parfois enterrés avec leurs propriétaires. Comme si l’homme, déjà, pressentait que son pouvoir sur la matière était aussi une malédiction, une responsabilité écrasante.

2. L’Orfèvre et le Pharaon : L’Artisanat comme Pouvoir (Antiquité)

Avec les premières civilisations, l’artisanat d’art devient un instrument de domination. Le masque funéraire de Toutânkhamon, les bijoux de la reine Puabi, les vases grecs à figures noires : autant d’objets qui ne servent pas seulement à orner, mais à signifier. L’artisan n’est plus un simple créateur, il est un prêtre, un magicien, un complice des puissants. Platon, dans La République, méprise les artisans, ces « faiseurs d’illusions », ces « menteurs » qui détournent l’homme de la vérité des Idées. Mais c’est précisément cette capacité à mentir, à embellir, à sublimer, qui fait de l’artisan un acteur clé de la société. Sans lui, pas de temples, pas de couronnes, pas de mythes. Sans lui, le pouvoir serait nu, laid, insupportable.

Anecdote : Les orfèvres égyptiens étaient si précieux qu’ils étaient parfois enfermés dans des ateliers secrets, surveillés comme des prisonniers. Leur savoir-faire était une arme, et une arme, ça se contrôle.

3. Le Moyen Âge : L’Âge des Cathédrales et des Corporations (Ve – XVe siècle)

Le Moyen Âge, cette époque que l’on dit « obscure » mais qui fut en réalité un laboratoire effréné de création, voit l’artisanat d’art s’organiser, se structurer, se sacraliser. Les corporations, ces ancêtres des syndicats, protègent les savoir-faire comme des trésors. Un tailleur de pierre, un verrier, un enlumineur : autant de métiers qui exigent une vie d’apprentissage, de dévotion, de sacrifice. Les cathédrales, ces monstres de pierre et de lumière, sont l’œuvre collective de milliers d’artisans anonymes. Anonymes, oui, car au Moyen Âge, l’artisan ne signe pas. Il n’est pas un génie solitaire, mais un maillon dans une chaîne qui le dépasse. Comme l’écrivait Georges Duby, « l’artisan médiéval ne crée pas pour la gloire, mais pour Dieu, pour la cité, pour l’éternité ».

Anecdote : Les vitraux de Chartres, ces joyaux de lumière colorée, étaient fabriqués selon des recettes tenues secrètes. Les maîtres verriers ajoutaient des cendres d’ossements humains pour obtenir certaines teintes. L’artisanat, déjà, flirtait avec l’alchimie et la nécromancie.

4. La Renaissance : L’Artisan Devient Artiste (XVe – XVIe siècle)

Tout bascule avec la Renaissance. L’artisan, soudain, n’est plus un simple exécutant, mais un créateur. Léonard de Vinci, Michel-Ange, Cellini : ces hommes sont à la fois des artisans et des artistes, des techniciens et des visionnaires. La signature apparaît, la notion de génie individuel émerge, et avec elle, l’idée que l’art peut être une fin en soi. Mais cette libération a un prix. Comme l’a montré Jacob Burckhardt, la Renaissance est aussi l’époque où l’art se coupe progressivement du peuple, où il devient l’apanage des princes et des mécènes. L’artisanat d’art, lui, reste du côté de la tradition, du savoir-faire transmis de génération en génération. Il devient, en quelque sorte, le parent pauvre de l’art, celui qui travaille avec ses mains tandis que l’artiste, lui, travaille avec son âme.

Anecdote : Benvenuto Cellini, orfèvre et sculpteur florentin, était un homme violent, vaniteux, capable de tuer pour un affront. Dans son Autobiographie, il raconte comment il a fondu une statue en bronze en utilisant des boutons de porte et des cuillères volées. L’artiste, déjà, est un voleur, un tricheur, un démiurge.

5. La Révolution Industrielle : L’Artisan face à la Machine (XVIIIe – XIXe siècle)

Et puis vint la machine. La Révolution industrielle, ce tsunami de fer et de vapeur, balaye les ateliers, les savoir-faire, les gestes ancestraux. William Morris, le père du mouvement Arts & Crafts, hurle sa colère : « Ne rien avoir dans votre maison que vous ne sachiez utile ou que vous ne croyiez beau ». Mais qui l’écoute ? La machine est plus forte, plus rapide, plus rentable. L’artisanat d’art devient un luxe, un caprice pour riches oisifs. Les expositions universelles, ces temples du progrès, célèbrent la machine comme une déesse. Les artisans, eux, sont relégués dans les marges, comme des curiosités exotiques.

Anecdote : En 1851, lors de la première Exposition universelle à Londres, le public est fasciné par le « Crystal Palace », cette cathédrale de verre et d’acier. Les objets artisanaux, eux, sont relégués dans des stands obscurs. La beauté faite main est déjà un fossile.

6. Le XXe Siècle : L’Artisanat comme Résistance (1900 – 2000)

Le XXe siècle, ce siècle de folie et de destruction, voit l’artisanat d’art se muer en acte de résistance. Face à la standardisation, à la consommation de masse, à l’aliénation généralisée, des hommes et des femmes choisissent de perpétuer des gestes inutiles, lents, coûteux. Les ateliers de tapisserie d’Aubusson, les verreries de Murano, les poteries de Bernard Leach : autant de foyers de résistance. Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le travail artisanal est une des rares activités où l’homme peut encore éprouver le plaisir de la création, cette joie presque animale de faire quelque chose de ses mains ».

Mais attention : cette résistance est ambiguë. L’artisanat d’art peut aussi devenir un refuge pour les nostalgiques, les réactionnaires, ceux qui refusent le monde moderne par peur, par paresse, par égoïsme. Comme le disait Walter Benjamin, « il n’y a pas de document de culture qui ne soit aussi un document de barbarie ». L’artisanat, lui aussi, peut être complice de l’ordre établi.

Anecdote : Dans les années 1930, le régime de Vichy tente de récupérer l’artisanat d’art pour en faire un symbole de la « France éternelle ». Les ateliers deviennent des outils de propagande. L’artisan, sans le vouloir, se retrouve enrôlé dans la machine totalitaire.

7. Le XXIe Siècle : L’Artisanat à l’Ère du Numérique (2000 – Aujourd’hui)

Et nous voici, aujourd’hui, face à ces seize expositions qui célèbrent l’artisanat d’art. Que signifient-elles, sinon une tentative désespérée de sauver ce qui peut encore l’être ? Dans un monde où tout est virtuel, où tout est jetable, où tout est instantané, l’artisanat d’art est un anachronisme vivant, une provocation. Il nous rappelle que la beauté prend du temps, que la perfection exige des sacrifices, que le geste a une valeur en soi.

Mais attention, encore une fois : cette célébration peut aussi être un leurre. Comme l’a montré Jean Baudrillard, « le réel est ce qui résiste à la simulation ». Or, l’artisanat d’art, aujourd’hui, est souvent simulé. On le met en scène, on le spectaclise, on le transforme en produit de consommation. Les seize expositions en question ne sont-elles pas, au fond, seize pièges à touristes, seize leurres pour nous faire croire que la beauté existe encore, alors qu’elle n’est plus qu’un produit marketing ?

Anecdote : En 2019, une exposition à Paris mettait en scène des artisans d’art travaillant en direct, comme des animaux de zoo. Le public, fasciné, regardait ces hommes et ces femmes façonner la matière, comme on regarde des lions dévorer une gazelle. L’artisanat, devenu spectacle, n’est plus qu’un simulacre de résistance.

II. Analyse Sémantique : Le Langage de la Main

Parlons maintenant des mots, car les mots, eux aussi, sont des outils, et des outils dangereux. Le vocabulaire de l’artisanat d’art est un champ de bataille sémantique, un terrain miné où chaque terme est une arme.

  • « Artisan » : Du latin artitus, « qui a de l’habileté ». Mais aujourd’hui, le mot sent la sueur, la poussière, le travail manuel. Il est méprisé par les élites, qui lui préfèrent le terme plus noble d’ »artiste ». L’artisan, c’est l’homme qui fait ; l’artiste, c’est celui qui pense. Comme si penser et faire étaient deux activités distinctes, comme si l’une valait mieux que l’autre.
  • « Savoir-faire » : Une expression qui sonne comme un slogan publicitaire. Le savoir-faire, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. C’est la mémoire du geste, la trace du corps dans la matière. Mais aujourd’hui, le savoir-faire est menacé par le savoir-vendre. On ne transmet plus un métier, on transmet une marque, un logo, une image.
  • « Création » : Un mot galvaudé, vidé de son sens. Tout le monde crée aujourd’hui : l’artiste, bien sûr, mais aussi le cuisinier, le coiffeur, l’influenceur. La création, autrefois acte sacré, est devenue un argument marketing. Comme le disait Roland Barthes, « la langue est fasciste » : elle impose ses catégories, ses hiérarchies, ses mensonges.
  • « Beauté » : Le mot le plus dangereux de tous. La beauté, aujourd’hui, est un produit comme un autre. On la consomme, on la like, on la jette. L’artisanat d’art, lui, propose une autre beauté : une beauté lente, exigeante, presque tyrannique. Une beauté qui ne se contente pas de plaire, mais qui impose.

Le langage de l’artisanat d’art est un langage de résistance. Il refuse les catégories toutes faites, les étiquettes commodes. Il est, par essence, subversif. Comme l’écrivait George Steiner, « le vrai langage est toujours en excès par rapport à ce qu’il désigne ». L’artisanat d’art, lui aussi, est toujours en excès : en excès de temps, en excès de matière, en excès de sens.

III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Observons maintenant les comportements, car les comportements, eux aussi, sont des textes, et des textes qui mentent rarement.

D’un côté, nous avons le comportementalisme radical de l’époque. Tout est calculé, optimisé, rentabilisé. Le temps est une ressource, le geste une variable, la matière un coût. Dans ce monde-là, l’art


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